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La Izquierda Diario
7 de décembre de 2020 Twitter Faceboock

Répression policière
Un manifestant la main arrachée : dans un silence assourdissant, les grenades continuent à mutiler
Flora Carpentier

Tandis que les grands médias restent braqués sur les vitrines brisées, bien peu semblent se préoccuper des vies brisées par la répression policière, qui ce samedi a fait plus de dégâts que ne laissent percevoir les chaînes télévisées. Place de la République, un manifestant a perdu les 5 doigts de sa main droite, touchée par une grenade de désencerclement.

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Le deuxième anniversaire des Gilets Jaunes ne pouvait trouver d’écho plus symptomatique de cette violence d’Etat à l’état pur, qui coûtait la vie à Zineb Redouane deux ans plus tôt. Alors que le souvenir des cinq mains arrachées reste frais pour tous ceux qui ont eu affaire à la grenade GLI-F4 quelques mois en arrière, les redoutables grenades GMD et GM2L semblent n’avoir rien à envier à leurs prédécesseures. Et encore une fois, alors que le détail de chaque vitrine brisée semble scruté à la loupe par les médias voraces, avides de criminalisation du mouvement social, obtenir des informations concernant un manifestant amputé à vie relève du parcours du combattant. Que saurions-nous si certains médias et journalistes indépendants ne se démenaient pour rassembler la moindre information et lancer des appels à témoins ? A l’inverse, la menace de l’alerte à la Fakenews plane sur quiconque oserait s’aventurer dans une quête de vérité concernant des informations qui dérangent jusque dans les plus hautes sphères du pouvoir. Combien de comptes Twitter suspendus ou de pages Facebook sorties des radars pour avoir tenté de faire la lumière sur des cas de violence policière ?

Alors voilà les informations que nous avons pu rassembler, à partir du témoignages de manifestants et journalistes présents sur les lieux. Ce samedi en fin de journée, le journaliste indépendant Clément Lanot filme un manifestant blessé évacué au pas de course par des street-médics place de la République à Paris, sa main tenue en l’air dans un bandage. L’urgence de la situation est palpable aux cris des manifestants « écartez-vous ». Quelques instants plus tôt, les vidéos rapportent un climat de violente répression à l’encontre des manifestants rassemblés place de la République, essuyant tirs de grenades lacrymogène et désencerclantes, et jets de canon à eau. D’après certains témoins ces grenades auraient été tirées depuis l’arrière des barrières anti-émeutes disposées tout autour de la place.

Louis, jeune gilet jaune et ami de la victime, a assisté à la scène :

« On était plusieurs milliers de manifestants sur la place, c’était une bonne ambiance, mais très vite on a reçu des grenades lacrymo. Le vent nous était favorable alors on tenait tête, on renvoyait les grenades, et on tapait sur les barrières anti-émeutes. Puis ils se sont mis à nous balancer les nouvelles grenades, les GM2L, celles qui explosent en faisant un nuage. Une grenade est tombée entre deux potes à moi. L’un d’eux l’a prise à la main parce qu’il a cru que c’était une grenade lacrymo, mon autre pote lui a dit de lâcher mais c’était trop tard, elle lui a explosé dans la main. J’ai entendu la grenade exploser et tout d’un coup on a entendu crier ’médic’ d’une telle force... et c’est là que j’ai vu que c’était mon pote.

Il y avait du sang partout, ses doigts pendouillaient, de la vapeur s’échappait de son corps tellement il était chaud. Les médics sont arrivés, et sur le moment il a pu marcher. Je pense qu’il n’a pas senti la douleur tout de suite, il a dit ’c’est bon je suis charcuté, j’ai plus de main’. Les médics l’ont évacué, puis les pompiers l’ont emmené et on est allés avec lui à l’Hôpital Saint-Antoine. On a tout de suite vu qu’il y avait une différence entre sa main droite et sa main gauche. Il avait perdu ses 3 droits et on lui a coupé les 5, et finalement il a demandé à se faire couper la main entière pour pouvoir se faire poser un prothèse. Le lendemain je l’ai revu, il m’a dit de garder le sourire, que lui gardait le smile. Donc je fais comme je peux mais c’est dur. Dans quelques jours, il devrait être emmené dans un autre hôpital pour subir d’autres opérations ».

Une autre manifestante partage le soir même sur son compte Facebook une photo de la tâche de sang au pied de la statue de la République, décrivant ainsi la situation :

« Des tirs de LBD, des grenades de désencerclement, du matraquage gratuit, des arrestations arbitraires, des hurlements ’médic médic’, des cris de femmes et d’étudiants terrorisés étouffés par les bruits assourdissant des grenades qui retentissaient à tout va. 2 ans de lutte pour au final une entrave à notre liberté de manifester entraînant de nombreux blessés mais surtout un mutilé (...). Il était là pacifiquement, exerçant son droit et son devoir de citoyen sur une manifestation déclarée... Est-ce une punition pour oser s’opposer à une loi totalitaire ? Cette photo est malheureusement criante de vérité. Devant la statue de la République le sang d’un innocent. Un être humain qui voulait simplement exercer son droit. Ce crime commis lâchement par la milice de Macron, cachée derrière des barrières anti émeutes... ».

Ce soir j'ai le cœur lourd, Le cœur meurtri.

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Publiée par Nath GJ sur Samedi 5 décembre 2020

Pour le collectif Désarmons-les, il s’agit « selon toute probabilité d’une grenade GM2L, la remplaçante de la GLIF4 ». Cette même grenade, véritable arme de guerre, avait déjà gravement blessé un jeune homme de 24 ans, Dylan, deux semaines plus tôt à Nancy, qui avait eu le malheur de se retrouver à proximité de la manifestation contre la loi Sécurité Globale. « J’avais un trou dans le bras », a-t-il expliqué à Lorraine Actu, « on m’a endormi puis un médecin a ouvert la plaie. On m’a enlevé une sorte de capuchon de grenade de désencerclement ». Encore une fois, le silence médiatique et politique avait été fracassant.

L'ETAT MUTILE, LA SOLIDARITÉ EST NOTRE ARME

Hier encore, les forces de l'ordre ont arrosé la foule de grenades de...

Publiée par Désarmons-les sur Dimanche 6 décembre 2020

Un silence peu étonnant quand l’on sait que Christophe Castaner, alors ministre de l’intérieur, annonçait en janvier dernier à grand renfort de communication le remplacement de la grenade GLI-F4, particulièrement décriée depuis le mouvement des Gilets Jaunes, par de nouvelles grenades GM2L censées être moins dangereuses. Un écran de fumée que nous avions dénoncé à l’époque, ces nouvelles grenades ayant une puissance (et donc une dangerosité) similaires à celles ayant fait 33 blessés graves dont 5 mains arrachées en l’espace de quelques mois. Aujourd’hui, ces affabulations gouvernementales autour du nouveau schéma de maintien de l’ordre montrent bien que si changement il y a, c’est bien celui d’un durcissement de l’arsenal répressif et liberticide.

A l’heure où la contestation de la loi Sécurité Globale met en difficulté le gouvernement, sur fond de retour sur le devant de la scène des violences policières, cette violente répression allant jusqu’à mutiler des manifestants se veut dissuasive pour tenter d’enterrer la mobilisation. A nous d’y répondre avec d’autant plus de détermination, en descendant encore plus massivement dans les rues contre la loi Sécurité Globale, la loi séparatisme et l’islamophobie, samedi prochain à Paris et partout ailleurs.

Appel à témoignages : si vous avez des photos ou vidéos permettant d’éclaircir les circonstances de cette mutilation samedi 5 décembre place de la République à Paris, merci de nous les transmettre à [email protected].

 
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