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25 de novembre de 2020 Twitter Faceboock

Aéronautique
Latécoère : la direction s’apprête à supprimer 475 emplois
Pepe Balanyà

Ce jeudi 19 novembre, la caravane de l’emploi et des salaires contre les licenciements de la CGT s’est arrêtée devant le siège de Latécoère pour apporter son soutien et diffuser des tracts d’information sur l’avancée du PSE du groupe. Une vingtaine de salariés et de représentants syndicaux, notamment d’Airbus, Akka, Capgemini, Altran, les Ateliers de la Haute-Garonne, et des membres du Collectif des Salarié.e.s de l’Aéronautique, se sont rassemblés et ont pu échanger sur la situation de crise sociale dans l’Aéronautique. L’occasion pour nous de refaire un point sur l’avancée du plan massif de suppression d’emploi de la direction de Latécoère.

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Crédits Photos : D.R.

Le vendredi 25 septembre, nous annoncions dans ces pages la volonté du groupe de supprimer 475 emplois en France sur 1504, soit un tiers des effectifs. Plan qui survient alors que le groupe vient déjà de licencier 35% de ses effectifs à l’étranger fin 2019, soit 1105 personnes sur les 5200 employés dans 13 pays, dont deux fermetures d’usine en Tunisie et en Inde. En 2016, c’étaient déjà 156 emplois qui faisaient l’objet d’un plan de licenciements en France avant le rachat de l’entreprise par un fonds de pension américain, Searchlight. Tout cela laisse peu de doutes sur les véritables intentions de la direction du groupe : le plan de restructuration était déjà en cours avant la crise du COVID-19. La dimension de la crise économique actuelle est venue accélérer et approfondir ce processus. Pour faire face à la chute historique du trafic aérien mondial et être en capacité d’avancer le plus rapidement possible pour la préservation des parts d’un marché sous tension, le patronat cherche à être léger en termes de coût du travail : détruire la protection de l’emploi, supprimer des postes, baisser les salaires et enfin réembaucher des travailleurs précaires en fonction des besoins, avec des salaires au rabais, tel est le projet du patronat.

D’ailleurs, la direction de Latécoère ne cherche même plus à faire semblant de s’inquiéter pour l’avenir des salariés. Comme dans beaucoup d’entreprises, la direction n’évoque même pas la possibilité de l’APLD, (qui est vendue par le gouvernement comme un « amortisseur » social alors que celle-ci réduit de 16% le salaire sans compter les primes !), mais avance son plan de licenciements en expliquant que « on ne sait pas si dans deux ans il y aura une reprise ». Aujourd’hui, après plus d’un mois de négociations hebdomadaires inutiles, toute l’hypocrisie de la direction se révèle. En effet, le sujet de l’APLD, systématiquement reporté, n’a été, comme l’expliquent les salariés, qu’une manière de faire traîner les négociations et de soumettre les travailleurs à une déprimante attente, d’anesthésier tout embryon de colère qui pourrait donner lieu à la construction d’un véritable rapport de force. Un scénario qui n’est pas sans rappeler celui qui s’est joué chez AAA avec le triste final qu’on lui connaît, la validation d’un PSE de plus de 600 emplois, ou celui qui se joue à Figeac Aéro en ce moment. De plus, la direction de Latécoère affirmait n’avoir « aucun problème de trésorerie » et bénéficie d’un Prêt Garanti par l’Etat (PGE) de 60 millions d’euros, sans parler des 200 000 euros de salaire annuel de son président Pierre Gadonneix. Ainsi, il apparaît de façon évidente que ce PSE n’est pas fait pour « sauvegarder » le moindre emploi, selon l’hypocrite formule gouvernementale, mais bien les profits du patronat et des financiers de Searchlight. En effet, bien que la crise économique frappe fortement le secteur, où sont allés les millions de bénéfices et d’aides publiques engrangés lors de ces dernières années ? Les salariés ne doivent pas adapter leurs conditions de vie et de salaire à la soif de profit du patronat.

Seule l’affirmation de leur force par les salariés eux-mêmes, par la grève et l’organisation collective contre les attaques patronales, peut payer et ouvrir un horizon qui ne se limite pas à choisir entre la peste et le choléra dans les cadres du « dialogue social ». Malheureusement, dans le contexte de crise sanitaire, confinement et tournant autoritaire, l’absence d’un plan de bataille à la hauteur du côté des directions syndicales nationales est un obstacle déterminant dans la construction de cette voie combative. C’est le cas de Daher où l’intersyndicale, à côté de la direction du groupe et du gouvernement, a même revendiqué les licenciements comme une victoire du dialogue social.

Un contre-exemple à la passivité et à la stratégie de la négociation des directions syndicales commence à attirer les regards : la grève dure, majoritaire et sans concessions des salariés de Toray, fabricant de fibre de carbone pour l’aéronautique dans les Pyrénées Atlantiques. Ceux-ci, malgré les coups de pression de leur direction, refusent toute négociation et se battent pour 0 suppression d’emploi depuis le 18 octobre. Dans la perspective de ce plan de bataille intransigeant et exemplaire, ils ont réussi à arrêter presque toute la production des deux usines et à construire un vrai rapport de forces pour défendre leurs conditions de travail. Florent Coste, délégué syndical CGT Latécoère, en témoigne en apportant son soutien le plus total aux camarades en lutte dans cette vidéo.

« Si on touche à l’un, on touche à tous ! » Ce slogan, devise du Collectif des Salarié.e.s de l’Aéronautique, est un appel à la solidarité entre les travailleurs de toutes les entreprises du secteur pour produire une réponse d’ensemble aux attaques ciblées dans chaque boîte. Ainsi, les camarades de la CGT Airbus, présents pour le rassemblement de la caravane pour l’emploi et les camarades de la CGT Latécoère, tous les deux membres du Collectif, ont eux-aussi tenu à faire une vidéo de soutien dans laquelle ils pointent la responsabilité d’Airbus sur l’ensemble de la filière. Comme le disait déjà Florent Coste à Libération il y a plus d’un mois : « C’est Airbus qui est responsable, pas le Covid », en expliquant que « les difficultés de Latécoère depuis 20 ans sont dues aux pressions tarifaires invraisemblables de leurs clients »

 
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