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2 de mars de 2021 Twitter Faceboock

Meurtre de Jamal Khashoggi
Biden et l’Arabie Saoudite, faire pression mais éviter la rupture
Jean Beide

Un rapport de la CIA met directement en cause le prince héritier saoudien Mohammed Ben Salman dans l’affaire de l’assassinat du journaliste dissident Jamal Khashoggi.

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Les Services de renseignement américains ont publié, vendredi 26 février, une note qui était restée confidentielle jusque là, mettant ouvertement en cause le prince héritier Mohammed Ben Salman (MBS) dans l’affaire de l’assassinat du journaliste dissident Jamal Khashoggi, tué au consulat saoudien à Istanbul le 2 octobre 2018. Divulguée à la demande de Joe Biden, cette note constitue un pas de plus vers le refroidissement des relations entre les deux pays ; cependant la nouvelle administration démocrate fera tout pour éviter de rompre les relations avec cet allié central au Moyen-Orient.

Les faits

Le 2 octobre 2018, à Istanbul, Jamal Khashoggi, journaliste et dissident politique, est assassiné et son corps démembré par les services secrets saoudiens dans les bâtiments du consulat d’Arabie Saoudite. L’affaire fait grand bruit et les dénégations de la monarchie ne suffisent pas à calmer les dirigeants occidentaux, embarrassés par l’affaire qui ternit profondément l’image de leur partenaire géopolitique et commercial. Seul Trump défend ouvertement Mohammed Ben Salman, allant même jusqu’à considérer comme crédible l’hypothèse avancée par Riyad d’un assassinat perpétré par des « tueurs voyous » à la suite d’une rixe. Cependant, même s’il couvre le prince héritier, avec lequel il a développé une relation personnelle, son gouvernement est obligé d’imposer des sanctions à des responsables de forces de sécurité saoudiens.

Une affaire aux répercussions différées par la conciliante administration Trump

La récente publication du rapport, à la demande du président américain Joe Biden, relance une affaire aux répercussions géopolitiques majeures, mais jusque là différée en partie par l’administration Trump, très favorable au régime ultraréactionnaire de Ben Salman, allié de poids dans sa lutte contre l’Iran et partenaire commercial d’importance.

Le rapport des services de renseignement américains, rédigé peu de temps après l’assassinat du journaliste saoudien, avait été gardé jusque là secret par Trump, soucieux de préserver l’image de l’héritier, longuement dépeint par les occidentaux comme « progressiste » à cause de ces quelques concessions minimales sur les (étroits) droit des femmes qu’il a accordé (comme le droit à conduire des voitures !). Le rapport mentionne, pourtant, être « parvenu à la conclusion que le prince héritier d’Arabie Saoudite, Mohammed Ben Salman, a validé une opération à Istanbul, en Turquie, pour capturer ou tuer le journaliste Jamal Khashoggi ».

Ouvertement pointé du doigt, « MBS » a donc été sciemment protégé par Trump, alors même que nul n’ignorait, comme le rappelle le journal Le Monde qui cite le rapport en question, que « depuis 2017, le prince héritier a le contrôle absolu de l’organisation de sécurité et de renseignement [de l’Arabie saoudite], ce qui rend hautement improbable que les responsables saoudiens aient effectué une opération de cette nature sans l’autorisation du prince héritier ».

Derrière l’affaire Khashoggi, les mutations des relations entre l’Arabie Saoudite et les Etats-Unis

Historique allié des Etats-Unis et longtemps principal fournisseur en hydrocarbures, l’Arabie Saoudite change petit à petit de place sur l’échiquier des relations internationales américaines. Si la complaisance de Trump à l’égard du Prince héritier s’explique sans doute principalement par sa volonté de se ménager un allié contre l’Iran, et de se prémunir contre tout rapprochement entre les deux puissances moyen-orientales, le retournement opéré par Biden entérine, plus qu’il ne produit, l’affaiblissement structurel des relations entre les deux pays.

En effet, la dépendance énergétique étatsunienne à l’égard de la monarchie du Golfe n’a plus grand chose à voir avec ce qu’elle était au début des années 2000. Les Etats-Unis sont devenus, en l’espace de deux décennies, un pays exportateur d’hydrocarbures, notamment grâce à l’exploitation des pétroles et gaz de schiste. Mais outre cette question, les Etats-Unis ont plusieurs inquiétudes par rapport à leur allié, à propos de la violation des droits humains et bien sûr de son soutien à des organisations islamistes extrémistes dans la région et dans le monde.

Ainsi, toujours alliée et maquillée par les intérêts occidentaux eux-mêmes, l’Arabie Saoudite devient néanmoins de plus en plus gênante. Alors que les contrats d’armement signés font l’objet de vives critiques internes, sur fond de catastrophe humanitaire au Yémen, l’assassinat de Khashoggi et la publication de ce rapport pourrait bien être un accélérateur de mutations géopolitiques. Mais il reste peu probable que l’administration Biden aille véritablement au-delà de quelques sanctions symboliques et d’une rhétorique pro-droits humains, car elle veut surtout éviter de rompre avec son allié.

La question qui reste la plus délicate est celle du prince héritier lui-même. Comme l’affirme The New York Time : « La question la plus difficile débattue au sein de l’administration a été de savoir comment traiter avec le prince héritier lui-même. Les interdictions [de séjour] visant les dirigeants mondiaux en exercice sont rares. Une étude menée par des fonctionnaires de l’administration a révélé que les États-Unis avaient agi contre des adversaires comme le président syrien Bachar al-Assad, Kim Jong-un, le dirigeant de la Corée du Nord, le président vénézuélien Nicolás Maduro et Robert Mugabe, l’ancien premier ministre du Zimbabwe. Mais aucun n’a dirigé des pays qui étaient des alliés majeurs ».

C’est en ce sens que l’on peut voir toute l’hypocrisie des discours « humanistes » de Biden. Ceux-ci ne servent qu’à mieux enrober d’une aura démocratique la politique réactionnaire de l’impérialisme nord-américain.

 
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