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22 de septembre de 2020 Twitter Faceboock

Contribution au débat
Le NPA en crise : construire un parti ouvrier et révolutionnaire ou attendre un Podemos à la française ?
Comité de Rédaction

Dans le cadre des débats préparatoires au congrès du NPA, nous publions ci-dessous la contribution que le Courant Communiste Révolutionnaire / Révolution Permanente a présenté lors de la réunion de direction du NPA (CPN) qui s’est tenue les 19 et 20 septembre.

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Contribuer à la construction d’un parti ouvrier et révolutionnaire ou revenir à la logique du “débouché politique” dans l’attente d’un Podemos à la française ?

Contribution sur les enjeux du prochain Congrès, présentée pour le CPN des 19 et 20 septembre par les camarades de l’ex Plateforme Z et du Courant Communiste Révolutionnaire / Révolution Permanente

Début désastreux et pirouette

Les débats préparatoires au prochain congrès du NPA auraient difficilement pu commencer d’une plus mauvaise façon, à savoir par la tentative des camarades de la PfU de verrouiller le Congrès par le biais d’une manœuvre consistant a empêcher l’ensemble des camarades ayant rejoint le parti depuis le mouvement contre la réforme des retraites de participer à ses décisions ; par l’affichage de la part de plusieurs membres de la plus grande minorité d’une volonté d’aller vers un congrès de scission ; puis par la publicité donnée dans les pages du Monde à un risque d’implosion du NPA alors que 90 % de ses militants n’étaient au courant de rien.

Ce CPN aura donc pour tâche d’essayer de poser le débat sur les enjeux et les modalités d’organisation du Congrès de façon correcte après ce début catastrophique. Un désastre que les camarades de la PfU reconnaissent à leur façon en changeant de braquet : les mêmes camarades qui disaient il y a à peine quelques semaines que la scission était inévitable car le NPA était devenu inutile, se posent maintenant en défenseurs du parti et minimisent ses difficultés, comme nous pouvons le lire dans la première partie du texte de convocation à leur réunion de début octobre.

Cette “pirouette”, devenue nécessaire car les camarades dans les comités, même ceux animés par la PfU, semblent être à ce stade majoritairement hostiles à l’idée d’une scission, ne suffit pas à cacher que le fond de l’affaire reste le même : celui de rendre “les tendances” responsables de tout ce qui ne fonctionne pas dans le NPA et d’une scission qui serait déjà un fait et qu’il s’agirait juste de formaliser.

Cette démarche politique a pour conséquence de dépolitiser les débats du prochain congrès et de refuser de tirer le moindre bilan, à la fois sur les raisons profondes de l’échec du projet du NPA et sur comment il a pu ou non faire face correctement aux principaux défis posés par la vague de la lutte de classes ouverte en 2016, ce qui inclut, pour ce qui est des trois dernières années, un bilan de la “majorité de travail” sortante.

Car les tendances ne sont pas la cause de la crise du NPA, mais au contraire une expression de la crise, du manque de définitions stratégiques et programmatiques unifiantes, et des difficultés que cela entraine pour faire du parti un outil efficace pour l’intervention dans la réalité, ce qui pousse à son tour chaque sensibilité à tenter de faire ses propres expériences si elle ne veut pas se résigner à la paralysie.

NPA et partis larges

Certains camarades de la PfU nous expliquent que la stratégie du NPA se serait d’ores et déjà clarifiée dans un sens révolutionnaire avec le départ d’une grande partie de ses anciens dirigeants vers le Front de gauche en 2012. Mais malheureusement, une politique révolutionnaire ne se construit pas automatiquement ni par défaut. Au cours des presque 12 ans qui nous séparent du Congrès de Fondation du NPA, la réalité est qu’il n’y a jamais eu le moindre débat stratégique consistant, de même qu’aucun document programmatique n’a été élaboré, bien que cet objectif ait été fixé dès 2009.

Le NPA n’a ainsi jamais rompu consciemment avec la stratégie de construction de partis larges, que l’on retrouve inscrite dans le texte de convocation à la réunion de la PfU. Car si « notre objectif stratégique est la construction d’un grand parti révolutionnaire », comme ce texte l’affirme, il est impératif de construire aujourd’hui une organisation révolutionnaire et non, toujours selon le même texte, « un outil correspondant à (…) des expériences et à des maturations dans la conscience de classe » sur une ligne « large » de moindre résistance. La conception selon laquelle la construction d’un parti révolutionnaire n’est au mieux qu’un objectif de long terme, pas vraiment d’actualité aujourd’hui, ne peut que nous incapaciter pour avancer dans cette perspective.

Un grand parti révolutionnaire ne pourra bien entendu surgir que de la fusion, dans une situation révolutionnaire ou pré-révolutionnaire, entre l’organisation révolutionnaire que nous aurons construite et de larges secteurs d’une avant-garde de masse, ainsi que, dans le même temps, d’autres secteurs révolutionnaires dont nous nous trouvons aujourd’hui séparés (c’est en tout cas l’une des leçons de la révolution d’Octobre, la seule à avoir été dirigée par un parti révolutionnaire avec influence masse). En d’autres termes, l’existence d’une organisation révolutionnaire implantée dans la classe ouvrière est une pré-condition pour l’émergence future d’un tel parti. A contrario, la construction d’organisations s’adaptant à ce que l’on considère être le niveau de « maturation de la conscience de classe » à un moment donné, a souvent débouché sur une adaptation possibiliste au régime et à l’appareil d’Etat, comme dans le cas de Podemos sur lequel nous revenons plus loin.

Il est difficile de cerner ce que serait pour la PfU le type de parti qui correspondrait selon elle « à la période, à des expériences et à des maturations dans la conscience de classe », au-delà de l’allusion à « ce qu’ont pu faire notamment la LCR et le NPA à ses débuts » faisant abstraction des limites et contradictions que connaissait déjà le NPA des origines. Un tel “retour à la case départ” est bien entendu une utopie, qui en outre ne répond en rien aux défis qui sont posés aux révolutionnaires en 2020, face à la nouvelle vague de la lutte de classe internationale et à la crise sanitaire et économique sans précédent que nous vivons.

Parier sur une construction liée à la lutte de classe ou sur un Podemos à la française ?

Ce qui est néanmoins évident, c’est que le pari qui est fait par les camarades n’est pas celui d’une construction profondément liée à la lutte de classe. Car la réalité, que les camarades de la majorité de travail sortante veuillent l’admettre ou non, c’est que l’activité des “tendances” du parti ont fortement contribué à construire le NPA et à accroître, après une longue période de recul sur ce terrain, son implantation dans des secteurs stratégiques du prolétariat comme les transports, l’industrie aéronautique, les raffineries et l’industrie pétrochimique, l’industrie agro-alimentaire, La Poste, entre autres. Chercher, à la veille des secousses majeures de la lutte de classe qui s’annoncent, à se séparer de ces camarades, ainsi que de 90 % des jeunes du NPA, implique nécessairement de faire un autre pari.

Un tel pari peut paraître aujourd’hui abstrait. Mais la politique ayant horreur du vide, le danger existe que les camarades de la U cherchent à compenser leurs insuffisances sur le terrain de l’intervention et l’implantation dans la lutte de classe par la popularité de tel ou tel porte-parole et l’espoir d’avancées, dans une configuration politique qui aurait changé, de politiques « unitaires » vis-à-vis de la dite « gauche radicale », permettant quelques succès électoraux. Il est dans ce sens très instructif, alors que les camarades de la PfU revendiquent sans cesse les liens avec ce qu’ils appellent la IV° Internationale, de lire le bilan que Manuel Garí, un dirigeant historique du courant incarné aujourd’hui dans Anticapitalistas, tire de la participation de cette organisation à Podemos.

Tout en procédant à une autocritique partielle, ce camarade parvient à la conclusion que le fait d’avoir été un des initiateurs du parti qui aujourd’hui co-gouverne l’Etat espagnol aux côtés du Parti socialiste était un pari correct, car le mouvement des Indignés avait “montré les limites d’un mouvement social sans expression politique et, plus concrètement, sans expression électorale” et qu’il “n’y a pas de doute sur le fait que c’est Podemos qui a incarné l’esprit des Indignés”, pour conclure qu’il faut aujourd’hui “continuer à travailler pour la création de nouveaux regroupements antilibéraux avec influence de masses”.

Il s’agit d’une logique profonde, qui a longtemps parasité nos débats en France aussi : celle qui connduit à rechercher un “débouché politique” aux mobilisations et à construire des médiations dont les définitions floues correspondraient supposément mieux “aux maturations dans la conscience de classes”. Le vrai pari des camarades qui prônent aujourd’hui plus ou moins ouvertement la scission, est ainsi probablement que la crise actuelle fera bouger les lignes à gauche et qu’apparaîtront des fenêtres d’opportunité du type de celle que la crise de 2008 et les phénomènes politiques qu’elle a engendrés ont ouverte de l’autre côté des Pyrénées. Et que pour cela, il faut “avoir les mains libres” et se débarrasser de ceux qui dans le parti s’opposent à ce type de perspective. Les résultats désastreux de ce type de politique ont déjà été largement démontrés, dans l’Etat Espagnol mais aussi au Brésil, en Italie ou au Portugal.

Contrairement à ce que disent les camarades de la PfU, l’heure est à la construction d’un parti ouvrier et révolutionnaire

C’est en tout cas ce que nous défendons depuis désormais plus d’un an avec notre proposition d’ouvrir un débat avec l’ensemble de l’extrême gauche et des acteurs des derniers grands mouvements sociaux, sur la perspective de construction d’un grand parti révolutionnaire. Cette proposition n’a rien d’un vœu pieux, mais s’appuie au contraire sur une analyse de la situation présente, avec la nouvelle vague de la lutte de classe à l’échelle internationale, l’émergence de mouvements subversifs comme celui des Gilets jaunes qui, au-delà d’éléments de confusion inévitables, a contribué à faire resurgir un certain imaginaire révolutionnaire, et désormais la crise sans précédent qui commence et qui entrainera forcément des éléments de radicalisation, à gauche comme à droite.

Mais cette proposition s’appuie aussi sur l’expérience concrète de la possibilité de gagner au militantisme et au marxisme révolutionnaire des camarades ouvriers, y compris des dirigeants ouvriers de masse, au travers de notre intervention dans la lutte de classe. Car s’il est vrai qu’un grand parti révolutionnaire ne se proclame pas, il peut néanmoins commencer à se construire, dès aujourd’hui, et le NPA peut en être un outil, à condition de laisser de côté les logiques de chasse au bouc émissaire et de recherche de raccourcis et débouchés politiques dans le cadre du régime.

Cela implique une forme de dépassement du NPA par le haut, dans une organisation structurée autour d’une stratégie et d’un programme ouvertement révolutionnaires et qui se donne comme tâche d’attirer vers elle les couches les plus avancées de l’avant-garde ouvrière, populaire et jeune qui a émergé depuis 2016, ainsi que d’ouvrir un débat avec les autres composantes de l’extrême-gauche, avec des secteurs de l’antiracisme politique, du mouvement féministe, etc.

Cela implique également de penser dès maintenant à comment le NPA peut assurer une présence sur un tel profil dans les prochaines échéances électorales (en particulier pour les régionales où, par exemple en Ile-de-France, il serait possible de construire une liste avec certains des principaux animateurs de la lutte de classe de ces dernières années), en élargissant et renouvelant son porte-parolat en fonction de ces objectifs.

Pour un congrès politique, avec la participation de l’ensemble des militants et qui discute d’abord et avant tout de stratégie et de programme

La condition de ce dépassement par le haut, seule façon d’éviter une implosion et de “donner un nouvel élan au NPA”, pour reprendre les termes des camarades de la PfU, c’est que le congrès ne se fasse pas sur des procès envers telle ou telle tendance qui ne serait pas loyale, ni sur une instrumentalisation de la crise financière du parti, mais sur un débat politique qui parte du bilan de l’échec du NPA à formuler “une compréhension commune des événements et des tâches”, pour redéfinir ses lignes stratégiques et programmatiques fondamentales en fonction des coordonnées politiques actuelles et sur la base des leçons de la lutte de classe des dernières années.

La participation, avec droit de vote, de l’ensemble des camarades qui ont été et sont des acteurs de cette lutte de classe et qui ont pris la décision de rejoindre le NPA (en respectant la période de trois mois qui a toujours été requise), ne pourra qu’être bénéfique et y compris aider à jeter sur nos débats internes un regard nouveau et moins vicié, car plus proche de la réalité et plus distant des enjeux des batailles de tendances. Nous n’aurions certainement, toutes et tous, qu’à y gagner.

 
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