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La Izquierda Diario
1er de octobre de 2020 Twitter Faceboock

Vers une saturation des services de réa
La situation s’aggrave en réanimation, mais toujours pas de réponses aux revendications des soignants
Nora Pardi

La situation des services de réanimation alarme, alors que dans certaines régions le taux d’occupation a atteint le seuil de vigilance de 40%. En Guadeloupe, les hôpitaux sont même saturés. Mais, le gouvernement reste, malgré tout, sourd aux revendications des soignants, comme l’a montré la dernière allocution d’Olivier Véran.

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Crédits photos : AFP

L’épidémie prend de la vitesse, et le nombre de cas augmente, avec encore hier près de 13 000 cas supplémentaires. En Île-de-France, le taux d’incidence du virus dépasse, depuis mardi, les 250 cas pour 100 000 habitants. Mais, pour comprendre la situation sanitaire, un des indicateurs intéressants, au-delà de l’augmentation des cas, c’est l’état des hôpitaux. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’il est inquiétant, surtout au niveau des services de réanimation. 1200 malades se trouvent aujourd’hui en réanimation, contre seulement 500 début septembre.

De fait, les services de réanimation s’approchent lentement mais sûrement de la saturation, alors que certaines régions comme l’Île-de-France, la Corse, la région PACA ou l’Auvergne Rhône-Alpes sont approchent les 40% d’occupation, comme le pointe le magasine Sciences et Avenir. Les hôpitaux de Martinique et de Guyane font face à des situations encore plus graves, avec 60% de leurs services occupés. Enfin, en Guadeloupe, malgré les renforts, la situation de l’hôpital est plus que précaire, et les services de réanimation sont pleins. Comme le pointe le Conseil scientifique dans son dernier rapport, les hôpitaux pourraient se retrouver débordés « d’ici à quelques semaines ».

À Paris, le seuil des plus de 30% de lits occupés dans les hôpitaux par des patients Covid a été atteint. Ces indicateurs dévoilent une situation plus que critique alors que c’est cette saturation hospitalière qui avait fait le désastre de la première vague, avec des soignants obligés de “trier” les patients, et des services de réanimation insuffisants pour faire face au pic épidémique. Les vidéos scandaleuses de l’hôpital de la Timone inondé de pluie sont l’exemple le plus brutal de cet état calamiteux de l’hôpital public.

Dans un article du Figaro, plusieurs professeurs et soignants expliquent la confusion qui est entretenue par le gouvernement sur le nombre de places en réanimation. En effet, malgré les dire du gouvernement, il semblerait que les capacités des services de réanimation n’aient pas augmenté depuis la première vague. Comme l’explique le Professeur jillali Annane, chef du service de médecine intensive réanimation à l’hôpital Raymond-Poincaré à Garches : « Une confusion est entretenue entre lits de soins critiques et lits de réanimation : les lits de soins critiques englobent les lits de réanimation, au même titre que les lits de soins continus. La réalité est que nous disposons de 5058 lits de réanimation en France ». Autre problème, certains des nouveaux services de réanimation ne disposent pas des personnels nécessaires pour fonctionner. « Un certain nombre de lits restent fermés, faute de personnel. Si vous n’avez pas d’hommes et de femmes pour soigner les patients, vous pouvez avoir les plus beaux équipements de la Terre, ça ne sert strictement à rien. » continue le professeur.

Un exemple de plus de l’hypocrisie de la gestion sanitaire du gouvernement, qui gonfle les chiffres pour cacher le manque de moyens à l’hôpital. La réalité c’est que malgré l’alerte des soignants, le gouvernement n’a pas répondu à leurs demandes et le Ségur de la Santé, présenté comme une révolution, n’a offert que des miettes et des réorganisations. Le nombre de lits réouverts (4000) est ainsi très loin des 100 000 supprimés ces vingt dernières années. En termes de création de postes, là aussi le gouvernement est bien loin de ce qu’il faudrait lorsqu’il en octroie 15 000. Enfin, la revalorisation prévue est bien en deçà des revendications des syndicats, qui tournent autour des 300 euros. D’autant plus qu’elle ne sera pas perçue équitablement par tous les soignants.

De fait, certains soignants ont même été exclus des revalorisations salariales promises, comme ceux de l’hôpital de Navarre à Evreux ou de Rennes, qui n’ont pas touché les 183 euros d’augmentation. La justification qui a été donnée : ils appartiennent à des services du médico-social. À Rennes, les soignants se sont mis en grève pour protester, car, comme l’explique Vincent Thomine, représentant syndical SUD à Ouest France : « Nous avons les mêmes métiers, nous faisons les mêmes horaires, nous avons la même réglementation du travail. »

À Nimes, les soignants se mobilisent pour dire leur épuisement. Les urgences du CHU sont ainsi en grève, notamment 70% du personnel paramédical. Ils dénoncent les réorganisations et le manque de personnels, et veulent des embauches. « On a des patients qui attendent 24 à 48 heures sur un brancard, qui meurent dans les couloirs... Les locaux ne sont pas adaptés avec le Covid qui est arrivé et les urgences qui reprennent. On en a marre, on ne fait que de courir. On sort de nos gardes, on n’en peut plus. On fait 12 heures, avec à peine dix minutes pour manger, on est sur les rotules », explique une infirmière à France Bleu.

Mais ni les mobilisations des soignants, ni les appels à moyens et embauches lancés ne font changer de cap le gouvernement. Ainsi, l’Inter-Hôpitaux, dans un communiqué « alerte à nouveau sur l’impossibilité pour l’hôpital public d’accueillir, de front, vague épidémique et activité hospitalière usuelle, sur les pertes de chances induites pour les patients et sur l’urgence des mesures attendues par les personnels pour éviter de nouveaux départs ». « On ne demande pas la lune mais un salaire au niveau moyen des pays de l’OCDE, des effectifs en nombre pour la qualité des soins et la réouverture de lits sur le territoire pour assurer le respect de la dignité des patients » ajoute le communiqué.

Mais, loin de toutes ses préoccupations, la politique du gouvernement sur les services publics ne change pas. Pourtant la clé pour résoudre la crise serait bien là, alors que la casse de l’Enseignement Supérieur ou de l’école publique sont elles aussi visibilisées depuis la rentrée et les conséquences du virus. Alors que les clusters se multiplient, Véran n’annonce toujours pas d’ouvertures de classes ou de postes, ni de centre de dépistage dans les centres d’études. La dernière annonce austéritaire en date : rendre payantes les urgences et contrôler leur accès pour faire des économies.

Au lieu d’investissements massifs pour des centres de dépistages, des masques gratuits ou pour ouvrir des places en centre de réanimation et embaucher des soignants, le gouvernement propose des restrictions sur les libertés. Les mesures qui s’annoncent, après la concertation de Jean Castex avec les maires des régions les plus touchées par la reprise du virus, risquent encore d’être bien insuffisantes. Avant de fermer les bars ou les restaurants, c’est bien d’un plan sanitaire à la hauteur dont nous avons besoin. Le chaos et l’impréparation de la première vague, et l’incapacité des hôpitaux à y faire face faute de matériel, pourrait faire son retour. Pour que ça ne soit pas le cas, il va falloir lutter pour empêcher la poursuite du détricotage de l’hôpital et des services publics. Mais aussi pour refonder un système de santé gratuit, universel et géré par les seuls qui en sont capables et qui servent l’intérêt de la majorité : les personnels soignants.

 
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