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La Izquierda Diario
17 de février de 2021 Twitter Faceboock

Répression
Catalogne. Des milliers de personnes prennent la rue pour exiger la libération de Pablo Hasél
Gabriella Manouchki

Suite à l’arrestation du rappeur Pablo Hasél, poursuivi par la justice de l’État espagnol en raison de ses prises de position critiques de la monarchie du régime hérité de la dictature franquiste, des milliers de personnes ont manifesté mardi soir pour exiger l’amnistie totale. Face à la mobilisation, le gouvernement réprime et Podemos lance un recours pour « grâcier » Hasél… Le parti a-t-il oublié qu’il est lui-même membre du gouvernement ?

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Crédit Photo : AFP

Des milliers de personnes prennent la rue à Barcelone et dans 80 villes catalanes pour exiger la libération de Pablo Hasél

À Barcelone, à Valence et dans de nombreuses autres villes catalanes, des milliers de jeunes ont battu le pavé mardi soir et fait résonner un slogan : « i Pablo Hasél, libertad ! ». Cette mobilisation fait suite à l’arrestation, ce mardi, du rappeur catalan Pablo Hasél, alors qu’il s’était réfugié à l’Université de Lleida avec des centaines de soutiens. « Ils devront venir m’enlever et cela servira aussi à dépeindre l’État sous son vrai visage, celui d’une fausse démocratie », avait-il déclaré à l’AFP vendredi dernier.

Poursuivi depuis plusieurs années pour ses prises de position contre la monarchie et contre la Constitution de 1978 héritée du régime franquiste, il a été récemment condamné à neuf mois de prison par la justice de l’État espagnol pour « apologie du terrorisme » et « injures et calomnies à l’encontre de la couronne et de l’État ». Il s’agit d’une atteinte importante à la liberté d’expression, dénoncée très largement au sein de la jeunesse et dans le milieu de la culture, notamment dans une tribune signée par 200 artistes pour réclamer la liberté du rappeur.

Avec ses textes anticapitalistes, appelant à la révolution comme dans « Muerte a los borbones » [« Mort aux bourbons »] où il dénonce le système monarchique hérité de la dictature, il est devenu le symbole d’une jeunesse catalane révoltée, consciente de la nécessité d’en finir avec le régime de 1978 et sans illusion vis-à-vis des partis politiques qui le perpétuent, y compris ceux qui se présentent comme une alternative au sein du système comme Podemos. Pour avoir trahi le mouvement social qui l’a porté au pouvoir en participant au gouvernement de coalition au côté du PSOE, ce parti est d’ailleurs largement dénoncé par le rappeur dans ses textes, comme dans « Asi no podemos ».

Alors que le gouvernement réprime la mobilisation, Podemos qui en fait partie annonce lancer un recours pour gracier Pablo Hasél

Et pour cause ! Alors que Podemos fait partie du gouvernement qui réprime les mobilisations et enferme les militants critiques du régime, le parti cherche à s’associer à la colère qui s’exprime aujourd’hui en affichant un soutien à Pablo Hasél.

En effet, peu après son arrestation lors d’une conférence de presse, Podemos a annoncé présenter une « demande de grâce » pour le rappeur. Loin d’assumer ses responsabilités de facto dans cette arrestation et, plus largement, dans la répression des manifestants et des militants politiques, Podemos a même le culot d’adresser cette demande en précisant « en l’absence de toute initiative de la société civile ou d’autres organisations politiques », alors même que des milliers de jeunes sont dans la rue pour exiger la libération de Pablo Hasél. Surtout, ce « recours en grâce » est un comble quand on sait que Podemos fait partie du gouvernement auquel il est adressé ! Légalement, c’est au gouvernement, et plus précisément au Ministère de la Justice occupé par le PSOE, qu’il incombe de « gracier » Pablo Hesél. Cependant, il ne s’agit pas pour les manifestants de demander au gouvernement de le « gracier » pour ses prétendus « crimes » qui n’en sont pas, mais bien d’exiger l’amnistie totale pour le rappeur et pour tant d’autres prisonniers politiques.

Cherchant maladroitement à se dissocier d’un gouvernement dont il fait partie, Podemos prouve donc une fois de plus sa complicité et sa subordination au « régime de 1978 », hérité directement du fascisme. Cette annonce n’est en réalité qu’une manœuvre pour essayer de sauver ce qu’il reste de la crédibilité du parti, qui justifie sans cesse son « impuissance politique » par l’argument selon lequel le nombre de députés de Podemos est encore trop faible pour permettre un rapport de force. Pourtant, comme le souligne La Izquierdia Diario : « 35 députés pourraient constituer une ressource de voix suffisantes pour dénoncer sans relâche le système politique corrompu, de la monarchie au PSOE lui-même, ainsi que tout l’appareil d’État hérité de la dictature, comme la Cour nationale et les organes répressifs qui emprisonnent Hasél. Il s’agirait ainsi de profiter de tous les espaces institutionnels comme tribune pour cette dénonciation, ainsi que pour appeler à s’organiser et à lutter dans les quartiers, dans les syndicats et sur les lieux de travail dans une perspective anticapitaliste claire. Mais ce n’est pas le but de Podemos, qui ne cherche pas à développer la mobilisation. Au contraire, son pari a été de faire partie d’un gouvernement avec les sociaux-libéraux et les monarchistes du PSOE. »

Face à un État autoritaire, perpétuant un système monarchique archaïque dans la continuité de la dictature fasciste, il n’y a rien à attendre d’un parti comme Podemos. Il est essentiel que les organisations du mouvement ouvrier et celles du mouvement étudiant prennent position pour l’amnistie totale de Pablo Hasél et de tous les prisonniers politiques du régime. Le changement ne pourra être imposé que par la base, depuis les lieux de travail et d’études, en indépendance de l’État et de ses institutions. Comme le dit Pablo Hasél lui-même à propos de Podemos dans l’un de ses textes : « Nous ne sommes pas représentés par ceux qui ne s’attaquent pas à l’exploitation des capitalistes et qui veulent seulement augmenter un peu plus leurs impôts, en les laissant exploiter en paix. Nous ne sommes pas représentés par ceux qui défendent la loi qui n’a pas rompu avec le fascisme et qui nient la légitimité d’une déclaration d’indépendance alors que le peuple catalan en a décidé ainsi. Nous ne sommes pas représentés par ceux qui ont reconnu qu’ils servent à mettre fin aux débordements dans les rues alors que nous avons précisément besoin de cela pour gagner des droits et des libertés. »

 
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