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La Izquierda Diario
14 de octobre de 2020 Twitter Faceboock

Etat policier
A la veille du couvre-feu, Macron augmente le budget de la police de 325 millions et concède une prime de nuit
Simon Derrerof

Avec l’annonce du couvre-feu pour ce week-end, Macron déroule sa stratégie répressive de l’épidémie. En parallèle des prévisions de coupes budgétaires pour les hôpitaux, il a privilégié les cadeaux à la police, prévoyant l’octroi de 320 millions d’euros, dont 15 pour les "nuiteux". Au plus grand bonheur des syndicats, reçus ce jeudi à l’Elysée. 

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Une multitude de cadeaux aux policiers dans le cadre de l’offensive sécuritaire

 
C’est au cours d’une rencontre organisée, mardi 13 octobre, entre les représentants des policiers et le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin que ce dernier a dévoilé une série de mesures pour calmer la colère des policiers. En effet, "l’attaque" du commissariat de Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne) le week-end dernier ou encore la blessure d’un policier renversé par une voiture dans la nuit de mardi à mercredi, sont autant d’évènements qui attisent la colère des forces de répression.

Aussi, lors de l’échange en visioconférence, le ministre de l’Intérieur a promis une augmentation du budget de son ministère de 325 millions d’euros. Plus précisément, les crédits consacrés aux matériels et équipements vont augmenter de 15 millions d’euros, tandis que 125 millions d’euros supplémentaires ont été offerts pour renouveler les véhicules policiers et 12 millions pour remettre à neuf les commissariats. 

Également, ce sont tout un tas de petits cadeaux pour faciliter le travail administratif dans les commissariats qui ont été annoncés, tels « la généralisation du recours à des personnels administratifs pour l’accueil des commissariats, l’allégement de la procédure pour gérer les personnes en état d’ébriété, très chronophage, la suppression progressive du recueil des procurations avant chaque élection, et l’externalisation de certaines fonctions en centre de rétention administrative ». Autant de mesures destinées à dégager des effectifs pour les mettre sur le terrain. Darmanin a également annoncé l’ouverture de négociations pour la gratuité des transports pour les forces de l’ordre à partir de 2021.

Les cadeaux du gouvernement aux forces répressives ont été accueillis avec joie par les syndicats. « Le statut du travailleur de nuit est acté et enfin on a de premières indemnités » s’est réjoui Grégory Joron d’Unité-SFP auprès de l’AFP. Fabrice Vanhemelryck, secrétaire général d’Alliance a également souhaité saluer ces annonces : « S’il arrive à mener à bien tous ces projets, dans les prochains mois, on pourra enfin dire qu’il y a eu une reconnaissance du métier de policier ». Thierry Clair de l’Unsa Police a lui affirmé : « Il faut saluer ces mesures qu’on avait portées, sur lesquelles nous avions mené des négociations ». 

Si une mesure a des airs de victoire historique pour les syndicats de police, c’est bel et bien celle de l’augmentation des primes des "nuiteux" pour un budget total de 15 millions d’euros. Et pour cause, il s’agit d’une revendication de longue date des syndicats. Alors que le gouvernement radicalise sa stratégie répressive avec e couvre-feu qui vient d’être annoncée, on peut supposer qu’une telle mesure viendra assurer le bon fonctionnement ce confinement nocturne répressif.

Plus globalement en acceptant de nombreuses revendications des syndicats policiers, le gouvernement cherche à sécuriser le soutien des forces de répression. A l’heure où les plans sociaux et les attaques ne cessent de s’accumuler sur les travailleurs, le gouvernement sait qu’il aura plus que jamais besoin du soutien de son bras armé pour mater les potentielles révoltes sociales. 

Macron reçoit les syndicats ce jeudi pour approfondir l’offensive sécuritaire

 
Dans la continuité de ces cadeaux, Macron recevra ce jeudi 15 octobre pour la première fois de son quinquennat les représentants syndicaux de la police nationale. Le chef de l’Etat, qui ne veut aucune mésentente à l’aube des mesures répressives liées au couvre-feu, se sait attendu au tournant après les événements de la semaine dernière qui ont particulièrement agité la sphère médiatique et réactionnaire. L’enjeu principal de la réunion sera la consolidation de rapports qui se doivent de rester au beau fixe, tant la gestion sanitaire et de la crise économique peut engendrer un ras-le-bol généralisé de la population. C’est en effet quelques semaines après un confinement répressif de deux mois, ayant entrainé la mort d’une dizaine de personnes et des centaines de blessés entre les mains de la police, qu’avait surgi l’historique mouvement contre le racisme et les violences policières. 

Ainsi c’est la question pénale qui sera abordée dans les salons, les syndicats de police réclamant notamment la mise en place d’une peine plancher, la suppression de l’aménagement de la durée des peines, et l’allègement des procédures dans le cadre de leurs interventions. En recevant les syndicats de police pour entendre leurs revendications, qui consistent en réalité à demander toujours plus de moyens pour réprimer dans les quartiers populaires ou les mouvements sociaux, le président reprend sa place de dirigeant des opérations relatives à la crise sanitaire tout en revendiquant le premier rôle dans le cadre de l’offensive sécuritaire, terrain qu’il avait surtout laissé jusqu’à présent à Darmanin.

Dans ce cadre, il montre également fortement son soutien aux forces de police qui ont parfois remis en doute son gouvernement, organisant des manifestations pour revendiquer leur droit à réprimer. Face à l’importance de la situation pour le gouvernement de garder le soutien des forces de police, Macron veut donc désormais reprendre les rênes. Après avoir laissé son gouvernement, Darmanin en particulier, aux manettes de la politique sécuritaire du gouvernement, il revient en première ligne. 

Plus généralement ces annonces et cette visite à l’Elysée s’inscrivent dans le contexte d’une offensive sur le terrain sécuritaire et réactionnaire, avec l’instrumentalisation par la droite et l’extrême droite de l’évènement du commissariat de Champigny pour en faire un étendard de la surenchère contre les populations des quartiers populaires, faisant écho à un discours incessant du gouvernement sur l’insécurité et l’ensauvagement de la société. 
 
En pleine crise sanitaire et au début d’une crise économique qui sera très violente, Emmanuel Macron cherche ainsi à consolider une base sociale à droite et dans les rangs de la police en prévision de futures explosions sociales. Le discours du gouvernement cherche à grignoter du terrain xénophobe et sécuritaire à la droite en vue des prochaines élections, et vise aussi à justifier une répression accrue des quartiers populaires, des luttes sociales et du mouvement ouvrier. Dans le contexte social potentiellement explosif qui s’annonce, avec la multiplication des licenciements, une crise économique particulièrement forte, et une gestion sanitaire toujours plus incompréhensible et répressive, il est en effet central pour Macron de mettre tous les moyens nécessaires pour mater toute possibilité de révolte. Dès lors, ces cadeaux faits aux forces de police ont évidemment pour objectif de sécuriser le soutien du bras armé de l’état.
 
Alors que les hôpitaux et l’ensemble des services publics manquent toujours plus de moyens, que les manques en lits de réanimation sont toujours plus criants, Macron montre que la priorité de son gouvernement va à la police et à la politique réactionnaire. 

 
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