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La Izquierda Diario
16 de décembre de 2020 Twitter Faceboock

#CultureEnDanger
Enquête dans la culture : la réouverture, oui, mais à quelles conditions ?
Tom Cannelle

Révolution Permanente a mené une enquête parmi les différents secteurs que composent les précaires de la culture : techniciens, vacataires, bibliothécaires, musiciens intermittents : leurs témoignages mettent en lumière la gestion irresponsable du gouvernement et les conséquences inégales de la crise dans le secteur.

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Dans le monde mourant de la culture, les précaires sont les premières victimes de l’absence de plan sanitaire à la hauteur

Premiers à se confiner, derniers à déconfiner, voilà le sort des acteurs de la culture, dont l’activité reste vraisemblablement liée à un plan de vaccination qui endiguerait une fois pour toute l’épidémie. En effet, encore une fois ce mardi, Jean Castex annonçait un énième report des dates de réouverture, affolé par les chiffres de l’épidémie à la hausse alors que sont ouvertes les salles des ventes, les écoles ou les bureaux. « On est le seul secteur qui n’a pas repris depuis 10 mois » témoigne Virginie, freelance dans l’événementiel, « Tout le secteur de l’événementiel est aidé sauf nous, sauf ses acteurs […] 61% des gens n’auront plus de droit de chômage à partir de fin Janvier » continue Laure, intermittente dans l’événementiel.

Le spectacle vivant chiffre par exemple à lui seul 72% de perte de chiffre d’affaire pour l’année 2020 selon les chiffres du gouvernement, passant de 5,6 milliards d’euros en 2019 à 1,6 cette année. Les 35 millions d’euros promis Roselyne Bachelot ne permettront clairement pas de combler ces pertes et de promettre un "retour à la normale" pour les structures des arts et de la culture, et ne présagent au contraire qu’une aggravation des tendances déjà présentes avant la crise.

Après des mois de crise sanitaire puis économique, les conséquences désastreuses pour les travailleurs les plus précaires comme s’en inquiète Claudia, régisseuse lumière, auprès de Révolution Permanente : « Je pense que la situation va dégénérer pour pas mal de mes collègues : avec le manque d’informations, le manque d’offres d’emploi, beaucoup vont être contraints à changer de métier, ou pire, comme on peut le voir avec les restaurateurs par exemple, en finir. [...] J’ai de la « chance » d’être en CDI. Mais j’ai surtout peur pour mes collègues intermittents qui sont dans une précarité absolue : j’ai peur qu’ils ne joignent plus les deux bouts, qu’ils pètent un plomb et en finissent… ».

Autre secteur du spectacle vivant, l’opéra, où M. est musicienne, a réouvert récemment pour commencer le répétitions « Les effectifs sont réduits pour pouvoir respecter les distanciations sanitaires et du coup on emploie moins d’intermittents alors qu’ils sont dans le besoin »

Elle continue : « Pour moi il y a tout de même de grandes incohérences. Pourquoi les artistes sont testés [gratuitement par l’employeur pour le virus] et pas les techniciens ? Pourquoi ce luxe ne revient qu’à certains corps de métier ? Pourquoi les gens qui nous servent des cafés à la cafétéria ne sont pas testés hebdomadairement comme nous alors qu’ils sont les plus exposés ? Incohérences aussi fortes que les incohérences gouvernementales ». Des différences de traitement impressionnantes donc, entre les artistes et les techniciens sans parler des agents de ménage ou de service qui sont au plus bas de cette chaîne de protection face au virus. La réouverture dans les secteurs culturels se font donc au prix des plus précaires des éléments « remplaçables », des techniciens et des agents d’entretien et de service qui deviennent non seulement victimes mais aussi vecteurs du virus sans aucun plan sanitaire correct. Pire encore : « j’ai été en suspicion de Covid. Que m’a dit mon employeur : tant que tu n’es pas positive, tu viens au travail. » témoigne Claudia. Les patrons donc, cachent les cas possible de covid et mettent la pression aux travailleurs pour maintenir l’activité de sa structure et donc son profit.

Alors que la colère gronde, revendiquons une réouverture des lieux culturels mais seulement dans des conditions sanitaires dignes, dictées pas les travailleurs

Dans le secteur des bibliothèques, ouvertes depuis le premier confinement pour certaines, c’est une colère vive qui s’exprime depuis la rentrée avec 5 préavis de grève déposées dans ce secteur dont à la Bibliothèque Nationale de France. Les milieux les plus précaires tel que les vacataires ont menés des grèves dures qui ont fait fermé la Bibliothèque Publique d’Information. Plus récemment les vacataires de la Bibliothèque Sainte Barbe, toujours en grève pour des conditions sanitaire dignes et contre une direction qui cache les cas de Covid comme ça a été le cas à la Médiathèque Françoise Sagan (Xe), qui s’est révélée être un cluster après des semaines de dissimulation. « La clef c’est que la volonté et le souci de la direction, dans cette situation sanitaire grave, n’était pas de se poser la question de ce qui allait être en mesure de protéger les agents. Que ce soit par rapport à leur santé ou pour le paiement des contractuels », a ainsi déclaré à Révolution Permanente Aurélie, travailleuse à la Bibliothèque Publique d’Information et secrétaire de la section syndicale SNAC-FSU.

En outre, ce mardi 15 décembre a été le théâtre d’une manifestation d’ampleur dans 14 villes de France dans tous les secteurs qui composent la culture. Le rassemblement parisien qui a réuni plusieurs milliers de personnes témoignait de la colère présente dans le milieu : comme pour Catherine, jeune comédienne : « on commence à rentrer dans une situation critique c’est impératif qu’on rouvre nos salles […] pourquoi nous on peut pas rouvrir alors que tous les autres espaces le peuvent » ou Nicolas, pianiste « on en a marre de ce mépris gouvernemental ».

Cette colère doit se transformer en véritable rapport de force pour imposer des conditions sanitaires dignes dans chaque lieu de travail de la culture. A la fois contre le gouvernement, mais aussi, et c’est ce que nous enseignent les expériences des bibliothèques et d’autres structures ouvertes, contre les patrons et directions d’établissements. Exigeons la ré-ouverture des lieux culturels, nécessaires notamment pour les pratiques artistiques et réclamée largement dans le secteur, mais encadrée par les travailleurs. Avec des commissions d’hygiène composées à majorité de travailleurs et notamment des plus précaires qui décident et encadrent ces réouvertures. Exigeons des centres de tests dans les grandes structures culturelles et une campagne de test massifs et gratuits pour l’ensemble du secteur afin que sa reprise se déroule dans des conditions sanitaires dignes.

 
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