http://www.revolutionpermanente.fr/ / Voir en ligne
La Izquierda Diario
17 de février de 2021 Twitter Faceboock

Scandale électoral
Élections Paris 8. Fraudes électorales, usurpation d’identité : la bureaucratie fait sa loi à l’Université
Le Poing Levé Paris 8

Dans une enquête, le collectif Le Poing Levé révèle comment les élections aux conseils centraux de Paris 8 ont été émaillé par de nombreuses fraudes et irrégularités. Mails envoyés par l’administration à la faveur d’une liste à des centaines voire milliers d’adresse mails personnelles, dépôts d’annonces partisanes sur la plateforme d’apprentissage en ligne de plus de 4500 étudiant.e.s, dépôt de candidatures sur la liste de l’UNEF de personnes non consentantes allant jusqu’à faire élire une personne même pas au courant d’être sur les listes... Dans cet article nous dévoilons l’ampleur de l’affaire.

Link: http://www.revolutionpermanente.fr/Elections-Paris-8-Fraudes-electorales-usurpation-d-identite-la-bureaucratie-fait-sa-loi-a-l

Le 9, 10 et 11 février se tenaient à l’Université Paris 8 les élections des représentant.e.s des enseignant.e.s, BIATS et étudiant.e.s aux conseils centraux de l’université. Ces derniers comprennent le Commission de la Recherche, la Commission de la Formation et de la Vie Universitaire et le Conseil d’Administration, amené à élire la nouvelle présidence de l’université Depuis sa création, le collectif le Poing Levé dénonce le caractère antidémocratique de ces conseils de l’Université où siègent 8 personnalités extérieures (avec un droit de vote au même titre que les élu.e.s étudiant.e.s qui sont 6), notamment deux patrons Éric Hennet, directeur général de la multinationale Qualitair&Sea, et Edouard De Penguilly promoteur immobilier.

Cette fois-ci, dans une enquête réalisée sur les élections qui se sont tenues la semaine dernière, le collectif le Poing Levé révèle plusieurs graves irrégularités qui invalident la fiabilité du scrutin. Parmi elles, l’envoi de centaines voire milliers de mails frauduleux aux adresses personnelles des étudiant.e.s, certains étant envoyés par des composantes de l’université, le dépôt d’un appel au vote partisan sur le Moodle de l’Institut d’Enseignement à Distance (qui compte plus de 4500 étudiant.e.s) favorisant la liste Solidarité Etudiante, et une usurpation d’identité de la part de la liste UNEF-UEAF, qui a été jusqu’à faire élire une personne au conseil d’administration qui n’était même pas au courant que sa candidature avait été déposée, alors que l’administratrice provisoire Annick Allaigre avait la responsabilité de vérifier la recevabilité des listes.

Usurpation d’identité, fausse candidature pour la liste UNEF-UEAF

Alors que la validité des listes candidates aux élections devaient être contrôlées sous la responsabilité de l’administratrice provisoire de l’Université, nous avons constaté après le scrutin qu’une personne de la liste « UNEF, UEAF, ASSOCIATIONS ETUDIANTES : ENSEMBLE POUR DEFENDRE NOS DROITS, CONTRE LA PRECARITE ! » s’est non seulement vue usurper son identité pour pouvoir compléter la liste, mais elle a été en plus été élue au Conseil d’Administration de l’Université. Alix* a été placée sur la liste électorale à son insu, sans même avoir été mise au courant par les militant.e.s de cette liste. Contactée par le collectif Le Poing Levé elle témoigne : « Si j’ai été inscrite, c’était à mon insu, je n’étais pas du tous au courant et je n’avais aucune volonté d’être élue dans un conseil ».

Alix affirme n’avoir été réellement en contact avec l’UNEF Paris 8 qu’une seule fois. En début d’année scolaire (septembre-octobre), alors qu’elle mange à la cafétéria, elle est approchée par une militante du syndicat qui lui propose de faire partie de la liste électorale puisqu’il « manquait un peu de monde du fait des quotas ». La militante de l’UNEF lui aurait fait remplir une fiche, « comme pourrait nous demander un professeur dans un cours », qui comprend dans son souvenir : nom prénom, mail, numéro de téléphone, filière et signature. Pour l’étudiante Alix : « si jamais j’ai signé c’est avant tous pour participer à leur association, en aucun cas j’ai voulu être candidate sur une liste électorale, encore moins à une position importante ». La militante de l’UNEF prend alors en photo sa carte étudiante et sa carte d’identité, Alix pense alors que c’est pour adhérer au syndicat.

Depuis cette rencontre en début d’année, Alix n’a eu aucun échange avec l’UNEF Paris 8 à l’exception d’un unique appel récent et très bref, où il n’a pas été question de sa candidature. Elle ne connait pas les membres du syndicat et n’as jamais reçu de message de leurs part. Dans le courant de l’année alors qu’elle a besoin d’aide pour un problème de bourses elle tente de contacter l’UNEF par le biais de sa page Facebook, elle n’aura aucune réponse.

Si elle n’a pas de certitudes sur la nature du document qu’il lui a été demandé de remplir à la rentrée, Alix affirme avec certitude n’avoir rempli ou signé aucune déclaration individuelle de candidature pour le scrutin de février, qui vient de se dérouler, alors que ce document est indispensable pour pouvoir être inscrit sur une liste de candidature électorale. En effet les élections prévues initialement en octobre 2020, ayant été annulées et reportées au mois de février, les déclarations individuelles de candidature ont dû être de nouveau remplies par les différentes listes. La liste « UNEF, UEAF, ASSOCIATIONS ETUDIANTES : ENSEMBLE POUR DEFENDRE NOS DROITS, CONTRE LA PRECARITE ! » aurait donc remplit une déclaration individuelle de candidature à sa place en falsifiant sa signature et se servant des photos de sa carte étudiante et de sa carte d’identité afin de compléter sa liste électorale.

La première semaine de février elle a reçu un appel téléphonique d’une minute, d’un.e militant.e de l’UNEF qui lui a demandé si elle avait bien reçu « le mail concernant les élections », elle pense alors qu’il s’agit d’une démarche pour la faire voter. La conversation s’arrêtera là. Depuis, Alix a été élue au conseil d’administration à son insu sans même avoir été mise au courant qu’elle était candidate. Si jamais un militant du Poing Levé ne l’avait pas informé de son élection elle « n’aurait même pas eu l’idée d’aller voir les résultats ». Si elle n’avait pas été mise au courant, son siège serait alors resté vide et qui sait si des procurations n’auraient pas été falsifiées pour pouvoir voter en son nom.

La responsabilité de cette usurpation d’identité et de falsification de candidature retombe sur la liste de l’UNEF-UEAF, mais aussi sur l’administratrice provisoire Annick Allaigre. Selon l’article 4.2 de la décision N°2020-113 portant sur les élections aux conseils centraux de l’Université Paris 8 :"Il appartient à l’administratrice provisoire de vérifier l’éligibilité des candidat.e.s au moment du dépôt des liste". Avec ce scandale, dont Le Poing Levé a recueilli les preuves, c’est l’ensemble de la liste déposée par l’UNEF et l’UEAF qui doit être remise en question, car il est évident qu’elle n’a pas été sérieusement contrôlée et fort probable que Alix ne soit pas la seule dans cette situation. La bureaucratie de l’UNEF a fait une nouvelle fois preuve de ses pratiques scandaleuses, alors qu’à Toulouse aussi l’organisation a réalisé un coup de force antidémocratique aux élections qui viennent de se dérouler.

Des messages frauduleux à faveur de la liste « Solidarité Etudiante » sur le Moodle de l’Institut d’étude à distance

Outre la validation d’une liste composée frauduleusement, d’autres éléments ont bouleversé l’équilibre du scrutin. C’est le cas du dépôt sur la plateforme d’apprentissage en ligne « Moodle » de l’Institut d’Études à Distance (IED) de Paris 8 d’un message à propos des élections, demandant aux étudiant.e.s de voter pour la liste « Solidarité Etudiante ». En effet les étudiant.e.s. de l’IED de Paris 8, tous diplômes confondus (licence, master, thèses), soit 4 527 étudiant.e.s, c’est à dire 19,46% de l’ensemble des étudiant.e.s de l’université, ont pu voir apparaitre le 5 février dans la rubrique « Annonces communication IED (Pour tous les étudiants de l’IED) » et dans la section « Elections universitaires », un seul et unique document intitulé « Message de la liste « Solidarité étudiante » » déposé par « administrateur moodle ». Alors que les conditions antidémocratiques des élections n’ont pas permis à toutes les listes d’accéder à l’ensemble des outils disponibles pour communiquer aux étudiant.e.s, le dépôt d’un tel message frauduleux sur l’interface pédagogique numérique de près de 20% des étudiant.e.s de Paris 8 vient rompre les règles d’égalité entre les listes candidates censées être assurées par l’administration, et il y a fort à parier que cela a eu une incidence non négligeable sur les résultats du scrutin.

"Message de la liste « Solidarité étudiante »" dans la rubrique "Annonces communication IED (Pour tous les étudiants de l’IED)"

"Message de la liste « Solidarité étudiante »" dans la section "Elections universitaires"

Ce message appelant à voter pour la liste « Solidarité Etudiante » et spécifiquement rédigé a l’intention des étudiant.e.s de l’IED, précise : « Parmi notre liste, certains d’entre nous ont effectué une partie de leur parcours universitaire à l’IED, l’une de nos membres y est enseignante. ».

Contenu du "Message de la liste « Solidarité étudiante »"

La liste « Solidarité étudiante » est-elle à l’origine de ce message ? Si elle a dénoncé une usurpation de son identité au sujet des mails frauduleux envoyés aux étudiant.e.s - nous y reviendrons plus bas - elle n’a pas encore communiqué au sujet de ce message sur le Moodle de l’IED. Que la liste soit à l’origine du message ou non, comment a-t-il pu se retrouver sur cette plateforme à laquelle aucune des autres listes candidates n’a eu accès ? Quoi qu’il en soit ce message constitue une rupture évidente de l’équité entre les listes du point de vue des règles fixées pour l’organisation du scrutin.

Des centaines voire milliers de mails à des adresses personnelles des étudiant.e.s à faveur de la liste « Solidarité Etudiante », transmis par des composantes de la fac pendant les jours du scrutin

D’autres éléments sont venus chambouler l’équilibre du scrutin. Notamment, des centaines voire milliers de mails envoyés les jours d’élections par les adresses des secrétariats de plusieurs départements à des adresses personnelles d’étudiant.e.s. En effet, les modalités de diffusion par voix institutionnelle des informations concernant les listes étudiantes candidates, se résumait à l’envoie de 4 mails maximum par listes jusqu’au 8 février sur la liste all-P8 (une liste qui comprend tous les mails @etud.univ-paris8.fr, c’est à dire institutionnels et non personnels, des étudiant.e.s de l’université Paris 8).

Cependant entre le 10 février et le 11 février, les étudiant.e.s de licence des départements de géographie, information et communication, cinéma, arts plastiques, théâtre ainsi que les étudiant.e.s du département musique dans sa totalité ont reçu un voire plusieurs mails sur leurs adresses personnelles les invitant à voter pour la liste « Solidarité Etudiante ». À l’origine de ces envois, un mail de l’adresse [email protected] envoyé le 9 février à 23h04 aux secrétariats de plusieurs départements, incitant à relayer avec pour objet : « Merci de Reliez »

Mail envoyé à de nombreuses adresses de composantes, ici relayé à plusieurs listes de licence et du département de musique par un secrétatiat

Par la suite certains secrétariats vont faire le choix consciemment ou in-consciemment du caractère frauduleux, surement par manque d’information sur les règles du scrutin du fait de sa mauvaise organisation par la présidence, de transférer ce mail sur des listes mails des composantes mentionnées plus haut. Selon les informations dont nous disposons sur l’étendue de ces listes, ce serait plusieurs centaines voire milliers d’étudiant.e.s qui auraient reçu ce mail une ou plusieurs fois. Outre les envois sur les listes mails des licences et du département de musique, 343 adresses, parmi lesquelles celles de nombreux.ses étudiant.e.s de la licence géographie, ont reçu trois fois un appel au vote pour la même liste candidate, dans un intervalle de moins de 14h de temps, pendant le scrutin. Deux mails ont été envoyés à ces adresses directement par l’adresse [email protected] le 10 février. Le premier à 17h50 et le second à 18h06 avec pour objet respectif : « Il ne reste qu’un jour pour soutenir Olivier Archambaud Géographe a paris 8 VOTEZ SOLIDARITÉ ETUDIANTE » et « Taux de participation Faible », sans que l’on sache comment la personne à l’origine de ces mails a eu accès à ces 343 adresses. Le lendemain, le secrétariat de Géographie, sans doute par inattention et sans avoir connaissance des précédents envois, a transféré une nouvelle fois un mail d’appel au vote à ces mêmes adresses personnelles, qui auront donc reçu trois mails d’appel à voter « Solidarité étudiante » entre le 10 et le 11 février, dernier jour pour voter.

Mail relayé sur la liste du département info-com par le secrétariat

Nous faisons le choix de ne pas diffuser les captures d’écran en notre disposition des mails envoyés directement aux 343 adresses parmi lesquelles celles d’étudiants de géographie, dans le soucis de préserver leur anonymat, celles-ci n’étant pas en copie cachée.

Dans un communiqué publié le 11 février, après l’envoi de ces mails , Solidaires étudiant.e.s Saint-Denis, qui fait partie de la liste « Solidarité Etudiante », a affirmé avoir été victime d’une usurpation d’identité, dénonçant des mails frauduleux, réaffirmant qu’ils et elles ne soutiennent en aucun cas le candidat à la présidence Olivier Archambaud. Ces mails frauduleux envoyés par milliers, ont eu un impact sur le scrutin, au bénéfice de la liste « Solidarité Étudiante », c’est certain, mais il reste à savoir qui est à l’origine de ces envois par l’adresse [email protected], qui n’est pas l’adresse officielle de la liste, et qui se cache derrière cette large opération qui semble coordonnée. Si la seule certitude que nous avons est que ces envois et le message adressé aux étudiant.e.s de l’IED rendent invalides les résultats de l’élection, nous ne pouvons pour l’instant qu’émettre des hypothèses sur leur origine et objectif. Il pourrait par exemple s’agir d’une « promotion » de cette liste étudiante avec pour objectif la chute de la liste UNEF, soutien de la présidente sortante Annick Allaigre, et donc de favoriser le candidat d’opposition Olivier Archambaud.

Communiqué de Solidaires Étudiant-e-s Paris 8 du 11 février, disponible sur leur page facebook

Un membre du Bureau National de l’UNEF, à priori extérieur à l’Université, Hugo P., s’est par ailleurs procuré les adresses mails d’au moins une partie des doctorant.e.s de l’Université Paris 8, sans que l’on sache comment, pour leur envoyer un appel au vote pour la liste locale de l’UNEF le 9 février, jour de scrutin. Ce même membre de l’UNEF a envoyé des mails aux adresses des étudiants de l’Université du Mirail à Toulouse pour les élections qui se déroulaient au même moment.

Mail reçu par un.e étudiant.e

Ainsi les résultats aux élections 2021 des conseils centraux ne peuvent pas être considérés comme fiables compte tenu des éléments cités précédemment, et qu’une des élues s’est vu usurper son identité et qu’elle est censée siéger sans même avoir candidaté. Toutes ces fraudes se jouent notamment sur fond d’enjeux troubles pour l’élection par les membres du conseil d’administration de la prochaine présidence de l’université.

Ces pratiques sont rendues possibles et encouragées par une organisation totalement opaque du scrutin, et un système universitaire bureaucratique qui cherche à coopter les organisations étudiantes auquel le collectif Le Poing Levé a fait le choix de s’attaquer en toute indépendance des institutions ! Un recours a été déposé à la Commission de Contrôle des Opérations Électorales afin de faire annuler ce scrutin scandaleux. Ces manipulations bureaucratiques sont d’autant plus scandaleuses alors que les étudiant.e.s subissent une effroyable précarité, la faim, l’isolement, et le décrochage massif. Face à ces pratiques, les militant.e.s du Poing Levé se battent et continueront de se battre pour une université publique, gratuite, ouverte à toutes et à tous, débarrassée de la bureaucratie, pour que cela soit réellement les étudiant.e.s et les personnels de l’Université, c’est à dire celles et ceux qui la font tourner, qui puissent la diriger, en toute transparence.

*Prénom modifié

 
Revolution Permanente
Suivez nous sur les réseaux
/ Révolution Permanente
@RevPermanente
[email protected]
www.revolutionpermanente.com