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10 de février de 2021 Twitter Faceboock

#Scienceporc
"Tu m’as violée, maintenant tu dois assumer". Lettre ouverte de Juliette, étudiante à Sciences Po Toulouse

Nous relayons la lettre ouverte de Juliette, étudiante à Sciences po Toulouse, qui décrit le calvaire qu’elle a vécu et le silence d’un système complice. « Stop à l’omerta. Parlez. On vous croit. Vous êtes fort.es. »

Link: http://www.revolutionpermanente.fr/Tu-m-as-violee-maintenant-tu-dois-assumer-Lettre-ouverte-de-Juliette-etudiante-a-Sciences-Po

Lettre ouverte à celleux qui le voudront, pour que plus jamais cela n’arrive.

Je m’appelle Juliette, j’ai 20 ans et aujourd’hui je vous écris car à Toulouse aussi on est violé.es, à Toulouse aussi on est humilié.es et à Toulouse aussi on peine à être écouté.es.

J’ai été violée.

Ces mots crus sont durs à prononcer, quasi impossible à écrire. Figés à jamais sur le papier ils revêtent toute leur signification et l’horreur qui l’accompagne. J’ai été violée. Au lycée, en vacances et à l’IEP. De tous les endroits ou j’ai pu en avoir peur l’IEP était de loin le dernier. Bah ouais j’en rêvais de Sciences Po, j’avais tellement bossé pour y arriver, j’avais tellement donné et pourtant mon rêve s’est transformé en cauchemar.

Très vite, dès mes premiers jours à l’IEP, j’ai été insultée et dénigrée par les deuxièmes années, les bizuteur.rices. C’était pas facile mais je jouais le jeu pour m’intégrer. Je me disais qu’il ne fallait pas s’avouer vaincue par quelques « brimades ». Puis t’es arrivé : au début tu m’insultais comme les autres, même beaucoup plus et tu m’as violée. Je m’adresse à toi parce que je sais que tu me lis. T’es sur le groupe et même si je t’ai bloqué de partout tu vas finir par voir ça. Tu m’as violée. Je pleurais dans tes bras et tu m’as forcée. Tu m’as violée. Je dormais et t’as continué. Tu m’as violée. Tu m’as demandé si ça allait, j’ai dit non et t’as fini. Tu m’as violée. Tu t’es endormi et tu m’as laissée sangloter dans le coin du lit. Tu m’as violée, violée et encore violée. Tu m’as promis de me protéger des autres 2A puis tu as menacé de me « défoncer » si je m’éloignais de toi. Tu m’as laissé pleurer dans tes bras, te parler de mes souffrances et tu m’as violée. Violée, violée, violée.

T’es pas le seul à être une belle merde. Tes potes y allaient aussi : « salope », « tu suces mon pote », « paraît que t’es une vraie acrobate au lit », « pas besoin de la défoncer [au tribunal], [violeur] la défonce déjà ! ». Supers soirées, super l’inté, super féministe l’IEP, super scolarité. Pour celleux qui ne connaissent pas, le tribunal c’est la fin de notre intégration, de notre bizutage pour être honnête. T’es aligné.e sur une plage, on te fait bouffer du beurre cru avec du piment, on t’éclate des oeufs sur le tête et tu dois réciter au mégaphone le nom des gens avec qui t’as couché et donc ceux qui t‘ont violé.e.

L’intégration, le tribunal, on en fait tous.tes partie. On l’accepte tous.tes plus ou moins consciemment et même si on est en désaccord il continue d’exister. Ça doit cesser. On ne peut plus continuer à répéter ces schémas violents et dégradants. Les IEP regorgent de violeurs, d’agresseurs et d’harceleurs. Leur présence est confortée et favorisée par les événements de nos écoles (intégrations, campagnes pour les bureaux, CRIT…) et par l’omerta. Les victimes ont peur de parler. On a peur parce que nos écoles regorgent de boys clubs hostiles à notre présence. On a peur des représailles, on a peur des violences, on a peur des hommes. Sciences Po est un monde d’hommes : CRIT, ultras, sportifs : les hommes brillent et les femmes sont reléguées dans l’ombre. Nous on est les salopes, on nous hue quand on ose le limousin et on nous viole aux soirées. Je pensais jamais parler, j’avais décidé de tout enfouir en moi et de me forcer à oublier mais c’est trop fort, trop gros, trop dur pour être caché. Je vis dans la constante peur que tu deviennes un Darmanin. J’ai peur que tu violes à nouveau, j’ai peur que d’autres femmes soient violées, j’ai peur que tu t’en sortes inchangé sans n’avoir jamais réfléchi à ce que tu m’as fait. J’écris et je suis en colère, je pleure de rage comme tous les soirs et je tape frénétiquement sur mon clavier sauf que ce soir j’ai enfin osé poster.

A mon arrivée à l’IEP j’ai eu le droit à un beau discours de notre directeur : il nous appelé.es « l’élite de la nation ». Elle est belle l’élite : des violeurs, des agresseurs, des harceleurs mais aussi des homophobes, ds transphobes, des racistes, des validistes. Il est nécessaire de nous remettre en question et de stopper cette machine créée par et pour les hommes qui détruit celleux qui ne leur ressemblent pas.

Stop à l’omerta. Parlez. On vous croit. Vous êtes fort.es. Courage mes adelphes.
Les toulousain.es si vous ressentez le besoin de parler à l’administration vous pouvez contacter Christine Mennesson, c’est elle qui gère la plateforme anti discriminations de l’IEP et elle m’a beaucoup aidé.
A tous.tes si vous en ressentez le besoin n’ayez pas honte de demander de l’aide. Vous êtes légitimes.

A toi, violeur, ait honte et peur. Ce n’est plus à moi de souffrir. Tu m’as fait du chantage, tu m’as presque fait pitié mais c’est terminé. Tu m’as violée et violée et violée. Maintenant tu dois assumer.

Et merci à mes ami.es d’avoir été là pour moi, je vous aime.

 
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