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21 de avril de 2021 Twitter Faceboock

Pour un Parti Révolutionnaire des Travailleurs !
Christian Porta, CGT : « La jeunesse ouvrière a les crocs, il lui faut un parti révolutionnaire ! »
Christian Porta, CGT Neuhauser

Dans le cadre de notre proposition de Parti Révolutionnaire des Travailleurs, nous avons interrogé différents militants du NPA – Révolution Permanente sur leurs trajectoires et pourquoi ils sont convaincus de ce projet. Christian Porta, 29 ans, ouvrier dans l’agro-alimentaire revient sur son parcours, du syndicalisme aux Gilets Jaunes en passant par la grève contre la réforme des retraites jusqu’à passer le pas du militantisme révolutionnaire.

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Crédits photo : O Phil des Contrastes

Dans le cadre de notre proposition de Parti Révolutionnaire des Travailleurs nous avons demandé à des militants du NPA - Révolution Permanente de revenir sur leur parcours et leur engagement révolutionnaire.

Un territoire ouvrier sinistré par la crise et la gauche

Je viens de Moselle, dans le Grand-Est, un territoire sinistré par les crises économiques et la casse sociale menée par le patronat et les gouvernements successifs depuis les années 80. Mon grand-père était mineur et ma mère me racontait ses histoires. Ma génération a grandi avec les grosses grèves qu’on voyait à la télévision, je me souviens par exemple des mineurs qui, en 1995, affrontaient la répression des CRS. La lutte c’est quelque chose qu’on a en nous, comme la fierté de venir de cette tradition ouvrière qui ressort à chaque bataille face au patron. C’est aussi présent dans notre quotidien, par exemple à Folschviller, juste à côté de mon usine, où il y a encore un grand chevalement de la vieille mine.

Cette région a été marquée par les trahisons du PS et de la gauche de gouvernement. D’abord il y a eu Mitterrand, qui malgré toutes ses promesses a fait fermer les mines. A l’époque le PCF était fort et très implanté dans les usines, mais à force d’alliances électorales, de promesses non tenues et de plans de suppressions d’emplois les gens s’en sont détachés. A partir de la crise de 2008 on a vu toutes les grosses usines fermer localement. Hollande était venu en Moselle aux hauts-fourneaux d’Arcelor Mittal à Florange promettre que le site resterait ouvert... Tout ça explique évidemment pourquoi l’extrême-droite a été très forte chez nous aux dernières élections.

Manifestation à Longwy en 1979
Manifestation à Longwy en 1979

De mon côté j’ai commencé par bosser dans la boulangerie artisanale puis je suis entré dans une boulangerie industrielle qui s’appelle Neuhauseur à Folschviller (Moselle), où je travaille aujourd’hui. L’entreprise appartient à une énorme multinationale agroalimentaire qui s’appelle Soufflet, c’est le plus gros céréalier d’Europe avec 5 milliards de chiffre d’affaires. Très vite j’ai compris que travailler pour un petit ou un grand patron c’est la même chose.

Syndicalisme, premières grèves et auto-organisation face à la bureaucratie syndicale

Avec plusieurs de mes collègues un jour on en a eu marre de notre situation à l’usine alors on a monté un syndicat et on s’est présentés aux élections professionnelles. C’était en 2016, j’avais 25 ans et on est devenus majoritaires dans l’entreprise avec la CGT. On ne connaissait rien au syndicalisme, rien à la politique, on était des jeunes de quartiers et on avait juste la rage car on voyait qu’on avait des salaires de misère pendant que notre patron gagnait des millions.

C’est lorsqu’on a fait face à un plan de suppression de postes (PSE) qu’on a vraiment mené notre première bataille pour l’emploi et c’est aussi là qu’on s’est confronté pour la première fois à la bureaucratie de la CGT et des autres syndicats. Avec mes collègues on a pris nos affaires en main. On s’est mis à faire des débrayages, à organiser des assemblées générales, à bien expliquer le conflit aux salariés pour que la grève appartienne vraiment aux grévistes. C’est comme ça que j’ai rencontré l’extrême-gauche à travers Lutte Ouvrière. Ils étaient très surpris de voir des jeunes de notre âge faire ça et nous ont fait prendre conscience du caractère politique de notre lutte. Ils m’ont amené des bouquins, m’ont fait découvrir le marxisme et le trotskisme et c’est comme ça que j’ai commencé à me politiser.

Petit à petit, à mesure que j’évoluais dans le syndicalisme je me rendais compte que toutes les choses que LO me racontait ou que je pouvais lire sur la bureaucratie syndicale c’était vrai. J’étais dans une union locale plutôt combattive avec beaucoup d’anciens de la pétrochimie adhérents du PCF, mais très vite je me suis confronté à un vrai défaitisme et à des dirigeants syndicaux cantonnés aux problématiques de leurs boîtes. Ma fédération CGT, l’agro-alimentaire, est très marquée par l’influence du PCF, même dans mon union locale. Quand certains camarades de la fédération ont su que je discutais avec Lutte Ouvrière, les regards ont commencé à changer. A force de lire et de commencer à connaître l’histoire du marxisme et du mouvement révolutionnaire j’ai compris ce que ça voulait dire et d’où ça venait. Il faut se rappeler que les trotskistes se faisaient frapper et réprimer devant les usines par le PCF stalinien.

Je me suis également heurté à une bureaucratie syndicale qui ne voulait pas appeler à coordonner les secteurs en lutte ou durcir les grèves, notamment durant le mouvement des Gilets Jaunes. Et en discutant avec des militants révolutionnaires j’ai compris que si les syndicats sont un outil central pour la classe ouvrière, ce n’est pas avec des luttes purement syndicalistes, qui ne cherchent pas à dépasser les frontières de sa propre entreprise, qu’on pourra être en capacité de réellement transformer la société et de s’attaquer aux racines de l’exploitation et de l’oppression.

De la lutte pour l’emploi aux Gilets jaunes : « grandeurs et faiblesses de la spontanéité »

Le deuxième PSE qu’on a pris dans la figure est arrivé en même temps que le mouvement des Gilets Jaunes. Dès le premier jour on s’est retrouvés au rond-point de Saint-Avold pour discuter avec les GJs et tenter de faire des jonctions. On a expliqué qu’on faisait face à un PSE et comme ils étaient sur le rond-point, ils se sont mis à bloquer les camions qui se dirigeaient vers notre usine. Des GJ ont même participé à nos côtés à la lutte face à notre patron en occupant avec nous le siège de Neuhauser.

Les gilets jaunes de Saint-Avold face à la répression le 1er décembre 2018
Les gilets jaunes de Saint-Avold face à la répression le 1er décembre 2018

On disait beaucoup qu’il y avait surtout des petits patrons dans les gilets jaunes, mais en réalité la plupart travaillaient dans des petites boîtes du privé. Ces gens qui se réunissaient tous les samedis, sur les ronds-points, c’était la classe ouvrière ! Beaucoup de GJ travaillaient dans des entreprises du coin et certains étaient même syndiqués. Bien sûr, il y a eu beaucoup de discussions car beaucoup se sentaient trahis ou abandonnés par les syndicats dans leurs propres entreprises, mais ils faisaient la différence entre les directions syndicales et nous les élus de terrain.

Face à ce mouvement, j’ai été très critique de l’attitude de Lutte Ouvrière. Pour moi il était essentiel qu’un parti vienne discuter et influence le mouvement pour le diriger contre l’exploitation et le capitalisme, pas seulement sur le fait de dégager Macron. Or, Lutte Ouvrière a eu une attitude abstentionniste, prenant de haut ce mouvement. En ce sens, le débat NPA - LO lors de la fête de Lutte Ouvrière de 2019 m’a beaucoup marqué et notamment le discours de Daniela Cobet du NPA - Révolution Permanente qui intervenait aux côtés de Gaël Quirante. J’ai pris conscience que le rôle des révolutionnaires n’était pas d’attendre une révolution chimiquement pure mais d’intervenir dans la lutte des classes. Avec toutes les contradictions que peut avoir un mouvement comme celui des GJs, il était essentiel de tenter de faire le lien avec le mouvement ouvrier en bataillant contre les bureaucraties syndicales qui empêchaient ces jonctions.

Du mouvement contre la réforme des retraites à la construction d’un parti révolutionnaire

Le mouvement contre la réforme des retraites a été pour moi un déclic sur la question de l’organisation. Je commençais à avoir de plus en plus de désaccords avec LO. D’abord sur les Gilets Jaunes, mais aussi sur le rapport aux oppressions, notamment le racisme et l’islamophobie auxquels je suis sensible ayant grandi dans un quartier populaire et vivant toujours dans une cité. J’ai été déçu de découvrir la position de LO en faveur de la loi de 2004 interdisant le port du voile à l’école ou encore leur position concernant les révoltes de la jeunesse des banlieues de 2005. Des positions encore plus retardataires à l’heure où l’on assiste à une offensive islamophobe énorme.

Au même moment je suivais un peu Anasse Kazib, cheminot qui intervenait dans les médias. J’ai entendu parler de la coordination RATP-SNCF et j’ai été impacté par la détermination des grévistes qui y prenaient part, et notamment leur refus affiché de la trêve que cherchait à imposer le gouvernement avec la complicité des directions syndicales, Philippe Martinez en tête. J’ai vu que la coordination RATP-SNCF organisait en ce sens une manifestation le 26 décembre, au lendemain de Noël, et j’y suis tout de suite allé. Dans la foulée, j’ai croisé à une AG interprofessionnelle Anasse et Laura du NPA - Révolution Permanente qui étaient justement à l’initiative de la Coordination RATP - SNCF. J’étais avec une camarade de Arkema, une entreprise pétro-chimique, et Anasse a eu un discours qui nous a énormément convaincus à propos de la façon de structurer l’auto-organisation dans le mouvement et du type de Coordination dont on avait besoin. On s’est regardés et on s’est dit, mais c’est lui qui a raison ! C’est à partir de là que j’ai décidé de m’engager politiquement au NPA avec les camarades de RP.

Christian Porta au Meeting de la grève générale le 10/03/2020
Christian Porta au Meeting de la grève générale le 10/03/2020

Très vite, j’ai vu comme mon intervention sur mon lieu de travail était alimentée par la politique qu’on élaborait avec les camarades. Déjà notre patron chez Neuhauser avait encore plus peur de nous car on était désormais capable d’écrire et de médiatiser ce qui se passait dans notre usine grâce à Révolution Permanente, un outil qui m’a beaucoup impressionné. Pendant le premier confinement et la crise sanitaire, on s’est mis en droit de retrait 5 jours et on a réussi à imposer notre propre protocole sanitaire au patron. On a même réussi à mener un embryon de contrôle ouvrier sur la production lorsqu’avec mes collègues on a imposé au patron de ne pas jeter des palettes entières de produits alimentaires propres à la consommation et de les distribuer à des associations locales, car on voyait aussi que la crise sanitaire et économique avait fait exploser la précarité déjà forte.

L’autre aspect très fort c’est la dimension collective. Avec mes quelques collègues on pouvait se sentir un peu seuls dans notre entreprise face à notre patron. Mais en réalité des jeunes comme nous qui se battent il y en a pleins ! Et ça j’en ai pris conscience en commençant à militer dans une organisation révolutionnaire. J’ai rencontré des jeunes de 30 ans comme Gaëtan Gracia, militant ouvrier dans le secteur aéronautique, Anasse Kazib à la SNCF mais aussi des jeunes militantes comme Rozenn qui, à 19 ans dans un secteur comme celui de la grande distribution, dénonce les violences sexistes et le harcèlement sexuel dans son entreprise.

J’ai pris conscience qu’il y a toute une génération qui n’est pas influencée par le défaitisme ou le fatalisme. De même quand j’entends un jeune travailleur comme Rudy de la SNCF qui est issu des quartiers populaires et qui pendant sa première grève parle de violences policières, je suis très impressionné. Il y a une jeunesse ouvrière qui a les crocs, mais la question c’est le projet politique qu’on lui propose pour transformer ce système.

Je suis convaincu que les travailleurs comme moi ont besoin d’un parti révolutionnaire, implanté dans la classe, avec une stratégie claire et conséquente. Un parti pour rassembler tous ces militants ouvriers qui font face à leurs patrons et qui se battent aujourd’hui pour leurs conditions de travail, contre l’exploitation, mais qui voient aussi la nécessité de se battre contre les oppressions, contre le patriarcat et contre le racisme. Toutes ces luttes se regroupent et doivent être menée en premier lieu par la classe ouvrière car c’est cette classe dans sa diversité qui vit le plus directement l’exploitation et l’oppression et qui a la force d’y mettre fin. C’est ce projet qu’on défend au sein du NPA et que je veux aujourd’hui porter.

 
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