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30 de décembre de 2020 Twitter Faceboock

Solidarité internationale
Six ans de prison pour la féministe saoudienne Al-Hathloul : Ben Salmane criminel, Macron complice !
Lili Krib

La militante féministe Loujain Al-Hathloul a été condamné à 5 ans et 8 mois de prison après avoir attendu plus de deux ans son procès enfermée et torturée dans les geôles saoudiennes. Le gouvernement français s’est empressé de demander sa libération. Une déclaration hypocrite pour masquer la complicité de Macron avec le régime saoudien.

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La militante féministe Loujain Al-Hathloul a été condamné à 5 ans et 8 mois de prison. Crédit photo : Reuters (Marieke Wijintes / Handout)

Loujain Al-Hathloul est une militante pour le droit des femmes en Arabie saoudite, connue notamment pour ses vidéos sur Twitter où, avec humour et insolence, elle dénonce les conditions des femmes dans le pays. Figure féministe, elle est engagée contre le système de tutelle masculine, et pour le droit de conduite des Saoudiennes.

À ce titre, elle quitte en 2013 les États-Unis où elle étudie alors, pour rejoindre Riyad à l’occasion d’une opération de « conduite sauvage », pour défendre le droit des femmes à conduire, en octobre 2013. Cette forme de mobilisation n’était pas nouvelle, elle avait déjà été menée dès 1990 dans la capitale par 47 militantes, ayant subi par la suite de lourdes condamnations, contraintes de quitter leur travail voire le pays.

Dès son retour en Arabie Saoudite en 2013, Loujain Al-Hathloul se fait filmer par son père en train de conduire la voiture familiale, ce qui vaudra à ce dernier, car il est considéré légalement comme son tuteur, une convocation par les autorités pour signer des papiers attestant celle-ci que ne bravera plus la loi. En décembre 2014, elle obtient son permis de conduire aux Émirats Arabes Unis, où elle réside et travaille alors, et décide de passer en voiture la frontière saoudienne, et de filmer et diffuser sa traversée. Elle est arrêtée par la police et passe soixante-treize jours en prison. En 2016, elle est de nouveau arrêtée pour avoir lancé aux côté de la professeure d’informatique universitaire retraitée Aziza Al-Youssef, pionnière dans la lutte pour le droit des Saoudiennes, une pétition pour mettre fin au système de tutelle qui place les femmes sous l’autorité absolue d’un homme de leur famille [https://www.amnesty.fr/liberte-d-expression/actualites/loujain-al-hathloul-aziza-al-yousef-et-iman-al-nafjan].

Le 13 mars 2018, alors qu’elle est sur le territoire des Émirats et libre, elle est rapatriée de force à Riyad sur ordre des autorités saoudiennes, enfermée brièvement puis assignée à résidence chez ses parents, avant d’être arrêtée en mai 2018, soit deux mois avant la levée de l’interdiction de conduite pour les femmes saoudiennes, avec d’autres militantes, et placée sans jugement dans une prison de haute sécurité.

La militante féministe torturée et condamnée à 5 ans et 8 mois de prison

Depuis lors incarcérée et dans l’attente de son procès qui avait été annulé en mars dernier, officiellement à cause du Covid, elle a été condamnée lundi 18 décembre à cinq ans et huit mois de prison et à l’interdiction de voyager pendant cinq ans, avec une suspension de peine de 2 ans et 10 mois conditionnée à son silence pendant cette période, par le tribunal antiterroriste du royaume d’Arabie Saoudite. Les accusations sont ses prétendues « diverses activités prohibées par la loi antiterroriste », et comme l’explique sa sœur Alia Al-Hathloul sa prétendue « intention de saper la sécurité, la stabilité et l’unité nationale du royaume ». Cette incrimination fait référence à ses relations avec des diplomates européens et des ONG, des échanges avec des militants, sa candidature à un poste à l’ONU et des documents relatifs à des revendications pour le droit des femmes de cette organisation. Les pièces versées au dossier montrant les rapports entre l’activiste de 31 ans et plusieurs ambassades de pays européens avec qui l’activiste de 31 ans, ont soudainement et sans explication été retiré le 10 décembre dernier, le royaume souhaitant ménager ses relations diplomatiques et éviter de faire des vagues après le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi qui l’avait projeté sous le feu des critiques en 2018.

Par ailleurs, le royaume a refusé de reconnaître d’une part le lien entre les condamnations de Loujain Al-Hathloul et son militantisme pour le droit de conduire, et d’autre part toute forme d’abus qu’elle a subi en prison. Des organisations pour les droits humains et sa famille rapportent qu’elle a été fouettée, électrocutée et harcelée sexuellement. Fin 2018 une proposition de libération filmée lui avait été faite, à condition de nier les actes de tortures qu’elle avait subi. Ces actes de tortures étaient supervisés par Saoud Al-Qahtani, conseiller du prince héritier Mohammed Ben Salman (MBS) accusé par la Turquie d’avoir dirigé l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi le 2 octobre 2018 au consulat saoudien d’Istanbul, qui « a menacé plusieurs fois de la violer, de la découper en morceaux et de jeter son corps dans les égouts » rapporte Lina Al-Hathloul. 

La condamnation et la répression féroce subie par Loujain Al-Hathloul et toutes les autres activistes féministes, présentées comme des « traîtresses », précédant la levée de l’interdiction de la conduite pour les femmes, reflète le message clair envoyé par le royaume saoudien : l’obtention des droits des femmes ne peut pas être le produit de leur lutte acharnée mais il doit en revanche être perçu comme une faveur accordée par les dirigeants du pays, qui souhaitent se donner une image progressiste. Ce décret est par ailleurs une des mesures phares du plan de modernisation du royaume, « Vision 2030 », porté par MBS et mettant en place plusieurs réformes économiques et sociales pour permettre l’ouverture du pays, conservateur, aux investissements des puissances internationales, tout en faisant oublier que c’est bien la pression de la rue qui a permis d’arracher quelques droits aux femmes saoudiennes.

Pour la libération de Loujain Al-Hathloul : solidarité du monde entier contre l’impérialisme et le régime saoudien

Des organisations des droits humains, des politiques tels que les maires de de grandes villes comme Paris, Londres ou New York, les parlementaires européens ou encore le comité des droits de la femme de l’ONU exigent la libération de Loujain Al-Hathloul. La France a elle aussi formulé un appel à la libération de la militante, le 8 mars 2019 lors du discours de Macron pour la remise du prix Simone Veil, qui récompense les actions pour les droits des femmes, puis à nouveau lundi par un porte-parole adjoint du ministère français des Affaires étrangères qui a demandé sa « libération rapide ».

Une position particulièrement hypocrite de la part du gouvernement français qui reste à ce jour un des principaux fournisseurs d’arme au régime saoudien. Interrogé sur les rapports commerciaux avec les pays ne respectant pas les droits de l’Homme lors de la visite du dictateur égyptien Abdel Fattah Al-Sissi à Paris le 6 décembre dernier, Emmanuel Macron n’avait pas hésité à affirmer : « Je ne conditionnerai pas notre coopération en matière de défense, comme en matière économique, à ces désaccords », avant d’ajouter « qu’une politique de boycott viendrait à réduire l’efficacité d’un de nos partenaires dans la lutte contre le terrorisme et pour la stabilité régionale ». Une déclaration également valable pour les rapports avec le régime saoudien, qui signifie en d’autres termes que les multiples intérêts économiques du patronat de l’armement et du secteur pétrolier supplantent la question des droits humains.

A ce titre, la lutte pour les droits des femmes en Arabie Saoudite, contre la répression des militantes féministes et pour la libération de Loujain Al-Hathloul ne peut être menée à bien qu’en toute indépendance des puissances impérialistes et de leurs institutions complice du régime criminel de Mohammed Ben Salmane aussi bien à l’intérieur du pays qu’à l’extérieur comme au Yémen, où il est coupable de véritables crimes contre l’humanité.

 
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