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La Izquierda Diario
24 de mai de 2021 Twitter Faceboock

Macron chez McFly et Carlito
Hypocrisie. Macron en opération communication pour séduire la jeunesse
Irena Mathilde

Elisabeth Borne chez Touche Pas à Mon Poste, Pass Culture, concours d’anecdotes avec McFly et Carlito… Pendant que le gouvernement multiplie les coups de communication pour redorer son image auprès de la jeunesse, celle ci continue d’agoniser.

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Quand Macron essaie de redorer son image

Cette semaine, le gouvernement a multiplié les adresses à la jeunesse. Déjà il y a quelques mois, Macron avait accordé un entretien à Brut en plein mouvement contre la Loi Sécurité Globale pendant que Castex téléphonait à Gaspard G. pour l’interroger sur la situation des jeunes et qu’EnjoyPhoenix se pavanait sur les plateaux télé aux côtés de Gabriel Attal. Ce vendredi 21 mai, c’est la ministre du Travail Elisabeth Borne qui était invitée sur le plateau de Touche Pas à Mon Poste animé par Cyril Hanouna. Face à des étudiants précaires qui lui exposaient leur situation, la ministre a joué la carte sensible, racontant comment à l’âge de 11 ans, elle était devenue pupille de la nation, sa mère ayant deux enfants et peu de revenus. Montrant qu’en s’accrochant, elle avait réussi à devenir ministre, Borne a ainsi incarné l’exemple méritocratique parfait du « quand on veut, on peut ». Mais face à un jeune témoignant avoir envoyé « 800 CV et reçu une seule réponse », la ministre du Travail n’a rien trouvé de mieux à répondre que : « on veut faire mieux ». Très rassurant pour tous les jeunes au chômage et sans revenus.

Dans le même temps, le gouvernement annonçait l’élargissement du Pass Culture, déjà mis en place depuis deux ans dans certains départements, à tous les jeunes de 18 ans. Profitant de la réouverture des terrasses et des restaurants pour faire cette annonce, et sur la plateforme Tik Tok qui plus est, le gouvernement s’est ainsi vanté de ces 300 euros mis à disposition de jeunes de 18 ans pour aller au cinéma, à des spectacles ou à des concerts. Pourtant, cette somme dérisoire qui ne bénéficie qu’à une infime partie de la jeunesse pendant un an seulement reste bien insuffisante face à la précarité et à la détresse psychologique des jeunes, et sonne bien ironique face à l’agonie du secteur de la culture.

Mais c’est bien le concours d’anecdotes avec les deux youtubeurs McFly et Carlito qui a fait le plus jaser après sa sortie ce dimanche. En février, Macron leur avait lancé le défi de faire une chanson sur les « gestes barrières » pour inciter la population et en particulier leur audimat jeune à les respecter, de manière à faire porter, une fois de plus, la responsabilité de la crise sur la population pour masquer sa gestion catastrophique de la pandémie. En première ligne de cette responsabilisation : les jeunes qui, avec leurs soirées étudiantes, seraient responsables de la création de clusters et de la propagation du virus.

Deux mois après et 15 millions de visionnages de la vidéo plus tard, le président a donc accepté de participer à un concours d’anecdotes avec les deux humoristes. Les spectateurs ont donc pu profiter de 36 minutes de pur plaisir en apprenant comment l’équipe de l’Elysée avait fait un foot avec l’équipe de Marseille, comment Emmanuel Macron a tourné dans une série Nollywood au Nigéria et en regardant le président appeler d’un air nonchalant le footballeur Kylian Mbappé. Mais derrière cet aspect divertissant et « cool », ainsi que la prétendue tolérance du président qui a pu rigoler l’air de rien des allusions à la drogue avec les deux youtubeurs − et ce, pendant que Gérald Darmanin mène la guerre aux dealers −, la vidéo de McFly et Carlito transpire le spot publicitaire. McFly n’a ainsi aucun mal à inciter son audimat à voter pour Macron en 2022 en sous-entendant qu’il avait voté pour lui au second tour de 2017 et, surtout, les deux influenceurs acceptent à la fin de monter dans un avion militaire pour le défilé du 14 juillet, acceptant ainsi de faire la promotion de l’armée, une des institutions les plus réactionnaires de la République.

Une génération sacrifiée… Mais pour qui ?

Il apparaît donc clair que Macron est en opération séduction auprès de la "génération sacrifiée". Une opération de communication, dans un contexte ou la jeunesse subit de plein fouet les conséquences de la crise sanitaire. Vague de suicides, sélection à l’université, perte d’emplois : la précarité est le quotidien de la jeunesse. Alors que l’image des files de queue pour des colis alimentaires se rallongent pendant que dans les salons parisiens, les grands bourgeois dînent avec Chalençon, il apparaît aux yeux de tous que le prix de la crise n’est pas le même pour tous. Pendant que les jeunes s’enfoncent dans la précarité, les mesures du gouvernement ne luttent pas contre la précarité, mais visent à remplir les poches du patronat.

Ainsi en est-il du plan « 1 jeune, 1 solution », qui propose soit un emploi précaire, soit un service civique, dont le principe est de gagner 580 euros pour 24 heures de travail par semaine. Offrant une subvention de 4000 euros par jeune employé pour les entreprises, l’idée est toujours la même : faire des cadeaux au patronat en lui permettant d’embaucher des jeunes à bas coût et, dans le même temps, faire artificiellement baisser les chiffres du chômage. Il en est de même pour l’annonce en janvier de Frédérique Vidal de recruter 20 000 tuteurs étudiants en 2021 pour combattre le décrochage scolaire : embaucher des jeunes étudiants précaires qui ont besoin d’argent pour payer leurs études pour aider d’autres étudiants en décrochage, sûrement précaires eux aussi.

Afin de faire oublier ses politiques pro patronales, responsables de la situation de détresse de la jeunesse et son visage autoritaire, Macron multiplie les coups de communication. Cette opération communication survient après de fortes contestations, allant des mobilisations climat et de la contestation de l’arrivée de Gérald Darmanin et d’Eric Dupont-Moretti au gouvernement aux cris de « Un violeur à l’intérieur, un complice à la justice » à la mobilisation contre la Loi Sécurité Globale, en passant par le mouvement Black Lives Matter contre les violences policières. Ajoutons à cela la mise en lumière, un an après la tentative de suicide d’Anas, de la précarité étudiante, à la suite d’une vague de suicides dans la jeunesse et d’images de files de queue pour des colis alimentaires : il est évident que Macron tente d’en finir avec l’image d’un président autoritaire qui néglige la jeuness et de renouer avec l’image d’un président jeune, accessible et dynamique qui avait fait son fort en 2017. Déjà en décembre, le Canard enchaîné révélait les inquiétudes du président quant aux présidentielles 2022 : « On aura besoin des jeunes et des électeurs de gauche au second tour. Si la gauche ne voit pas la différence entre Le Pen et moi sur les libertés, ça peut poser problème. C’est sans doute sur ce sujet qu’on peut montrer qu’il y a une différence entre Le Pen et nous ».

Un programme pour éradiquer la précarité étudiante

Si elle a été éclipsée du champ médiatique, la précarité étudiante n’a pas disparu, et la détresse psychologique non plus. Les universités sont fermées depuis un an, favorisant le décrochage scolaire et l’isolement des étudiants. Si le gouvernement avait annoncé le retour en présentiel pour les étudiants un jour par semaine, cette mesure ne s’est mise en place que très partiellement, selon le bon vouloir des professeurs et les moyens disponibles dans chaque université et département. Comme nous le racontaient en avril des étudiants de l’université Paris 8 à Saint-Denis, très peu d’étudiants sont réellement retournés en cours en présentiel. Cette fermeture a eu des conséquences catastrophiques sur la santé mentale des étudiants : une enquête de Santé Publique France nous révélait ainsi que depuis mars 2020, le taux d’états dépressifs avait augmenté de 29 points chez les étudiants.

En réalité, le gouvernement aurait largement eu les moyens de maintenir les universités ouvertes, comme il a très bien su le faire pour les grandes écoles et les classes préparatoires, en embauchant massivement du personnel et en mettant des moyens à disposition pour permettre aux professeurs et aux étudiants de maintenir les distances et, ainsi, d’empêcher la formation de clusters étudiants. En ce sens, il demeure essentiel de revendiquer des moyens massifs pour que la rentrée 2021 puisse se faire en présentiel, et ainsi éviter aux étudiants une année d’isolement de plus.

Par ailleurs, comme cela a été mis en lumière dans les médias, l’isolement se couple à la précarité pour bon nombre d’étudiants. Nombreux sont ceux qui ont ainsi perdu leur travail à l’annonce du confinement, soit parce qu’ils travaillaient sans contrat, soit parce qu’ils occupaient un poste déclaré mais précaire. Ayant perdu leur seule source de revenu, beaucoup ont avoué sauter des repas faute d’argent et 26% des moins de 30 ans vivent aujourd’hui sous le seuil de pauvreté. Déjà lors du premier confinement, on avait vu les queues interminables pour des colis alimentaires à l’université Paris 8. Un phénomène qui s’est généralisé lors du deuxième confinement, avec des milliers d’étudiants qui, quotidiennement, allaient se ravitailler grâce à des associations.

Face à cette précarité flagrante, la seule réponse du gouvernement a été la mise en place du repas CROUS à un euro, et de chèques psy (qui n’accordent que 6 séances aux jeunes qui en bénéficient). Ces mesures sont un crachat à la figure de tous les jeunes qui subissent une précarité et une angoisse au quotidien. Il reste ainsi essentiel de revendiquer un SMIC étudiant financé par un impôt fortement progressif sur les grandes fortunes, qui permette aux étudiants de ne plus avoir à travailler pour se loger et payer leurs études. Les capitalistes et leur gestion répressive de la crise sacrifient les jeunes pour des profits : il est temps de leur faire payer !

 
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