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La Izquierda Diario
18 de janvier de 2021 Twitter Faceboock

Dans les pays pauvres, 9 personnes sur 10 n’auront pas accès au vaccin l’année prochaine
Margot Vallère

Dans un contexte où l’on craint des pénuries de vaccin contre le Covid-19, certaines puissances occidentales « s’accaparent » le vaccin jusqu’à être en capacité de vacciner plusieurs fois leurs populations. Une inégalité d’accès au vaccin qui est le reflet de la domination impérialiste. Une domination que des institutions comme l’OMS, pourtant au cœur de ces relations impérialistes, dénoncent comme une attitude « égoïste » des pays riches.

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Face à la flambée pandémique actuelle que connaît le continent africain, le comité d’urgence de l’OMS s’est réuni deux semaines plus tôt que prévu afin de prendre des mesures et s’entretenir sur la gestion de la vaccination et de l’apparition des nouveaux variants du Covid-19, déjà identifiés dans de nombreux pays. Le directeur de l’OMS, dont on doit rappeler le rôle en tant qu’institution multilatérale de coordination des pays impérialistes, Tedros Adhanom Ghrebreyesusa, y a pointé du doigt l’attitude des pays riches ainsi que leurs campagnes de vaccination qui se font au détriment des pays périphériques : « Le monde est au bord d’un échec moral catastrophique, et le prix de cet échec sera payé par les vies et les moyens de subsistance dans les pays les plus pauvres du monde ». Et pour cause, comme l’explique Oxfam, « dans les pays pauvres, 9 personnes sur 10 n’auront pas accès au vaccin contre la COVID-19 l’année prochaine ».

Si les campagnes de vaccination ont déjà largement été entamées en Europe et dans les puissances impérialistes, les pays africains connaissent un retard considérable dans la vaccination de leurs populations. Selon Le Monde, le Canada aurait déjà acheté de quoi vacciner cinq fois sa population, les Etats-Unis quatre fois et l’Europe trois fois. Alors que selon des chercheurs du GHIC (Global Health Insurance), il ne sera pas possible de produire et distribuer assez de vaccins pour couvrir la population mondiale avant 2023 voire 2024, la réservation des doses déjà existantes par les grandes puissances réduit irrémédiablement les perspectives pour les pays pauvres ou à revenus intermédiaires, d’avoir accès au vaccin.

Il existe donc de grandes inégalités d’accès aux vaccins, entre les puissances impérialistes et les pays semi-coloniaux, qui pour beaucoup ne disposent même pas des infrastructures nécessaires à la conservation des vaccins. Par exemple, les vaccins développés par les laboratoires Pfizer-BioNTech et Moderna, efficaces à plus de 90%, doivent être conservés dans des congélateurs à moins de 70°C. Or, une majorité de pays africains ne disposent pas du matériel adapté. Selon le coordonnateur du programme de vaccination au Sénégal, le docteur Ousseynou Badiane, le pays ignore toujours quel type de vaccin sera livré. Selon lui, même le Sénégal qui demeure un des pays africains les plus avancés, devra renouveler intégralement sa chaîne logistique s’il s’agissait du Pfizer. Il s’agit d’un réel problème pour ces pays qui, pour beaucoup, ne disposent pas des ressources financières nécessaires pour entreprendre un tel projet.

Si l’Union Africaine s’est fixé pour objectif de couvrir la vaccination de 60% de la population en passant commandes des premières doses, cet objectif semble difficile à atteindre sans les ressources financières et matérielles suffisantes. Alors que les pays occidentaux ont investi des milliards d’euros et de dollars pour soutenir les recherches dans des laboratoires privés, des pays à plus faibles revenus comme l’Inde et l’Afrique du sud avaient réclamé une suspension des droits à la propriété intellectuelle à l’image des brevets sur les produits liés à la lutte contre la pandémie auprès de l’OMS. Cette requête a toutefois été fermement rejetée par l’industrie pharmaceutique de nombreux pays occidentaux. Selon The Lancet, des pays « dont le Royaume-Uni, les États-Unis, le Canada, la Norvège et l’UE, l’ont rejeté catégoriquement, affirmant que le système de propriété intellectuelle est nécessaire pour encourager les nouvelles inventions de vaccins, de diagnostics et de traitements, qui pourraient se tarir en son absence ».

Dans un article du Figaro, l’épidémiologiste et membre du conseil scientifique Arnaud Fontanet estime que, rien qu’en France, il faudrait pouvoir vacciner près de huit millions de personnes d’ici fin mars et 12 millions fin avril pour espérer un retour à la normale en décembre 2021. Il alerte sur la nécessité d’une prise de conscience à l’échelle mondiale ainsi que sur une surveillance mondiale des nouveaux variants, d’autant plus qu’alors que les variants sud-africain et britannique commencent à largement circuler dans les pays limitrophes, des cas d’un nouveau variant en provenance du Brésil ont été signalés au Japon.

Plus qu’une collaboration formelle entre les gouvernements des pays, il est nécessaire, afin de briser les chaînes de contamination et les vagues successives, de penser la question des pays semi-coloniaux. En plus de ne pas disposer des moyens financiers nécessaires, ces derniers occupent une position subordonnée dans les rapports de forces et dans les prises de décision au niveau international. Il est également nécessaire que les travailleurs eux-mêmes de ces pays se mobilisent contre la fin des brevets et contre la concurrence mortifère entre les pays, entraînant la mort milliers de personnes dans les pays impérialistes et, surtout, dans les pays semi coloniaux.

 
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