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La Izquierda Diario
12 de février de 2021 Twitter Faceboock

Témoignage
« Certains parlent de suicide ». La détresse de 47 agents aéroportuaires, sans salaire depuis novembre
Flora Carpentier

Le 21 novembre dernier, 47 agents de sûreté de l’aéroport de Roissy se sont brutalement retrouvés sans salaire. En cause, le transfert du marché de sûreté d’Air France Cargo de leur employeur Seris vers son concurrent Securitas, ce dernier ayant refusé de reprendre l’ensemble des salariés. « On est pris en otage entre Seris et Securitas », clament Christophe et Marie, qui peinent à nourrir leurs familles. Nous les avons interviewés dans la manifestation du 4 février à Paris, où ils se sont rendus pour tenter de sortir de l’isolement.

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« Nous sommes 47 salariés en CDI non payés depuis novembre 2020 », témoignent Christophe et Marie, embauchés par Seris depuis 16 et 2 ans respectivement. « Nous sommes pris en otage entre deux sociétés, Seris et Securitas, qui sont en guerre concernant un transfert de marché sur des sites Air France à Roissy. Donc nous sommes toujours aux yeux de la loi en CDI mais sans salaires, car Seris ne veut plus de nous et Securitas non plus. Nous n’avons plus de ressources depuis novembre 2020, plus de mutuelle. Nous n’avons droit à aucune aide car nous ne rentrons pas dans les cases de l’administration. Nous sommes des familles avec des enfants, pour beaucoup d’entre nous c’était seulement le seul revenu qui rentrait au foyer. Nous risquons de tout perdre car nous ne pouvons plus faire face à nos charges. Nos frigos sont vides et nos enfants souffrent. Les audiences aux Prud’hommes s’étalent dans le temps, certains dossiers ne seront pas traités avant fin février avec des délibérations de plus de deux mois. Des demandes ont été faites en référé pour urgences vitales. Comment est-il possible de laisser des familles sans rien ? »

« Je ne dors presque plus. Je vis dans l’angoisse du lendemain »

Marie a 53 ans. Veuve, maman de 7 enfants et mamie, cette opératrice sûreté au fret aéroportuaire et agent de sécurité incendie vit avec ses 3 derniers, âgés de 19, 16 et 14 ans. Avec un BTS tourisme et un BTS d’attachée commerciale, Marie travaille depuis 33 ans, dont bientôt 2 pour Seris, en poste de nuit sur le site du fret d’Air France depuis novembre 2019. Elle témoigne de sa situation d’extrême précarité pour Révolution Permanente : « En poste 12 heures par nuit, je touchais un salaire moyen de 2100 euros par mois (pour 156 heures de travail mensuel, avec prime de nuit, travail le dimanche...). Sans salaire depuis novembre 2020, je suis seule avec mes 3 derniers enfants, seule à faire face à cette situation sans issue, sans revenus en dehors de la CAF qui ne couvre même pas la moitié des charges car basé sur un calcul de mes ressources de salariée (sans tenir compte de mon crédit maison, crédit voiture, factures, assurances...), et je n’ai droit à aucune aide sociale car pour eux je suis toujours salariée. J’ai dû faire une demande de report des mensualités de mon crédit maison pour éviter de la perdre (en sachant que cela va me coûter plus cher après), mon dossier est en cours de décision. Pour couvrir le crédit maison de 870 euros, j’ai dû vendre des affaires, notamment me séparer de cadeaux que mon mari m’avait offert avant son décès d’un cancer à 47 ans. Cela réouvre en plus cette blessure ! Mais je fais face à mon devoir de maman, ma priorité c’est de nourrir mes enfants avant tout. Mes plus grands sont présents et essayent de nous aider quand ils le peuvent car ils ont aussi leurs charges de famille.

J’ai eu la chance d’avoir la protection juridique dans une de mes assurances et j’ai donc bénéficié d’un avocat sans frais qui a plaidé ma cause aux Prud’hommes en référé le 15 janvier, avec une délibération le 19 mars si elle n’est pas repoussée (beaucoup de mes collègues n’ont pas de protection juridique et ne peuvent payer un avocat pour les défendre). Comme mon collègue Christophe et beaucoup d’entre nous, je ne dors presque plus, car tout se met en boucle dans ma tête. Je vis dans l’angoisse du lendemain. J’essaye de prendre sur moi tous les jours pour mes enfants, mais ils ne sont pas dupes. Et comment se sentir quand ma fille ou mes garçons me disent ’Maman il faut que tu manges aussi, tu peux aussi vendre nos affaires’... je me cache pour pleurer ! J’ai honte de cette injustice qui met ma famille en danger.

Comment peut-on nous laisser sans rien alors que nous avons travaillé pendant le confinement et même encore plus que d’habitude avec des mois à presque 200 heures. Aujourd’hui nous ne sommes rien car nous sommes pris en otage entre Seris et Securitas, dans une histoire de transfert d’esclaves. Nous sommes 47 salariés à subir, 47 familles qui sont abandonnées au bord du gouffre.
Comment peut on faire cela... C’est inhumain !!! »

« Je ne peux plus prendre mon dernier fils avec moi, car je ne peux plus subvenir au minimum des ses besoins »

Avec 21 ans d’ancienneté, Christophe, 48 ans, est salarié chez Séris Sécurity depuis 16 ans. Séparé et père de 3 enfants de 21, 17 et 9 ans, il cumule deux emplois, l’un à temps plein chez Séris, le second à temps partiel de 80 heures par mois dans une autre entreprise de sécurité, pour des salaires respectifs de 1480 et 750 euros. « Depuis ma séparation douloureuse en août 2020, je me retrouve seul dans un petit appartement avec 730 euros de loyer », témoigne-t-il. Il raconte ainsi la dégringolade de sa situation : « Quand Séris a perdu le contrat Air France au bénéfice de Sécuritas Airport le 1er octobre, mon poste devait changer pour passer en sécurité incendie. Mais n’ayant pas la formation incendie et Seris ne faisant pas écho à ma demande de formation, j’avais refusé mon transfert. Donc je m’attendais à un reclassement ou à un licenciement, mais ayant eu une proposition de CDI à plein temps dans une autre société, je n’étais pas soucieux. Sauf que Séris me met en congé forcé fin novembre. Je reçois un courrier recommandé de leur part comme quoi je ne fais plus partie de leur effectif et que mon nouvel employeur est Securitas, en me demandant de me rapprocher d’eux pour avoir mes nouveaux plannings. Et là la situation devient compliquée car Securitas nie l’accord de transfert de mon contrat de travail. C’est là que la dégringolade commence. Je deviens salarié en CDI sans employeur, sans revenu et sans mutuelle, avec l’impossibilité de pouvoir honorer ma nouvelle proposition de travail.
 
Depuis novembre, ma seule source de revenus est de 750 euros de mon contrat partiel, qui ne couvre que mon loyer. Je ne peux plus prendre mon dernier fils avec moi. Je ne peux plus subvenir au minimum des ses besoins. Je ne peux pas obtenir d’aides sociales, car ma situation ne rentre pas dans les cases de l’administration. Mon second employeur ne peut pas non plus m’embaucher à plein temps. Je me retrouve dos au mur !
 
A 84 ans, mon père m’aide parfois financièrement. Mais j’essaye de ne pas impacter mes proches, par fierté... imaginez devenir à nouveau dépendant de ses parents à 48 ans ! Et puis leur situation ne peut leur permettre de subvenir à tous mes besoins. Je ne dors plus, mon moral dégringole un peu plus chaque jour. Je n’ose plus regarder mon compte bancaire, je vis dans l’angoisse d’un appel de la banque et de me retrouver face à une interdiction bancaire et de tout perdre. Je ne vois plus le bout, mon référé aus Prud’hommes pour le maintien de salaire n’est que le 26 février. Ensuite il faudra encore attendre le délibéré (1 mois et demi voire 2 mois), soit des longs mois à attendre sans argent. Voilà le remerciement de toutes ces années de travail. Abandonné, trahi comme un animal qui dérange et qu’on laisse sur le bord de la route. Comment peut-on faire cela !! »
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Une procédure en référé a été lancée aux Prud’Hommes, mais face à la lenteur de l’administration, la situation de ces 47 salariés est d’une extrême urgence. Une caisse de solidarité a été mise en place par l’UL CGT de Roissy.

 
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