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3 de mai de 2021 Twitter Faceboock

CRISE SANITAIRE
« Vivre avec le virus » : Macron assume ouvertement son pari sur nos vies !
Irena Mathilde

Ce vendredi, Emmanuel Macron a annoncé dans la presse régionale les étapes du déconfinement. Découpé en quatre étapes, ce déconfinement s’inscrit dans la continuité du pari de janvier du « vivre avec le virus » misant tout sur la réussite de la vaccination, en faisant fi des indicateurs sanitaires, mais surtout faisant passer l’économie avant nos vies.

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Crédits photo : AFP/Eric Feferberg

Ce vendredi, Emmanuel Macron a annoncé dans la presse régionale les étapes du déconfinement. Celui-ci, destiné à permettre un retour à une vie « plus normale », consiste en quatre étapes : le 3 mai, levée de restrictions de déplacement à plus de 10 km et des déplacements interrégionaux ; le 19 mai, ouverture des terrasses, des commerces, des théâtres et des cinémas ainsi que couvre-feu à 21h ; le 9 juin, réouverture des cafés et restaurants en intérieur, couvre-feu repoussé à 23h et mise en place d’un passe sanitaire ; enfin, levée du couvre-feu le 30 juin. Le 1er mai, Emmanuel Macron a ainsi annoncé : « à partir du 19 mai, des étapes successives vont nous conduire ensemble à définir un nouveau modèle de croissance et de prospérité », jouant sur la lassitude de la population qui n’attend que la réouverture des lieux de sociabilisation.

Si l’annonce de ce plan de déconfinement a pu à raison en réjouir plus d’un, il reste cependant très en décalage avec la situation sanitaire et nous condamne à de futures nouvelles restrictions. En effet, bien qu’une légère baisse dans les taux d’incidence et d’occupation des services de réanimation ait été notée, les indicateurs restent malgré tout très inquiétants, et l’épidémie est loin d’être résorbée. Rien que le jeudi 29 avril, 5585 personnes étaient en réanimation, et 321 morts et 9888 nouvelles contaminations ont été enregistrées ces dernières 24 heures. Pourtant, le gouvernement continue de minimiser l’épidémie, et, comme l’explique un article du Monde, il « espère transformer les effets du coronavirus en ceux d’une sorte de grippe ». Roland Lescure, député LREM, a ainsi affirmé : « oui, on devra vivre avec un virus mais dont la virulence, la contagiosité et la dangerosité seront limitées au fur et à mesure que les personnes vulnérables auront été vaccinées. » Sous prétexte que toutes les personnes âgées ou presque aient été vaccinées, le gouvernement met ainsi l’épidémie sous le tapis et opte pour la stratégie du « vivre avec le virus, y compris face à un haut niveau d’incidence, supérieur à celui de nos voisins », comme l’a affirmé Macron lors de son entretien à la presse régionale. Une rhétorique qui n’est pas nouvelle comme en témoigne la tentative du gouvernement de ne pas reconfiner, mais qui, du fait de la situation sanitaire actuelle (catastrophique), s’assume désormais ouvertement : il s’agit de "vivre avec le virus" sans aucune stratégie sanitaire, surtout faire passer l’économie avant nos vies.

Dans le même temps, si Gabriel Attal affirme qu’ « on tiendra nos objectifs » en ce qui concerne la campagne de vaccination, seules 15,2 millions de personnes ont reçu au moins une injonction, et 6,2 millions de personnes seulement ont reçu les deux injections. On est donc bien loin de l’immunité "collective" pour toute la population. D’autant plus que les variants viennent changer la donne et que les scientifiques ne sont toujours pas sûrs que les vaccins soient efficaces contre tous les variants. Des chercheurs ont ainsi montré que certains variants actuellement en circulation, tels que le variant sud-africain ou celui brésilien, pourraient avoir la capacité d’échapper à l’immunité acquise avec le vaccin, grâce au fait que quand le virus se multiplie, il peut acquérir de nouvelles propriétés, comme la résistance aux vaccins. Par exemple, les vaccins Pfizer et Moderna sont efficaces contre le virus originel et contre le variant britannique, mais semblent l’être moins contre les variants sud-africain et brésilien.

Le pari "sur nos vies" de l’exécutif

C’est donc à raison que le déconfinement annoncé par le président a suscité des réactions négatives du côté de la communauté scientifique. Contrairement au début de l’année, où l’exécutif avait fixé un seuil de 5000 cas par jour à ne pas dépasser pour pouvoir déconfiner, la stratégie choisie aujourd’hui n’est conditionnée à aucun chiffre. Le gouvernement se donne uniquement une limite de taux d’incidence supérieur à 400 cas pour 100 000 habitants pour activer des « freins d’urgence », un chiffre bien supérieur aux seuils d’alerte mis en place dans d’autres pays. Antoine Flahault, directeur de l’institut de santé globale à l’université de Genève, affirme ainsi auprès du Monde : « les Japonais se démènent pour ralentir une épidémie afin qu’elle ne dépasse pas les 40 cas pour 100 000 habitants sur sept jours. En France c’est 400. Leur niveau d’exigence est au moins dix fois plus strict ! » Et le scientifique de continuer : « le président a déclaré s’accommoder d’un virus qui peut causer 40 000 cas et 300 décès par jour, ce n’est pas acceptable. Le problème de la stratégie du “vivre avec” est qu’elle n’a été qu’une série d’échecs jusqu’à présent ! »

Mais la stratégie de stop-and-go, stratégie jusque là privilégiée par le gouvernement, n’est pas pour autant une alternative. Alternant levée des restrictions et confinements sans aucun plan sanitaire à la hauteur, le "Stop and Go" n’a en aucun cas été une solution pour ralentir l’épidémie, bien au contraire. Résultat des courses : aujourd’hui, après un troisième confinement, la circulation du virus est cataclysmique. De la sorte, nous nous retrouvons par la faute du gouvernement dans une situation inextricable. C’est ce sur quoi s’appuie désormais le gouvernement pour nous imposer une nouvelle stratégie : "vivre avec le virus". Une stratégie qui - moyennant des chiffres trafiqués - s’apparente dans les faits bien à celle de Trump, Johnson, ou encore Bolsonaro... Une stratégie assumée donc que le gouvernement a du mal à justifier : « j’assume d’avoir fait des choix, mais ce ne sont pas des paris. Cela sous-entendrait que ce serait aventureux ». Pour un député LREM, il s’agit même de « faire de la prospective » !

Pourtant, cette stratégie a tout l’air d’un pari sur nos vies, une réouverture sans moyens pour la santé et l’éducation ne pouvant que favoriser une circulation accrue du virus, faisant de la France un terreau et une fabrique de nouveaux variants et nous condamnant à de futures nouvelles restrictions. Pour pouvoir assurer son plan de déconfinement, le gouvernement a déjà prévu la mise en place d’un passe sanitaire, une mesure coercitive qui ne vise qu’à masquer l’échec de sa gestion sanitaire. Ainsi, à partir du 9 juin, toutes les personnes souhaitant se rendre « dans les lieux où se brassent les foules, comme les stades, festivals, foires ou expositions » devront présenter un passe sanitaire, c’est-à-dire une attestation de vaccination, un test de dépistage négatif ou un test positif de plus de quinze jours qui fera office de « certificat de rétablissement ». À partir du 30 juin, ce passe deviendra obligatoire pour les personnes participant à de grands événements de plus de 1000 personnes comme les festivals.

Pourtant, l’Académie Nationale de Médecine souligne la faiblesse de cette mesure pour prévenir la contagion en raison de l’incertitude des résultats des tests. En réalité, la mise en place de ce pass représente une contrainte supérieure pour la population, et notamment pour les travailleurs des lieux dont l’entrée sera conditionnée à la présentation d’un passe sanitaire, qui vont devoir se faire tester à chaque fois avant d’aller travailler ou se faire vacciner contre leur gré. Cet aspect coercitif ne va faire qu’augmenter le scepticisme de ceux qui se méfient du vaccin.

La priorité du gouvernement : maintenir l’économie

En réalité, le gouvernement s’appuie sur la lassitude de la population, qui n’en peut plus d’être confinée depuis plus d’un an, pour faire passer les intérêts du patronat en premier. Mardi 20 avril, le président du MEDEF Geoffroy Roux de Bézieux mettait en effet la pression au gouvernement pour la réouverture des commerces, expliquant qu’il fallait « faire en sorte que l’économie subisse le moins possible les conséquences des restrictions sanitaires ». Aujourd’hui, c’est exactement cette logique que l’exécutif suit, obéissant à l’injonction de maintenir l’économie à marche forcée sans moyens supplémentaires pour les hôpitaux et les écoles. Cette stratégie ouvre la voie à un déconfinement dans un contexte où il n’existe aucune garantie que l’épidémie va s’arrêter, et pose même la possibilité d’une quatrième vague et d’un quatrième confinement.

Au-delà de cette préoccupation de maintenir l’économie, la réouverture répond également à un impératif politique pour Macron : passer à autre chose dans un contexte de campagne présidentielle. Frédéric Dabi, directeur général de l’opinion de l’institut de sondage IFOP explique ainsi dans Le Monde : « on est encore sur une logique de pari. D’un côté, il y a Emmanuel Macron soucieux de fermer l’épisode Covid qui doit lui permettre de renouer avec l’essence du macronisme, l’économie, les réformes… et passer du statut de président candidat à celui de candidat président. De l’autre, il y a le Covid et ses inconnues. » Pour le président, il s’agit donc de masquer à tout prix sa gestion catastrophique de la crise, quitte à trafiquer des courbes et à mentir sur l’état de l’épidémie, afin de préparer la campagne présidentielle et de continuer l’agenda antisocial mené depuis le début de son quiquennat. Macron a ainsi promis vouloir réformer « jusqu’au dernier quart d’heure », expliquant que « ces vingt dernières années, nous avons pris trop de retard. Réformer, transformer, investir, ce sont les conditions pour défendre notre modèle social ». Nul doute donc qu’après la réforme du rail, la réforme des retraites et la réforme de l’assurance-chômage, Macron compte bien continuer à appliquer des réformes néolibérales et ne pas s’en tenir là.

En réalité, "vivre avec le virus" sans moyens et sans stratégie sanitaire à la hauteur de la situation ira de pair avec la reprise de la circulation du virus, et donc avec de futures nouvelles mesures de freinage liberticides et répressives. Face à la gestion erratique du gouvernement, qui privilégie une fois de plus l’économie sur nos vies, il est temps de prendre nos affaires en main, alliant la population et les soignants, pour une véritable stratégie de prévention pour briser les chaines de contamination, de mettre en oeuvre une campagne de vaccination de masse avec une communication fiable, précise et transparente des informations, la levée des brevets, tout cela accompagné de moyens pour les hôpitaux et l’éducation.

 
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