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La Izquierda Diario
23 de décembre de 2020 Twitter Faceboock

Xénophobie
Extrême-droite. Génération Identitaire s’en prend lâchement à une distribution de soupe solidaire à Rouen
Lili Krib

A Rouen lors d’une distribution de soupe solidaire vendredi, plusieurs militants de Génération Identitaire sont venus provoquer les migrants et bénévoles avec des tracts et affiches xénophobes. Une nouvelle attaque de l’extrême-droite qui s’inscrit dans le sillage de la politique du gouvernement.

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Génération Identitaire s’en prend encore une fois lâchement aux migrants

Vendredi 18 décembre, lors d’une distribution de soupe solidaire organisée à Rouen par l’association la Meltinerie, environ sept militants de Génération Identitaire sont venus jeter sur le trottoir 150 tracts xénophobes intitulés « Les nôtres avant les autres » et coller des affiches. L’appartenance de ces activistes au groupuscule d’extrême-droite été confirmée par le tweet d’un d’entre eux publié dans la soirée, et montrant une vidéo de l’action.

Cette initiative, menée dans d’autres villes par Génération Identitaire, comme Paris ou Lyon, vise à trier les pauvres en fonction de leur origine. Elle est présentée sur les réseaux comme s’adressant aux « plus démunis […] ces Français oubliés », proclamant que « partout en France, des migrants et des étrangers bénéficient d’aide et sont relogés tandis que les nôtres dorment dans la rue. »

Cette action s’inscrit dans la droite la lignée des attaques racistes et xénophobes menées par GI, depuis sa création en 2012, et qui ne cessent de se multiplier ces derniers mois avec la montée du mouvement Black Lives Matter. Le 13 juin, lors de la manifestation qui avait rassemblé des milliers de personnes pour réclamer justice pour Adama Traoré place de la République, des militants de Génération Identitaire, étaient monté sur un toit, déployant une banderole où il était inscrit « Justice pour les victimes du racisme anti-blanc #WhiteLivesMatter », slogan des suprémacistes blancs aux États-Unis, avant de se faire déloger par les manifestants. L’extrême-droite états-unienne ne cache d’ailleurs pas son soutien à Génération Identitaire, comme par exemple en avril 2019 où un militant de l’AltRight expliquait sur France Culture : « On est très influencé par le groupe français Génération Identitaire, ils sont pros, ils n’ont pas peur des mots. Leur démarche est franche et elle est efficace. »

La promotion de la haine et les actions violentes de Génération Identitaire, sont aussi ouvertement islamophobes. Suite à l’assassinat atroce du professeur d’Histoire-Géographie Samuel Paty le 16 octobre à Conflans-Sainte-Honorine, des militants du groupuscule d’extrême-droite défilaient pour renvoyer « les islamistes hors d’Europe » à Rouen, et Thaïs d’Escufon, figure de Génération Identitaire, lançait un appel à rejoindre son organisation et à agir pour la « reconquête ». Sans parler des messages du 29 octobre appelant à « se faire une mosquée » sur un groupe Telegram qui aurait été créé par le militant identitaire Damien Rieu, et dévoilés par le journaliste Taha Bouhafs.

Ce même jour, à Avignon, un homme portant une veste siglée du logo « Defend Europe », nom de l’opération menée par Génération Identitaire dans les Alpes en 2018, avait menacé avec une arme de poing un homme d’origine maghrébine, avant d’être abattu par la police.

Face à l’extrême-droite et à la complicité du gouvernement, il n’y a rien à attendre de l’Etat

Suite à l’attaque xénophobe de la soupe solidaire à Rouen, vendredi dernier par Génération Identitaire, l’Observatoire national de l’extrême droite (ONDE) a demandé lundi la dissolution du groupuscule au ministère de l’Intérieur. Une pétition, accompagnée d’une tribune initiée par le syndicaliste, Thomas Portes, et la militante féministe, Joséphine Delpeyrat, tout deux membres de l’ONDE, et signée par élus et personnalités de gauche, a été lancée le même jour.

Cependant, aucune réponse à cette offensive de l’extrême-droite ne pourra venir du gouvernement. En effet, c’est ce même gouvernement qui a instrumentalisé le crime de Samuel Paty pour stigmatiser les musulmans ou présumés comme tels et chercher à disputer l’électorat de droite et d’extrême-droite en vue des élections de 2022. A l’instar de la loi séparatisme, à propos de laquelle Marine Le Pen a souligné qu’« un certain nombre d’articles […] vont dans le bon sens ». Ou encore des propos de Jean-Michel Blanquer, ministre de l’éducation nationale, sur l’existence d’un « islamo-gauchisme » qui ferait des « ravages à l’université ».

Le 10 novembre, le sommet contre le terrorisme a aussi été l’occasion pour Macron de réaffirmer sa politique anti-immigration, en parlant de refondre l’espace Schengen et de renforcer le contrôle aux frontières. Par ailleurs, l’évacuation du camp de plus de 2000 migrants le 17 novembre à Saint-Denis, suivie le 23 novembre de la nuit de la honte, où des violences policières ont été perpétrées contre les réfugiés qui avaient installé des tentes Place de la République pour exiger l’hébergement d’urgence qui leur avait été promis, mais aussi la 83ème expulsion forcée cette année à Grande-Synthe ce lundi, ou encore l’instrumentalisation de la crise sanitaire dans les CRA qui exacerbe la répression et l’expulsion des sans papiers, sont des attaques directes contre les migrants, revendiquées et défendues par l’extrême droite. De même que le racisme institutionnel, dénoncé dans la rue ces derniers mois suite à l’indignation provoquée par les violences policières et racistes comme celles commises contre Michel Zecler, les lois liberticides et racistes du gouvernement, sont bien le fruit de la politique du gouvernement.

Le gouvernement participe donc activement à l’offensive raciste, islamophobe et anti-migrants sur le terrain de l’extrême droite. Et il n’est donc pas étonnant que face à la multiplication des actions menées cette dernière, comme à Rouen avec Génération Identitaire ou à Lyon le 12 décembre, lorsque deux adhérents de l’association PESE (Pour l’égalité sociale et l’écologie) syndiqués à Solidaires ont été agressés par des militants d’extrême droite à la sortie d’une collecte de vêtements et de jouets pour les familles les plus démunies, le gouvernement entretienne un silence complice. Au contraire, celui-ci tolère ces actions, comme en témoigne la relaxe des militants de Génération Identitaire qui avaient envahi le chantier de la mosquée de Poitiers en 2012. Ou encore la relaxe de ceux qui avaient mené en 2018 une action anti-migrants dans les Alpes en occupant la frontière franco-italienne pour empêcher les migrants de passer.

Par ailleurs, les activistes de Génération Identitaire à République en juin dernier n’ont pas été placés en garde à vue, et des photos relayées sur les réseaux sociaux les montraient exfiltrés par la police pour éviter de se retrouver au milieu des manifestants. Et l’absence de justice ne s’arrête pas à ce groupuscule : jeudi dernier, un cyberharceleur d’extrême droite a aussi été relaxé, après avoir été condamné pour « injures racistes et sexistes » visant la journaliste Julie Hainaut.

Évidemment, la dissolution de Génération Identitaire est plus que souhaitable, mais celle-ci ne signifierait en aucun cas la disparition des idées de cette organisation ni du type d’actions qu’elle mène. Car il faut rappeler son origine : en 2002, le groupuscule néonazi Unité Radicale est dissous par le gouvernement suite à une tentative d’assassinat du président Jacques Chirac par un de ses membres. La même année, le porte parole d’Unité Radicale, Fabrice Robert, fonde Bloc Identitaire, un nouveau groupuscule d’extrême droite qui revendique les mêmes idées qu’Unité Radicale, mais sous un autre nom. Une branche jeunesse de cette organisation voit le jour en 2012 : il s’agit de Génération Identitaire. Finalement, en 2016, cette fraction de Bloc identitaire devient autonome.

Ainsi, il serait illusoire de croire que la dissolution de Génération Identitaire entraînerait la suppression l’idéologie nauséabonde qu’elle colporte : son origine même est intimement lié à la politique menée par les gouvernements néo-libéraux successifs, qui ont tous plus ou moins tenté de jouer ces dernières années la carte du duel avec l’extrême-droite aux élections présidentielles. Plus que jamais, lutter contre l’extrême-droite, c’est lutter contre le gouvernement et son offensive autoritaire, raciste et islamophobe, en construisant le rapport de force dans la rue.

 
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