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5 de mars de 2021 Twitter Faceboock

L’offensive islamophobe continue : Darmanin a annoncé le contrôle de 89 mosquées
Zoé Gallart

Darmanin a annoncé ce mercredi 3 mars au Sénat des contrôles dans 89 mosquées soupçonnées de « séparatisme » après l’entrée en vigueur de la loi « confortant le respect des principes de la République » qui prévoit un élargissement des motifs de fermeture des lieux de culte.

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Crédits photo : AFP LP/H.H

Les 89 lieux de cultes dans le viseur des autorités sont répartis sur 33 départements et font actuellement l’objet d’un « suivi particulier », a précisé le ministère à l’AFP. D’après le ministère, 17 mosquées ont déjà été fermées suite à 56 contrôles. Comme nous l’écrivions déjà en décembre, à l’annonce du contrôle de 76 mosquées : «  Lorsqu’elles ne sont pas avisées de fermeture, les autres mosquées signalées par le ministère pourraient se voir subir des « contrôles administratifs réguliers », en d’autres termes être perquisitionnées et surveillées. Comme écrit dans le document du ministère, des mesures de contrôle pourront être prises concernant « les structures et les équipes qui les animent et/ou qui les fréquentent ». Des motifs flous et qui laissent toute latitude aux préfets pour effectuer ce type de contrôle pour tout et n’importe quoi. Des pratiques toujours plus arbitraires et discriminatoires. La logique sous-jacente est celle de renforcer le harcèlement de la communauté musulmane déjà commencé. »

Nouveau tour de vis de l’exécutif dans l’offensive islamophobe et sécuritaire lancée par le gouvernement

Cette nouvelle annonce montre la continuité avec toute la politique sécuritaire et islamophobe du gouvernement, qui s’incarne notamment dans la loi dite contre les séparatismes, ainsi qu’une série de différentes autres mesures.
L’abominable meurtre de Samuel Paty en octobre avait ouvert la porte à une instrumentalisation de ce drame à des fins islamophobes. Dans la foulée, le ministère de l’Intérieur avait appelé à la dissolution du CCIF et de Barakacity qui sont deux associations, aujourd’hui dissoutes, qui défendent les musulmans.e.s, sur un plan juridique et humanitaire dans le monde. Il avait également appelé à l’expulsion de personnes étrangères fichées comme « radicalisées » et la remise en débat de la loi Avia facilitant la censure de contenus sur les réseaux sociaux et internet.

Dans un édito publié en octobre sur Révolution Permanente, à la suite des annonces de l’exécutif, nous écrivions ceci : « Darmanin a lancé les premières attaques, dans son costume préféré de premier flic de France, avec tout d’abord des opérations de police lancées tôt ce lundi matin contre « des dizaines d’individus pas en lien forcément avec l’enquête mais dont nous avons manifestement envie de passer un message […] : pas une minute de répit pour les ennemis de la République », comme il l’a expliqué au micro d’Europe 1 à une heure de grande écoute.[…] «  Il faut faire une démonstration de force républicaine : on débarque, on coffre, on expulse, tranche-t-on au sein de l’exécutif. Nous n’en sommes plus aux lampions, aux bougies ou aux banderoles. Les Français attendent de nous une réponse ferme et radicale », explique une source de l’exécutif au Figaro. »

Le ton autoritaire et liberticide était donc déjà bien amorcé en octobre. Si le premier flic de France est aujourd’hui la figure phare de la politique raciste de l’exécutif il est talonné de près par les autres membres de la macronie. Rappelons que Schiappa, ancienne secrétaire d’État à l’égalité Femmes-Hommes a, à son actif, mis en place tout une législation répressive appuyée par une idéologie raciste et islamophobe depuis le début du quinquennat. A ce titre, nous pouvons citer la verbalisation du harcèlement de rue approuvée par la loi d’août 2018, qui vient en réalité justifier plus de présence policière dans les quartiers populaires, par le contrôle au faciès et la discrimination permanente que subissent les personnes racisées ou assimilées comme telles. C’est également Schiappa qui a œuvré pour le renforcement de l’arsenal juridique afin d’expulser un étranger hors du territoire lorsqu’il est condamné pour violences sexuelles. Une rhétorique qui en appelle toujours à la conservation d’une laïcité républicaine aux contours flous et aux relents d’extrême droite.

La semaine dernière, la députée LREM Aurore Bergé s’en est prise au rappeur Médine. Elle le qualifie de nouvel exemple du prétendu « islamo-gauchisme », en l’accusant d’être un rappeur islamiste qui ferait des appels au meurtre. Les éléments de polémique sur lesquels s’appuie Aurore Bergé sont loin d’être nouveaux. Les paroles du rappeur que celle-ci utilise, celles du morceau « Don’t Laïk » sorti en janvier 2015, avaient déjà été utilisées en 2018 dans une autre controverse, à l’initiative d’élus de droite et d’extrême droite dont Marine Le Pen. Elle avait ensuite été fortement relayée sur Twitter par des figures de l’extrême-droite comme Damien Rieu, l’un des fondateurs de Génération Identitaire.

Le concept d’« islamo-gauchisme » pâtit du même manque de substance que la sois-disant « laicité républicaine » et devient, au même titre que cette dernière, un outil réactionnaire. Lors de la table-ronde de Révolution Permanente sur l’islamo-gauchisme de ce jeudi, le sociologue Mathieu Rigouste affirmait : « Les sociétés impérialistes occidentales s’appuient sur l’imaginaire de la figure de l’ennemi musulman. Dans les années 30 c’était le judéo bolchévisme, il s’agit de raciser la figure de l’ennemi. Avec la rhétorique de l’islamogauchisme il y a un schéma qui consiste à dénoncer ce qui viendrait critiquer les politiques racistes et islamophobes qui viennent gêner l’expansion du capitalisme et lui résiste. » Lors de cette table ronde, Mathieu Rigouste dénonçait notamment les attaques faites contre le monde de la recherche avec la loi LPR et les sorties récentes de Vidal.

Ce calendrier politique, malheureusement non-exhaustif, montre l’inquiétante ramification des attaques islamophobes orchestrées par toute les franges du gouvernement Macron. Son caractère liberticide est amplifié par la jonction de ces lois avec la loi Sécurité Globale qui, nous le savons, touchera en premier lieu les habitant.e.s de quartiers populaires et les musulman.e.s et personnes assimilées comme telles.

Un climat islamophobe qui ne date pas de Macron mais qui se renforce en période de crise sanitaire et à l’approche de 2022

Cette politique de l’ennemi extérieur et du « bouc émissaire », en l’occurrence ici toute personne musulmane, n’a jamais été absente du paysage politique. Celle-ci est à l’image de la loi Sarkozy contre le port du voile en 2004 ou bien de toute la politique répressive et xénophobe qu’a mené Valls suite aux attentats du Bataclan. Toutefois, la conjoncture actuelle du double état d’urgence (politique et sanitaire) permet à la macronie de gravir un échelon dans l’autoritarisme en ne consultant plus le pouvoir législatif et en exerçant une centralisation du pouvoir qui se partage entre le président et le premier ministre. Ce cerbère à deux-têtes impulse dans le même temps, toute une propagande islamophobe dans un climat de pandémie mondiale qui, il y a un an, avait conduit à tout un champ sémantique de la guerre et de l’ennemi. Alors qu’il est très critiqué pour sa gestion de la crise sanitaire, Macron fait passer des lois bulldozer à l’approche de 2022.

 
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