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14 de décembre de 2020 Twitter Faceboock

Le 15 décembre : vers un déconfinement, vraiment ? Le retour de la matraque
Damien Bernard
Lucia Nedme

Quoi que puisse en dire le gouvernement, la stagnation des chiffres de contaminations et l’allocution de jeudi dernier marquent l’échec de sa stratégie sanitaire. Pour ne pas se déjuger, le fameux déconfinement tant attendu s’inscrit sans surprise sous le signe de la matraque et de 100 000 policiers le nouvel an. En somme pour résoudre la crise sanitaire, faute de stratégie sanitaire réellement à la hauteur, Macron en revient encore et toujours à la matraque.

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Crédits photo : FRED SCHEIBER / AFP

Il faut le rappeler : Emmanuel Macron annonçait en grande pompe lors de son allocution, le 24 novembre, ouvrir la voix à un déconfinement en “trois étapes” : les 28 novembre, 15 décembre et 20 janvier. Un plan par étapes visant à balayer l’échec du déconfinement à vitesse grand V de la première vague qui a eu pour conséquence un rebond de l’épidémie avec la deuxième vague. Un déconfinement se voulant ainsi exemplaire pour éviter une troisième vague et en finir avec l’épidémie.

Mais force est de constater que ce plan est dores et déjà caduque, balayé en à peine deux semaines. Alors que le gouvernement s’était donné pour objectif d’atteindre les 5000 contaminations quotidiennes, le 28 novembre, le nombre de contaminations ne descend plus sous les 11 000. Des chiffres qui, selon Véran, seraient liés à un « relâchement collectif » en premier lieu, à l’allègement des mesures sanitaires et finalement au mauvais climat d’hiver, propice à la diffusion du virus, donc encore une fois le gouvernement n’y serait pour rien...

Mais puisque, selon Castex la France serait un des pays qui s’en sort le mieux de cette deuxième vague dans la région, grand seigneur qu’est le gouvernement, la population aura bien le droit de fêter Noël mais attention pas plus de six, tandis qu’il offre dans le même temps un couvre-feu policier. Un « cadeau » donc et nous devrions lui être reconnaissants...

Dès le 15 décembre, la deuxième étape du « déconfinement » aura donc lieu, mais vers quoi ? Vers un couvre-feu, déjà prévu mais avancé d’une heure, maintien de la fermeture des théâtres, cinémas, et lieux de culture, avec des aides des plus légères qui laissent le petit patronat mourir à petit feu, tandis que les grandes entreprises sont aidées par milliards, toujours rien pour les précaires et intermittents qui se retrouvent dans une situation d’urgence. Mais surtout, la surprise du chef et pas des moindres, plus de 100 000 policiers pour maintenir “l’ordre” pour le nouvel an, signe que c’est bien par la force et la dissuasion que le gouvernement entend une nouvelle fois régler la crise sanitaire.

Une stratégie que l’on pourrait résumer ainsi : d’un côté, la com’ pour le sanitaire comme l’illustre le déplacement, ce 14 décembre, de Véran au Havre pour faire la publicité de son “tester, alerter, protéger”, de l’autre l’autoritaire pour imposer le rester chez soi et faire peser le coût de la crise sanitaire sur le social et le privé. En définitive, le retour du confinement made in MEDEF et du tout sécuritaire.

Un “allègement” qui rime avec plus de répression

On se le rappelle : la mise en oeuvre du couvre-feu s’était accompagnée d’un saut dans la répression, moyennant les amendes pour non respect de confinement, la police pour imposer les allers et venues le soir. A la différence d’un semi-confinement, le couvre-feu permet pour le gouvernement de mieux gérer du point de vue du maintien de l’ordre : il est plus facile pour le gouvernement de contrôler les allers et venues entre 20h et 6h, toute personne doit avoir un motif sérieux pour sortir. Et Darmanin a été très clair sur ce point là : si le contrôle policier était important pendant le confinement avec plus de 2,9 millions de contrôles effectués et plus de 285 000 verbalisations, ceux-ci seront augmentés pendant le couvre-feu et il n’y a « pas de consigne d’indulgence » pour les forces de police.

En somme, le gouvernement essaye de relâcher la pression de l’opinion publique avec la fin de l’attestation dérogatoire pour en réalité faire mieux accepter ce nouveau tour de vis autoritaire. Plus d’attestation pour aller travailler... mais plus aucune sortie tolérée le soir hormis pour travailler. La boucle est bouclée, mais n’oublions pas que c’est « grâce » au gouvernement que Noël pourra bien se passer, si on respecte la règle de 6...

L’objectif qui se joue en parallèle pour l’Exécutif maintenant est le détournement du scepticisme de la population vis-à-vis du vaccin avec l’utilisation d’une méthode contre-intuitive, soit de « caresser dans le sens du poil ». Ceci dit, le gouvernement va accepter les doutes autour du vaccin avec des formules comme « nous ne savons pas tout », afin de gagner en crédibilité et de mieux convaincre quand le vaccin arrivera. Le gouvernement fait tout pour que sa campagne vaccinale ne soit pas, elle aussi, un échec. Une stratégie du "tout vaccin" sur laquelle le gouvernement parie, mais qui suscite de nombreuses incertitudes et risques.

Face à l’incapacité du gouvernement, la nécessité d’une réponse globale face à la crise

Depuis plusieurs mois, le gouvernement cherche à inverser la tendance sur le terrain sanitaire. Une question que Macron sait cruciale en vue des prochaines élections présidentielles. En ce sens, Olivier Véran ne tarit pas d’effort dans sa stratégie de communication pour montrer qu’il se démène. Ce lundi matin, il annonçait au Havre la mise en place d’un dépistage massif afin de « renforcer la stratégie de tester, alerter, protéger par le dépistage en population asymptomatique », et continuait à vanter sa stratégie avec le « contact tracing », une méthode qui pour l’heure n’a jamais réussi à être mise en place après bientôt une année d’épidémie. Une démonstration de son incapacité claire à mettre en oeuvre une stratégie sanitaire que les coups de communication ne résoudront pas.

Comme nous l’écrivions à la veille de l’annonce de Macron le 24 novembre, « il est nécessaire de dénoncer la responsabilité du gouvernement dans la gestion de la crise, sa politique autoritaire, sécuritaire et répressive. Mais cela ne peut suffire face à l’urgence. » Un plan qui permette d’endiguer la deuxième vague, mais aussi d’éviter la possibilité d’une troisième vague et les morts qui vont avec.

Face à un gouvernement incapable de déployer une stratégie sanitaire à la hauteur, de par son dévouement au patronat, nous souhaitons opposer une véritable politique sanitaire alternative pour en finir avec le virus en préservant un maximum de vies. C’est pourquoi nous revendiquons un programme d’urgence globale, pour que ce ne soit pas aux travailleurs, ni à la jeunesse, ni aux petits commerçants de payer leur crise. À ce stade de développement de la pandémie, contre une stratégie de la constatation, il est nécessaire de passer à une stratégie de prévention d’envergure pour briser les chaînes de contamination et circonscrire le virus.

La condition sine qua none pour faire face à l’afflux de patients, c’est un programme d’urgence de moyens pour l’hôpital : création de lits, embauche de personnels sous statut.

Pour prévenir la multiplication des contaminations, embauche massive de travailleurs et travailleuses de la santé chargés de contacter, aider et informer les patients, de retrouver les « cas contacts ».

Comme le développe notamment la commission Santé Sécu social du NPA, il faut aussi, à contre-courant des mesures liberticides et inefficaces, une stratégie de prévention démocratique fondée sur l’alliance des professionnels de santé et de la population, qui puisse s’auto-organiser sur les lieux de travail et dans les quartiers pour trouver des solution face au virus : à l’image des profs qui ont mis en place par eux-mêmes la division des classes en deux.

Avec 1/ un respect collectif et solidaire des « gestes barrières » pour éviter un maximum les contaminations

2/ un dépistage précoce et rapide des personnes contaminées (avant apparition des premiers symptômes) et des « cas contacts » ainsi que leur isolement

Cette stratégie d’autodéfense collective contre le virus n’a bien sûr jamais été mise en œuvre par le pouvoir qui a fait peser la responsabilité sur les individus en les menaçant de sanctions et d’amendes, dans sa logique libérale et autoritaire, l’application « stop Covid » étant l’aboutissement de cette individualisation et de cette dilution de la responsabilité, avec traçage des individus à la clef.

Ces mesures pourtant logiques et basiques ne seront certainement jamais prises par le gouvernement. Pourquoi ? Parce que celui-ci, depuis le début de son mandat, a montré que ce qui lui importait c’était l’économie. Son rôle est celui de défendre l’économie, le capitalisme et ses profits. Face à la crise historique que nous traversons, il est important que notre camp social revendique, aujourd’hui plus que jamais que « nos vies valent plus que leurs profits ».

Les travailleurs, et en première ligne ceux de la santé, les jeunes, mais aussi les petits commerçants paient le prix de l’incapacité du gouvernement à faire face à l’épidémie de Covid-19. En tenant à tout prix à faire passer l’économie avant la santé, les instigateurs de la casse de l’hôpital public et d’un confinement taillé sur mesure pour le patronat nous ont menés droit dans le mur. Face à cela, nous revendiquons plus que jamais l’urgence d’un programme alternatif dont puissent s’emparer les travailleurs, les professionnels de la santé et la population, pour endiguer l’épidémie et éviter des milliers de morts.

 
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