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7 de avril de 2021 Twitter Faceboock

Violences de genre
Féminicide de Nathalie D. La police justifie son inaction : « il l’aurait fait de toute façon »
Ju Angio

En 2019, Nathalie Debaillie est assassinée par son ex-conjoint. Deux ans plus tard, les proches de la victime portent plainte contre la police pour n’avoir pas réagi aux trois mains courantes et au dépôt de plainte de Nathalie Debailli, contre celui qui deviendra son meurtrier.

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Source photo : LIONEL BONAVENTURE / AFP

Le 27 mai 2019 près de Lille, Nathalie Debaillie est enlevée, séquestrée et finalement assassinée par son ex-conjoint, Jérôme Tonneau. Relaté par Le Monde, ce féminicide est, pour Jérôme Tonneau, « justifié » par la rupture par la victime de la relation qu’ils entretenaient. Après avoir découvert en 2018 que son conjoint d’alors avait fait de la prison pour escroquerie d’assurance, Nathalie Debaillie décide de le quitter mais celui-ci s’oppose à cette rupture. Ce n’est finalement qu’au début de l’année 2019 qu’elle se séparera de lui.

A partir de ce moment, le comportement de Jérôme Tonneau à son égard deviendra de plus en plus menaçant. En février 2019, elle dépose une première main courante auprès du commissariat de Lille, soulignant que son ex-conjoint aurait déclaré à une connaissance commune « qu’il voulait passer par les jardins ou le toit pour rentrer chez elle ».

Quelques semaines plus tard, le 5 mars, elle dépose une deuxième main courante puisque cette fois-ci, il l’a suivi jusqu’à l’ascenseur à l’intérieur de son lieu de travail. Elle posera une plainte contre Jérôme Tonneau quatre jours plus tard, le 9 mars, en déclarant que ce dernier avait fait un passage en hôpital psychiatrique après une tentative de suicide. Toujours selon le Monde, elle ajoute : « Pendant l’internement, il aurait dit à ses amis qu’il me mettrait bien dans un coffre de voiture pour me mettre un « coup de pression ». Que je devais faire attention car il allait rôder avec des intentions pas louables. Il aurait également dit vouloir me buter, puis, dans le fil de la même conversation, aurait dit vouloir se procurer une arme  ». Elle demande alors une protection policière pour le mardi suivant, son ex-conjoint devait passer à son domicile récupérer des affaires, ce à quoi la police répondra et inscrira dans le procès-verbal : « Aucune mesure de protection n’est à mettre en œuvre. Mais nous avisons la victime à faire appel à nos services dès qu’elle le jugera nécessaire  ».

Elle se rendra le commissariat une ultime fois le 22 mai, cette fois-ci convoquée car son ex-conjoint avait déposé plainte contre elle, prétextant un vol de téléphone. Elle déposera immédiatement une troisième main courante, témoignant du fait que Jérôme Tonneau la suit régulièrement, qu’un pneu de sa voiture a été crevé et que son compte Facebook avait subit de multiples tentatives de piratage. Une main courante qui n’a pas donnée de suite, si ce n’est que tristement moins d’une semaine plus tard, le 27 mai, elle sera enlevée et assassinée par Jérôme Tonneau.

Aujourd’hui, près de deux ans après ce féminicide, la famille porte plainte contre la police pour inaction. Leur avocate a déposé la plainte contre les policiers auprès du ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, « afin d’identifier et de sanctionner les auteurs de cette suite de négligences et dysfonctionnements ayant permis le meurtre de Nathalie  » et explique que « le fonctionnaire est tenu, même lorsqu’il n’est pas en service, d’intervenir de sa propre initiative pour porter assistance à toute personne en danger (…) ». Car c’est bien l’indifférence policière quant à la situation de Nathalie Debaillie, qui a multiplié les appels à l’aide, qui a eu pour conséquence un dramatique féminicide. Le jour même de l’assassinat de Nathalie Debaillie, la police a été prévenue par un témoin à 8h30 de son enlèvement, les policiers se sont rendues au domicile de Jérôme Tonneau à 10h30, et n’obtenant pas de réponse à la porte, ils sont repartis alors même que la victime était peut être encore en vie.

Le frère de la victime lui, doit tenter de faire son deuil, avec toute la frustration qu’entraîne l’assassinat de sa sœur. Mais l’une des phrases les plus glaçantes, qui traduit par les mots l’indifférence policière quant aux cas de violences conjugales, est celle prononcée par le policier qui l’a auditionné après le meurtre, qui lui avait déclaré : « Vous savez Monsieur, s’il voulait la tuer, on ne pouvait rien y faire, il l’aurait fait de toute façon. ». Une phrase d’une violence inouïe dites à un membre de la famille d’une femme assassinée.

Cette inaction de la police est scandaleuse au plus au point. Le plus accablant est que le féminicide de Nathalie Debaillie est loin d’être isolé, mais qu’il illustre d’un phénomène bien plus répandu, celui de l’indifférence policière face aux appels au secours des femmes victimes de violences conjugales, d’harcèlement, qui se concluent trop souvent par des assassinats.

Dans la lutte contre les féminicides et le rôle de complice joué en dernière instance par la police, la position du gouvernement est de loin celle la plus abjecte. Au travers de la figure de Marlène Schiappa, qui incarne le féminisme bourgeois promu par le gouvernement, il préconise comme modèle de féminisme l’enrôlement dans les forces policières. Schiappa déclarait le 8 mars dernier, journée internationale de lutte pour les droits des femmes, dans un tweet que « Vous êtes féministe, devenez policière, policier, gendarme, sapeur-pompier. ». Une déclaration qui s’inscrit dans le féminisme réactionnaire que défend le gouvernement, qui est pour autant contredit quotidiennement par la réalité. Comme le cas de Nathalie Debaillie le rappelle, la police ne sera jamais un allié dans le combat contre les violences faites aux femmes.

 
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