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La Izquierda Diario
1er de octobre de 2020 Twitter Faceboock

Privatisation de l’hôpital
Réforme de la Sécu : le gouvernement veut rendre payants les passages aux urgences sans hospitalisation
Alexandre Mongis

Alors que la situation sanitaire s’aggrave et que les services de réanimation se remplissent à vue d’œil, le gouvernement a annoncé un forfait payant pour tout passage aux urgences ne nécessitant pas une hospitalisation.

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Crédits photo : AFP

Janvier 2021 : les urgences seront payantes !

Dans une période de crise sanitaire depuis des mois et dont la première vague avait submergé les hôpitaux, faute de moyens pour prendre en charge le nombre de patients en soins intensifs, il semble absurde d’annoncer encore de nouvelles mesures de casse de l’hôpital public et de la sécurité sociale. C’est pourtant ce que continue de nous promettre les politiques gouvernementales, avec notamment l’annonce ce jeudi de la mise en place dès janvier 2021 d’un « montant forfaitaire » pour une partie des patients qui se rendront aux urgences.

Cette nouvelle réforme s’inscrit dans un projet de loi plus large de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2021 qui prévoit de nouvelles attaques. Parmi elles donc la baisse des remboursements hospitaliers pour les usagers et leur suppression pour ceux qui ne sont pas aussitôt hospitalisés.

Encore aujourd’hui les frais sont loin d’être totalement remboursés (seulement à 80% à l’hôpital) par le système de sécurité sociale qui subit depuis des années des coupes budgétaires. Cela contraint déjà nombre de personnes (30% en 2018) à renoncer à certains soins parce qu’ils ne peuvent en assumer la quote-part personnelle ou bien ne peuvent pas en avancer les frais. Dans la sixième puissance mondiale, il n’est donc pas possible pour les franges populaires de s’assurer une bonne santé faute de pouvoir en régler les frais ou de pouvoir se doter d’une mutuelle privée qui reste en définitive à leur charge.

Mais cette mesure, qui s’inscrit dans un processus de privatisation de l’hôpital public en en restreignant l’accès à ceux qui pourront se payer les soins, aggravera cette situation. Elle réduira la possibilité de pouvoir se soigner pour des millions de personnes. Là où à l’hôpital 20% du tarif de convention était à la charge de l’assuré en plus des participations forfaitaires et des franchises médicales, en 2021, l’ensemble des consultations non suivies d’hospitalisation seront à la charge du patient à hauteur d’un tarif même pas encore annoncé.

Les femmes enceintes, les invalides et les malades chroniques, qui bénéficiaient d’une exonération du ticket modérateur (part à la charge du patient) et se voyaient un accès au soin totalement gratuit, subiront cette nouvelle mesure en se voyant facturé un tarif, bien que minoré..

Le gouvernement juge le système de sécurité sociale archaïque, mais bien que lacunaire, sa disparition à l’image du modèle américain est en marche. En effet, là où il n’existe pas aux États-Unis, on a pu voir les conséquences que cela entraîne en période de pandémie avec une propagation accrue du virus dans les quartiers pauvres, qui regroupent plus de 60% des décès covid, faute d’accès aux soins entre autres.

En arrière-plan, le gouvernement semble nous diriger vers une suppression des services d’urgences tels qu’on les connait, une aberration sanitaire et sociale qui se répercutera sur l’ensemble de la population et des travailleurs précaires qui seront remerciés. En définitif cette mesure antisociale représente également une plus ample casse de l’hôpital à l’heure où il a pourtant besoin d’être reconstruit.

Réduire les aides pour augmenter les profits

En plus de réduire l’accès à l’hôpital pour les franges les plus précaires, et ce dans un contexte d’augmentation de la précarité liés aux attaques patronales (licenciements, APC, etc) il s’agit directement d’une politique en faveur des capitalistes qui détiennent les contrats d’assurances privés.

Le déremboursement diminue les coûts de la sécurité sociale pour en réduire le déficit en faisant des économies et ainsi en faisant payer la dette accumulée aux plus précaires. D’une part le déficit a été creusé depuis des années par les baisses de cotisations patronales, et ce encore plus pendant le covid avec une exonérations de celles ci, alors qu’en même temps ces entreprises recevaient déjà des milliards d’aides de l’Etat et se versaient des dividendes astronomiques.

Mais d’une autre part il est aisément prévisible que si la sécurité sociale ne rembourse plus les consultations des malades alors cela va entraîner une hausse d’intérêts pour des contrats avec des organismes privés. C’est à dire qu’encore une fois les capitalistes vont se retrouver les grands gagnants en profitant de la crise et de la casse des services et aides publics pour générer de nouvelles sources de profits sur le dos de l’ensemble de la population qui paient déjà les conséquences lourdes de la crise.

Une réforme donc de la sécurité sociale dans la droite lignée de celle du système de retraite. Deux systèmes par répartition dont le patronat veut se défaire au travers de réformes structurelles et financières pour y ouvrir des espaces de capitalisation. La réforme tant contestée prévoit une hausse importante de recours à des systèmes de capitalisation pour s’assurer une retraite par le biais d’entreprises privées comme on peut aisément l’envisager pour s’assurer une santé, à condition désormais d’en avoir les moyens.

Le gouvernement a donc un plan clair pour le système de santé français en période de crise sanitaire : faire des économies en réduisant l’accès au soin, et permettre aux assurances privés d’en tirer profit.

Encore une fois, refusons de payer la crise !

À rebours d’une réduction des remboursements de soins et donc des budgets pour la santé publique, l’ampleur de la pandémie nécessite des moyens et des investissements massifs dans les services de soins afin de permettre à tout le monde de se protéger et éviter la propagation du virus.

Une politique économique en adéquation avec leur rhétorique de plus en plus grinçante qui vise à responsabiliser les individus de la propagation du virus, comme de celui du creusement du déficit en raison cette fois d’un recours trop important aux soins.
Ce discours semble bien peu crédible au vu des milliards versés au patronat pour leurs profits, mais y compris des milliards que représente l’évasion fiscale chaque année et qui à elle seule comblerait le “trou de la sécu” comme ils aiment l’agiter.

C’est par ailleurs cette même stratégie économique d’accès privilégié à la santé qui ne permet pas aujourd’hui d’avoir accès aux tests covid quand leur nombre stagne et leur taux de positivité augmente, paralysant notre capacité à évaluer et anticiper l’ampleur de la catastrophe qui se profile à nouveau.

Face à la crise sanitaire et au déficit de la sécurité sociale, le gouvernement compte creuser les inégalités en en faisant payer les frais aux plus précaires. Nous devons exiger que ceux qui tirent profits de la crise et licencient pour leurs intérêts privés soient ceux qui contribuent à résoudre la crise et non à l’amplifier.

 
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