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13 de janvier de 2021 Twitter Faceboock

Solidarité
Interview. À Bordeaux, la solidarité s’organise avec Les Maraudeurs et Précoeurité

À Bordeaux les associations de maraude apportent leur aide aux sans-abris en leur distribuant nourriture et vêtements, mais aussi solidarité et chaleur humaine. En effet, la précarité est grandissante au fur et à mesure de la crise économique, d’autant plus que les sans-abris sont les premiers exposés aux dangers de l’épidémie.

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Nous sommes allés à la rencontre des bénévoles de l’association Les Maraudeurs et Précoeurité qui officient au cœur de Bordeaux pour apporter nourriture et vêtements à tous ceux qui en ont besoin. Ces initiatives de solidarité sont importantes dans un contexte où la crise sanitaire précarise davantage les sans-abris qui sont en plus réprimés et chassés des centre-villes, ou encore expulsés par les autorités publiques comme c’est le cas pour les sans-abris du Pont de Pierre.

Nous les avons donc accompagnés pour suivre leur maraude hebdomadaire du lundi où les bénévoles distribuent nourriture, boissons chaudes et vêtements d’hiver. Révolution Permanente a recueilli le témoignage d’Alban Cavignac, fondateur des Maraudeurs et animateur de la Radio La Clé des Ondes, ainsi que celui de plusieurs bénévoles de l’association Précoeurité.

Révolution Permanente : Pourquoi faire les maraudes ? Pourquoi c’est important ? Comment ça s’organise à Bordeaux ?

Alban Cavignac (Les Maraudeurs) :
« La création des Maraudeurs s’est faite lors d’une rencontre avec l’épicerie Au sens du partage qui était sur Lormont. Les membres de cette équipe sont venus sur La Clé des ondes. Avec Johnny, qui a plus de 30 ans de rue, on s’est demandé quel était le jour où les maraudes intervenaient le moins. C’était le lundi et on a démarré cette aventure comme ça.

C’était important car la précarité est de plus en plus grandissante sur la métropole bordelaise, les personnes précaires ont besoin de chaleur, de sourire et de manger. Quelques fois on essaie d’apporter aussi des réponses aux questions administratives. Il y a des situations de détresse immense auxquelles on se doit d’apporter une épaule bienveillante. On ne peut pas occulter cette phase sur une maraude sinon le rapport humain ne peut pas se créer. Et Précoeurité nous a rejoint il y a 9 mois, l’association distribue des vêtements et kits d’hygiène le lundi avec nous.

Bordeaux connaît un élan de solidarité exceptionnelle, des maraudes se sont montées en très peu de temps. Un peu comme si c’était un effet de mode. Ayant une expérience à AC ! Gironde, j’avais remarqué qu’il y avait une montée de la pauvreté sur Bordeaux. Du coup, il était nécessaire d’agir vite. »

Kenza Tall, Manon Maleville, Melissa Nicolas (Précoeurité) :
« Les SDF sont des personnes isolées et souvent oubliées. Ils ont besoin de matériel, de nourriture et de chaleur humaine pour leur survie. Notre association ne permet pas de remédier aux inégalités et à la précarité mais nous essayons au moins d’apporter notre aide le temps d’une soirée.

Nous comptons sur la générosité des gens. Chaque dimanche, nous faisons une collecte à domicile et préparons les valises pour la maraude. Chaque lundi soir, nous commençons par un point de départ fixé une semaine sur deux (Victoire/Grand- Théâtre) et nous suivons un itinéraire en fonction de la localisation de nos bénéficiaires. Pour que chaque maraude se passe bien nous comptons sur la bonne humeur de nos bénévoles et la bonne volonté de nos participants. »

RP : Combien de repas distribuez-vous ? Avez-vous remarqué une augmentation des demandes depuis le début de la crise sanitaire ?

Alban Cavignac (Les Maraudeurs) :
« On distribuait au départ entre 30 à 40 repas et aujourd’hui nous en sommes à pratiquement 80. »

RP : Comment vous les financez ? (Repas/vêtements)

Alban Cavignac (Les Maraudeurs) :
« Nous fonctionnons sur du don à don, car on estime qu’à partir du moment où il y a des histoires d’argent trop importantes, il y a des liens qui ne sont plus en rapport avec l’humain mais avec des intérêts libéraux qui sont, selon moi, nocifs pour la lutte. »

Kenza Tall, Manon Maleville, Melissa Nicolas (Précoeurité) :
« Nous n’avons pas énormément de financements car notre association marche principalement grâce à la générosité des gens et leurs dons. Cependant, en cas de besoin, nous mettons en place des cagnottes en ligne et nous répondons à des appels à projet. »

RP : Avez-vous vu de nouveaux secteurs de la population dans la rue depuis la crise sanitaire ? Des familles, des nouveaux profils, des quartiers populaires ?

Alban Cavignac (Les Maraudeurs) :
« Le public est très large, on a des jeunes mineurs isolés, des personnes au RSA, des SDF de longue date. C’est très évasif en fonction des soirs de maraude. »

Kenza Tall, Manon Maleville, Melissa Nicolas (Précoeurité) :
« Nous croisons plus de jeunes, parfois mineurs, mais également des moins de 25 ans normalement saisonniers qui n’ont pas pu travailler à cause du confinement et se retrouvent en situation de précarité. Nous rencontrons également des voyageurs bloqués en France lors du confinement. »

RP : Quel regard la Mairie et les autorités publiques portent sur votre activité ?

Alban Cavignac (Les Maraudeurs) :
« La mairie porte son regard sur des associations phares et visibles médiatiquement parlant. Chez les maraudeurs on préfère la discrétion, il y a un respect de la dignité pour nos bénéficiaires mais aussi pour nos bénévoles. La mairie actuelle n’apporte pas de réponse concrète sur la situation instable que la ville peut connaître. Le but d’un être humain est de vivre dignement dans un logement, d’avoir de quoi manger et s’habiller. Pas de rester dans la rue. Si ces dispositions ne sont pas prises avec un suivi administratif du début à la fin des dossiers sur l’ensemble de l’année, et bien on se retrouve avec des personnes perdues. Du coup, sans attendre la période hivernale, il y a des besoins de structures accueillantes pour permettre aux SDF d’avoir des points d’information. La pauvreté ne dure pas qu’une seule saison. Si la mairie ne prend pas de dispositions, il sera nécessaire de faire des réquisitions citoyennes sur des bâtiments publics. »

Kenza Tall, Manon Maleville, Melissa Nicolas (Précoeurité) :
« Nous n’avons jamais eu de réel contact avec la mairie ou les services publics. Cependant, durant notre dernière maraude, des policiers sont venus nous informer que nous devions modifier notre parcours de maraude habituel car la mairie interdit maintenant toutes associations de venir autour du Palais des sports et Cours Victor Hugo qui est un des endroits stratégiques pour les personnes sans-abri. »

RP : Des remarques ou précision à ajouter ? Un sujet que tu veux aborder ?

Alban Cavignac (Les Maraudeurs) :
« La remarque que je veux ajouter, c’est qu’il est important de faire en sorte qu’une maraude soit un rapport entre des êtres humains à part entière. Que les SDF ou autres personnes précaires ne soient pas des spots publicitaires à des fins politiques ou financières. L’humanité est une priorité et il est intolérable que la lutte contre la précarité serve les causes libérales contre lesquelles on lutte. »

 
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