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22 de avril de 2021 Twitter Faceboock

Violences sexuelles
Elle dénonce les viols qu’elle a subis, la Fédération d’équitation la poursuit en Justice
Zoé Gallart

La championne d’équitation Amélie Quéguiner a accusé en février 2020 trois encadrants, dont son entraîneur de club devenu par la suite son beau-père, de l’avoir violée dans les années 80 alors qu’elle était adolescente. Pointée du doigt pour son silence complice, la Fédération française d’équitation poursuit en diffamation Amélie Quéguiner, portant ainsi à son comble la stratégie de culpabilisation des femmes victimes de violences sexuelles dans le but de conserver tout un système patriarcal.

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Mehdi FEDOUACH/AFP

La meilleure défense est l’attaque, semble être le leit motiv du président de la Fédération française d’équitation. Serge Lecomte, candidat à sa propre succession et accusé d’avoir couvert les agresseurs de la victime, a sorti le fameux argument de l’instrumentalisation. L’audition de la cavalière, accusée de diffamation après avoir dénoncé le silence complice de la Fédération et de ses représentants, se déroulera au lendemain du second tour de l’élection pour la présidence de la fédération. Selon lui, ces dénonciations auraient pour but de le déstabiliser pour les élections.

En cause, les dénonciations portent en particulier sur un entraineur, condamné à deux reprises par la Justice pour agressions sexuelles, et qui a pu exercer en tout quiétude au sein de la Fédération auprès de jeunes adolescentes et jeunes femmes qui étaient sous ses ordres. Rappelons que [le 16 septembre 2013, Loïc Caudal, un enseignant du centre équestre de Suresnes, présidé par Serge Lecomte, a écopé d’une peine de quinze jours de prison avec sursis pour agressions sexuelles sur mineures. Cet homme est pourtant resté professeur d’équitation au sein de ce club jusqu’en avril 2014. Il a été embauché peu de temps après au sein de la Fédération française d’équitation présidé par Serge Lecomte […] Caudal a été de nouveau condamné, le 20 novembre 2017, à un an de prison avec sursis pour agressions sexuelles sur trois mineures avec interdiction de s’approcher de mineurs. Il n’est finalement licencié de la FFE qu’en 2019.

Comme le mentionne le communiqué du Collectif Féministe Contre le Viol, il est évidemment très peu probable que Serge Lecomte n’ait pas eu vent des agressions commises au sein de son institution, mais il agit dans son intérêt et au détriment des victimes pour conserver d’une part la réputation de la Fédération et d’autre part protéger le système de domination patriarcale qui structure les institutions sportives. Dans une tribune publiée mercredi 21 avril des associations et des personnalités du sport demandent à la Fédération française d’équitation (FFE) de retirer sa plainte en diffamation.

Cette accusation à l’encontre d’Amélie Quéguiner est prononcée quatre ans après le début de la vague Me Too et seulement quelques mois suite aux vagues de #MeTooInceste et #MeTooGay. Le milieu du sport n’échappe pas lui non plus aux violences sexistes et sexuelles et à l’omerta qui est entretenue. Bien au contraire, il y a un an la patineuse Sarah Abitbol, également signataire de la campagne de soutien, racontait dans son livre Un si long silence comment elle a été violée et agressée sexuellement par son ex-entraîneur entre 15 et 17 ans, au début des années. Quelques jours après, le Parisien avait publié la tribune « Violences sexuelles : il est temps de donner de la voix ». Elle avait été signée par les membres de la commission du CNOSF (soit 54 sportives et sportifs dont les skieuses Marie Martinod et Ophélie David, la danseuse sur glace Nathalie Péchalat, l’escrimeuse Astrid Guyart, la boxeuse Sarah Ourahmoune et le judoka Teddy Riner) pour lever le voile sur les violences patriarcales de le monde du sport de haut niveau.

Cette année, le parquet de Saint-Etienne (Loire) a annoncé, l’ouverture d’une enquête après des accusations de viols présumés sur des élèves qui avaient entre 12 et 13 ans, au sein du Pôle France de gymnastique féminine de Saint-Etienne, dans les années 1980 et 1990. Les plaintes pour agressions sexuelles et viols ont été déposées l’an dernier et cette année par d’anciennes gymnastes envers un entraîneur bénévole du Pôle, aujourd’hui âgé de 79 ans, Robert C. Une vague de dénonciation qui rappelle celle ayant déferlé sur la Fédération de gymnastique américaine, et qui démontre bien que les violences sexuelles ne sont pas des cas isolés dans ces institutions mais font bien système, participant activement à l’asservissement et l’appropriation des corps des sportives professionnelles par les Fédérations.

On retrouve dans le milieu du sport, les mêmes dynamiques coercitives et la même omerta que dans les autres institutions. C’est donc durant cette vague de dénonciation que l’ex-cavalière est accusée de diffamation. La parole est baillonnée et donnée aux agresseurs, à l’image de la lettre d’un violeur qui a été publiée en couverture de Libération le jour du 8 mars. Ça ne peut plus continuer. Nous ne pouvons plus nous taire.

L’an dernier, la ministre Roxana Maracineanu a lancé une Convention nationale de prévention des violences sexuelles dans le sport ainsi qu’une campagne de prévention. [ [Violences sexuelles : le milieu du sport se penche sur ses démons – Libération (liberation.fr)] Mais nous n’avons rien à attendre de ce gouvernement au sein duquel les mêmes dynamiques de pouvoir conduisent et perpétuent les abus. Ces mesures et toutes celles prises jusqu’alors sont cosmétiques. La poursuite en Justice d’Amélie Quéguiner montre à nouveau combien cette institution protège les violeurs et combien elle culpabilise les victimes, enfermant leur parole et isolant leur vécu en niant tout caractère structurel du patriarcat. Si la libération de la parole et la vague féministe internationale contre les violences faites aux femmes permet de pointer du doigt un système tout entier qu’il faut détruire, c’est en poursuivant la mobilisation et en s’organisant en indépendance des institutions et de l’Etat que les femmes parviendront à faire Justice à Amélie Quéguiner et toutes les victimes du patriarcat.

 
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