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Occitanie. LFI a collaboré avec l’offensive autoritaire de Darmanin : le NPA doit rompre son alliance aux régionales !
Comité de Rédaction

En plus d’être un moment de politisation, les échéances électorales sont aussi le moment de tirer des bilans. A l’approche des élections régionales, mais aussi en regard des débats qui traversent actuellement le NPA autour des accords électoraux avec LFI, nous nous sommes penchés sur le bilan problématique de LFI en Occitanie et de la politique portée par Muriel Ressiguier, députée de l’Hérault, une des trois députées LFI de la région.

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Paris - Muriel RESSIGUIER, Députée LFI de l’Hérault (3ème position en partant de la gauche) en compagnie de Michaël DELAFOSSE, maire PS de Montpellier, reçus par Gérald Darmanin Ministre de l’Intérieur.- 28 septembre 2020. • © Ville de Montpellier

Au mois d’avril, la France Insoumise (LFI) et une partie du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) officialisaient leur alliance pour les élections régionales de juin 2021 en Occitanie. Si nous sommes déjà revenus, dans plusieurs articles, sur les différents problèmes posés par cette alliance, nous souhaitons expliciter plus concrètement encore ce qui fonde notre désaccord politique avec ce type d’alliance, en s’appuyant notamment sur la politique menée par LFI en région Occitanie, autour de la question de la police et de son rapport aux forces de répression.

L’alliance LFI-NPA-GDS : ne rien dire sur la police est en soi une compromission !

Dans le cadre de ces élections régionales, l’alliance LFI-NPA-GDS n’a pas pour l’heure de programme officiel concernant la police. Cette indéfinition résulte du fait qu’en théorie, la région n’a pas de compétence en matière régalienne. Ainsi, la région ne peut pas créer de « police régionale » ni même augmenter elle-même les effectifs de police et de gendarmerie, ces attributions relevant de la responsabilité de l’Etat.

Pour autant, la question régalienne apparait sous d’autres formes dans les attributions de la région ou encore des départements. Par exemple, à travers les services dits « déconcentrés » de l’Etat, comme les préfectures, ou encore dans les budgets alloués au renforcement des moyens des services de police, notamment municipaux. La « sécurisation » des lycées et des transports relève aussi de la responsabilité des régions. En Occitanie, le « Plan régional de sécurité » proposé par Carole Delga prévoit en l’occurrence l’investissement de 50 M€ pour renforcer les moyens de polices et de surveillance.

Ainsi, il n’est pas possible de découper de manière étanche les compétences de l’Etat des échelons territoriaux. Les régions et les départements jouent un rôle fondamental dans le « maintien de l’ordre », mettant en exécution la répression d’Etat contre les manifestants et dans les quartiers populaires. Ne pas prendre clairement position sur la question de la police et du rapport à l’Etat est, quelle que soit l’échéance électorale, une forme de compromission en soi.

Pour se faire une idée de ce qui est porté concrètement par LFI sur la question de la police, nous pouvons nous appuyer sur la politique menée par les députés insoumis élus dans les régions aux dernières législatives de 2017. Une politique qui, d’un côté, préfigure ce que défendront « sur le terrain » les élus de La France Insoumise, mais expose aussi une partie du bilan que LFI a à faire valoir à l’entrée de ces élections régionales.

Pour cela, nous nous sommes penchés spécifiquement sur la politique menée ces deux dernières années par Muriel Ressiguier, députée LFI de l’Hérault, tant à Montpellier qu’à l’échelle nationale. Une politique marquée par l’appui de la députée LFI au maire PS de Montpellier et aux syndicats policiers, dans la continuité des politiques autoritaires et sécuritaires du gouvernement.

Le bilan de LFI : une collaboration directe au renforcement sécuritaire dans l’Hérault

Le 21 août 2020, Michaël Delafosse, maire PS de Montpellier en fonction depuis peu, réclamait dans une lettre adressée à Gérald Darmanin davantage de policiers à Montpellier. Une lettre co-signée par 8 parlementaires du département, tous bords confondus, parmi lesquels figure Muriel Ressiguier, députée LFI.

Jugeant que les effectifs étaient devenus « insuffisants au regard de l’accroissement de la population sans précédent et sans équivalent. », les élus exigeaient alors des policiers supplémentaires pour la métropole :

« M. le ministre, nous nous permettons de vous alerter sur la dégradation sécuritaire touchant la métropole (…) et plus particulièrement sa ville-centre, Montpellier, qui nous préoccupe de jour en jour (…). Montpellier et sa métropole sont exposées à une très forte hausse des actes délictuels et criminels (…) Des groupes mafieux ont investi certains secteurs, entraînant des règlements de compte toujours plus violents. »

Cette exigence de la mairie PS, soutenue par la députée FI, Muriel Ressiguier, marque alors une adaptation totale à la politique menée par le gouvernement d’Emmanuel Macron, qui vise au renforcement policier et sécuritaire sur tout le territoire, et dont les habitants des quartiers populaires, ainsi que les militants des mouvements sociaux, comme les Gilets jaunes, sont les premières victimes.

Dès le mois de septembre, le « syndicat » unité SGP Police 34 avait ainsi invité personnellement les députés de l’Hérault pour présenter sa demande de 30 policiers supplémentaires. Un jeu auquel s’est une fois de plus prêtée Muriel Ressiguier, députée LFI.

Le « syndicat » policier ira même jusqu’à « remercier » les « parlementaires pour leur écoute et leur implication dans ce dossier » s’adressant nommément à « @MRessiguier » rappelant son hashtag « #remember #desflicspourmontpellier » puis son objectif : « l’annonce du renfort par @GDarmanin lors de sa venue ».

Demande accordée : Darmanin envoie davantage de policiers à Montpellier

En septembre, le ministre de l’intérieur a reçu Michaël Delafosse, Muriel Ressiguier et les 7 autres parlementaires de l’Hérault signataires du courrier. Réunion de presque 2 heures, « échange sérieux et très constructif » pendant lequel les élus ont « fait bloc » pour la « nécessaire réaffirmation de l’autorité républicaine », selon les termes de Michaël Delafosse.

Darmanin a ainsi accédé à leur requête, et annoncé le déploiement d’une « demie compagnie de CRS, soit plus de 30 policiers » les vendredis et samedis à Montpellier. Une bonne nouvelle pour les syndicats de police, qui ont obtenu gain de cause, eux qui réclament sans cesse plus de moyens pour réprimer, notamment dans les quartiers populaires de Montpellier, comme la Mosson ou la Paillade. Le syndicat Unité SGP Police 34 a d’ailleurs estimé qu’il s’agissait d’un « bon début », dans un tweet mentionnant les 8 parlementaires dont Muriel Ressiguier.

Depuis, les effectifs de police dans la ville n’ont cessé d’augmenter : début mars, ce sont 16 policiers supplémentaires qui ont été affectés ; puis, lors de sa visite à Montpellier, Emmanuel Macron a promis « 50 policiers en renfort d’ici fin 2022 » ainsi que la création d’une « école de guerre » de formation continue pour les forces de répression. Une collaboration que pointe avec joie Le Figaro : le maire PS de Montpellier était « monté » à Paris exposer sa cause avec des élus de l’Hérault de droite comme de La France insoumise pour voir le ministre de l’Intérieur. Celui-ci lui a rendu visite il y a quelques jours et a annoncé l’arrivée de nouveaux effectifs.

LFI a collaboré directement avec l’offensive hyper-sécuritaire du gouvernement

En somme, LFI en Occitanie a collaboré directement à la politique hyper-sécuritaire de Darmanin-Castex. Alors que le duo gouvernemental a cherché à associer de manière plus importante les élus locaux au contrôle social de la population à des fins de renforcement de l’appareil policier, Muriel Ressiguier, députée LFI, a relayé et appuyé les demandes de renforcement d’effectif d’un syndicat de police, en rencontrant les syndicats de police, et même le ministre de l’intérieur Gérald Darmanin.

Plus grave encore, cette séquence a été aussi l’occasion pour Macron, d’une surenchère autoritaire : à partir des demandes du maire PS, pressenti par certains comme futur ministre de l’intérieur et qui se veut être le tenant de la « gauche » qui s’empare de la sécurité, le chef de l’Etat a choisi Montpellier comme laboratoire de sa nouvelle surenchère sécuritaire en vue de 2022. Comme le raconte le journal Le Monde : « Le président de la République aura l’occasion de prendre le pouls de la situation à l’occasion d’un déplacement, prévu lundi 19 avril à Montpellier, où devrait être créée une « académie de police », présentée comme une sorte « d’école de guerre » sur le modèle du Collège interarmées de défense qui forme les élites militaires françaises. ».

Une annonce qui a abouti à un renforcement sécuritaire plus large dans la région Occitanie. A Toulouse, 98 policiers supplémentaires ont été annoncés. Le département de l’Hérault en recevra 32 (20 à Montpellier avec la collaboration directe de LFI, et 12 à Béziers). « Dans le Gard, ils seront 14 à Nîmes et 6 à Bagnols-sur-Cèze. Millau (Aveyron) bénéficiera aussi de la mesure, avec 7 nouveaux policiers, contre 6 à Montauban (Tarn-et-Garonne) et 5 à Carcassonne (Aude) ».

En définitive, le soutien et l’appui de LFI à la démarche du maire PS n’est pas déconnectée de la politique plus générale de LFI. Elle rappelle les positions du mouvement de Jean-Luc Mélenchon sur la police, qui défend une « police républicaine » et n’hésite pas, comme l’affirme Adrien Quatennens sur Sud Radio, à demander plus de moyens pour la police et à dénoncer les effectifs « dilapidés depuis l’ère de Sarkozy » ! Pour Quatennens : « dénoncer les violences policières quand elles existent ne fait pas de nous des anti-flics ». Une manière de montrer patte blanche à la police, avant de préciser que La France Insoumise a « toute une doctrine » sur la sécurité visant à « travailler avec des syndicats de police », à « remettre les commissariats en état », « payer les heures supplémentaires », « recruter davantage de policiers »… Ni plus ni moins que la ligne de Muriel Ressiguier en Occitanie.

L’alliance NPA-LFI pose un problème de principe : celui de l’indépendance vis-à-vis de la police et de l’Etat bourgeois

Comme nous l’avons signifié dans plusieurs articles, le NPA-Révolution Permanente, mais aussi d’autres composantes de la gauche du NPA, s’opposent à ces choix d’accords électoraux avec La France Insoumise. En ce qui concerne l’accord en région Occitanie, nous avons dénoncé cette alliance électorale comme une capitulation, tant elle ouvrait la voie à des accords pour le second tour jusqu’au… PS ! Ce que nous avons jusqu’alors moins développé, ce sont les aspects de programmes sur la question de la police, dans la mesure où ces alliances ne se sont pas positionnées ouvertement sur la question.

Pourtant, La France Insoumise reste comptable du bilan de la politique de ses députés en Occitanie, où, au nom de la « lutte contre l’insécurité », elle a collaboré directement aux politiques ultrasécuritaire du trio Darmanin-Castex-Macron, qui servent aujourd’hui au renforcement de l’appareil répressif de l’Etat. Le fait que Muriel Ressiguier ne figure pas sur la liste « Occitanie populaire » n’empêche pas que l’alliance LFI-NPA-GDS devra porter ce bilan dans le cadre des élections régionales, et cela d’autant plus que sa tête de liste, Myriam Martin, porte les couleurs de LFI.

Au-delà même des désaccords importants que nous avons au sujet des alliances avec LFI, qu’une partie du NPA s’allie en Occitanie avec une organisation portant un bilan autoritaire est très problématique, puisqu’elle introduit des ambiguïtés importantes quant à l’indépendance totale vis-à-vis de la police et de l’Etat bourgeois. Pour les révolutionnaires, la question de l’indépendance vis-à-vis de l’institution policière, un des piliers de l’ordre bourgeois, garant de la propriété des grands capitalistes est une question fondamentale. Or, comment imaginer, après une telle alliance, que le NPA n’apparaisse pas auprès des militants et Gilets jaunes, au fait de cette politique de LFI, comme cautionnant implicitement ce bilan répressif ?

En ce sens, les camarades de l’ancienne majorité du NPA à l’initiative de l’alliance électorale se devraient non seulement de dénoncer ouvertement la récente collaboration directe de LFI avec Darmanin, mais plus encore, rompre immédiatement l’alliance avec LFI.

En finir avec les alliances avec LFI, plus que jamais, exprimer une voie anticapitaliste et révolutionnaire indépendante du réformisme

Cette liste LFI-GDS-NPA en Occitanie porte de facto le bilan d’une année de collaboration directe avec le gouvernement, au service d’un renforcement répressif. Mais pour le NPA, plus qu’un « faux pas » d’une alliance malheureuse avec LFI, cela ne fait qu’illustrer la logique de compromissions avec la gauche institutionnelle, sa stratégie et son programme. Une logique qui, après avoir remis en question une délimitation claire et ferme à l’égard de la gauche dite sociale-libérale (EELV et PS), va jusqu’à brouiller la nécessaire indépendance, pour les révolutionnaires, vis-à-vis de la police et de l’Etat bourgeois. Un principe sur lequel le NPA se veut intransigeant à échelle nationale, tout en ayant parfois franchi « la ligne rouge » au niveau local : lors des dernières municipales à Perpignan, le NPA a soutenu « L’Alternative Perpignan écologique et solidaire » qui allait jusqu’à « exiger des moyens pour lutter contre la délinquance et les trafics illicites », un programme qui ouvre la voie a davantage de forces et de répression policières.

Pour le NPA-Révolution Permanente, ce n’est pas du côté des alliances avec la gauche institutionnelle qu’il faut se tourner. Non seulement elles mènent vers des compromissions toujours plus importantes, mais aussi, leur programme empreint de collaboration de classe ne permettra aucunement d’offrir une véritable réponse aux besoins de la population, des travailleurs et de la jeunesse, de donner une issue à la hauteur de la radicalité et de la détermination exprimée par la génération qui émergé dans la vague de lutte de classes qui a débuté en 2016, des Gilets jusqu’à la bataille contre la réforme des retraites, au mouvement anti-raciste et contre les violences policières.

Tout au contraire, pour imaginer porter sur le terrain électoral la voix de ceux qui sont confrontés à la crise économique et sociale, de ceux qui se révoltent, pour donner une issue à la colère sociale, nous devons agir en indépendance de la gauche institutionnelle, et en toute indépendance de classe, de la police et de l’Etat bourgeois, autour d’une stratégie et un programme qui, tout en s’articulant aux revendications politiques, économiques, aux aspirations démocratiques exprimées dans les luttes, s’affronte au système capitaliste et à ses institutions.

En ce sens, le NPA – Révolution Permanente soutiendra, dans le cadre de ces élections régionales 2021, en Nouvelle Aquitaine comme en Occitanie, les listes menées par Lutte Ouvrière. Des listes qui, malgré des désaccords politiques certains que nous avons avec LO, se présentent en indépendance de la gauche institutionnelle et réformiste. Contre la logique populiste de gauche que sous-tend aussi la liste « Occitanie populaire », nous pensons comme Lutte Ouvrière qu’il s’agirait tout au contraire, dans la situation actuelle, de « faire entendre le camp des travailleurs ».

C’est également la raison pour laquelle les militants de Révolution Permanente défendent la nécessité pour le NPA d’être présent aux prochaines élections présidentielles sous ses propres couleurs, autour d’une orientation et d’un profil lutte de classes et révolutionnaire et soumet aux débats du parti la pré-candidature d’Anasse Kazib. Une politique qui trancherait clairement avec la dérive politique exprimée actuellement dans les Régionales en Nouvelle-Aquitaine et en Occitanie et qui pourrait ouvrir la possibilité d’une « sortie par la gauche » de la crise profonde que traverse le NPA, et ouvrir la voie au dépassement ou à une refondation révolutionnaire du NPA, en lien avec l’émergence d’une nouvelle génération ouvrière et militante forgée dans les luttes depuis 2016.

 
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