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La Izquierda Diario
7 de juin de 2021 Twitter Faceboock

Qui sont les complotistes ?
Sortie de Mélenchon, appel au meurtre de Papacito : deux poids deux mesures dans les médias
Gabriella Manouchki

Depuis son intervention au micro de France Inter ce dimanche et plus encore après qu’il ait porté plainte contre le youtubeur d’extrême-droite Papacito, Mélenchon est visé par une offensive du gouvernement et de l’extrême droite, relayée et appuyée par les grands médias, l’accusant de complotisme puis relativisant l’appel au meurtre du youtubeur adressé aux militants insoumis. Un deux poids deux mesures, révélant toute l’hypocrisie d’une classe dirigeante qui, pourtant, fait le terreau des théories du complot en tout genre de par sa politique et du discrédit qui en découle.

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Crédit Photo : Capture écran vidéo

Accusé de « complotisme » par des membres du gouvernement suite à sa sortie de dimanche dernier sur France Inter, Mélenchon se trouve au cœur d’une polémique qui grandit plus encore ce lundi, après qu’il ait dénoncé la vidéo du youtubeur d’extrême-droite Papacito appelant au meurtre des militants insoumis, et « des gauchistes » en tout genre.

Relativisant la gravité de la publication d’une telle vidéo, les médias dominants se font les relais sans faille de l’offensive menée par le gouvernement, de concert avec des représentants politiques allant du PS jusqu’à l’extrême-droite. Alors que Marine Le Pen affirme que Mélenchon « est en plein dérive » , CNEWS va jusqu’à présenter Mélenchon comme le responsable de la vidéo publiée par Papacito, dans laquelle est mise en scène la mise à mort d’un « gauchiste ». Libération qualifie la plainte du candidat insoumis de « diversion » vis-à-vis de la polémique sur son intervention.

Ce « deux poids deux mesures » traduit toute l’hypocrisie d’une classe dominante, usant de la brèche ouverte par Mélenchon et son discours volontairement ambigu et aux accents complotistes, alors même qu’elle est la première responsable, de par sa politique sur le terrain sanitaire en premier lieu, du développement des théories du complot qui sèment la confusion dans des secteurs de notre classe.

Aux origines de la polémique, la sortie volontairement ambiguë de Mélenchon sur France Inter

Invité de l’émission Questions Politique sur France Inter ce dimanche, Jean-Luc Mélenchon a évoqué l’ascension au pouvoir soudaine de LREM dans la dernière ligne droite des élections présidentielles en 2017, prévenant la possibilité de voir se répéter le phénomène en 2022 : « Sinon, on nous sort un autre petit Macron du chapeau, (...) on ne sait pas qui c’est, pouf, il se fait élire président. C’est le système qui l’invente. La dernière fois, Macron, il est arrivé au dernier moment. Là, ils vont peut-être en trouver un autre. […] Dans tous les pays du monde, ils ont inventé un type comme ça, qui sortait de rien, et qui était porté par un système oligarchique », a-t-il lancé. 

Dans la foulée, le chef de file de la France Insoumise a continué : « De même que vous verrez que dans la dernière semaine de la campagne présidentielle, nous aurons un grave incident ou un meurtre. Ca a été Merah en 2012 [auteur des tueries de Toulouse et de Montauban, notamment dans un établissement scolaire juif], ça a été l’attentat la dernière semaine sur les Champs Elysées [en 2017, un jihadiste assassine le policier Xavier Jugelé], avant on avait eu Papy Voise [Paul Voise, un retraité agressé chez lui à Orléans en avril 2002], dont plus personne n’a jamais entendu parler après. Tout ça, c’est écrit d’avance ».



Si la sortie de Mélenchon ouvre clairement une brèche aux accusations de complotisme - nous y reviendrons - en reprenant des éléments rhétoriques à même d’alimenter des théories du complot, ce qui n’est que pas acceptable pour un dirigeant politique qui aspire à représenter des idées progressistes, cela ne fait pas pour autant de lui un complotiste. À ce titre, il est primordial de démasquer la manière dont la classe politique cherche à instrumentaliser cette « sortie » à des fins de diabolisation des Insoumis. Elle s’inscrit dans une offensive plus générale qui cherche à taxer de complotisme les militants pour décrédibiliser leurs luttes et en particulier leur opposition, parfois confuse, à ce gouvernement.

En effet, aussitôt après que l’intervention a été diffusée, le gouvernement et les divers représentants politique du régime, depuis le PS jusqu’au RN en passant par LR, se sont engouffrés dans la brèche ouverte par le flou des propos tenus par Mélenchon, l’accusant d’être complotiste et de salir la mémoire des victimes des attaques mentionnées. C’est en effet ce qu’ont rétorqué de concert des membres du gouvernement comme Marlène Schiappa, Olivier Dussolpt, Sarah El Hairy et Clément Beaune, ainsi que des figures de droite et d’extrême-droite comme les maires Christian Estrosi et Robert Ménard. Sans surprise, le PS, par le biais d’Olivier Faure, Audrey Pulvar et Manuel Valls, leur a emboité le pas en s’associant à cette vague d’indignation de manière totalement acritique vis-à-vis du gouvernement.

Dans un contexte de campagne pour les élections présidentielles plus que jamais, tous les coups sont permis, surtout pour diaboliser la FI qui ne transpire pourtant pas de radicalité, tant elle s’inscrit sur le seul terrain institutionnel. Pourtant, ne nous y trompons pas : les véritables responsables du développement du complotisme dans la dernière période sont précisément ceux qui s’en prennent aujourd’hui à Mélenchon.

Le gouvernement, premier responsable du développement des théories du complot

En effet, si on a vu se s’accentuer à l’échelle internationale et de manière fulgurante la popularité des théories du complot durant la pandémie, aux États-Unis et en France en particulier, c’est en premier lieu en raison d’une gestion erratique de la crise sanitaire par les gouvernements, rythmée par de nombreux revirements illisibles pour qui n’a pas en tête le fait que la défense des intérêts capitalistes a été la seule boussole des dirigeants.

Que ce soit par la propagande menée par l’administration de Trump contre la Chine, instrumentalisant les théories sur l’apparition du Covid-19 dans le cadre de sa guerre commerciale, ou par l’incohérence et l’opacité des décisions prises en matière de restrictions visant avant tout à sauver les profits du grand patronat, comme dans le cadre du Conseil de Défense en France, la gestion de la pandémie n’a fait qu’alimenter les croyances dans un complot international, venues combler un manque cruel d’information et de rationalisation scientifique de la circulation du virus. En France, on se souvient des multiples mensonges d’État qui ont rythmé la dernière année, depuis le scandale sur les masques jusqu’au truquage des courbes sanitaires par Castex en passant par minimisation des cas de contamination dans les écoles et les tergiversions sur le plan vaccinal.

À ce titre, Macron et son gouvernement sont les premiers responsables du développement des thèses complotistes qui sèment aujourd’hui la confusion dans les rangs de notre classe. L’extrême-droite n’est pas en reste, n’ayant pas hésité à minimiser la situation sanitaire dans le but de soutenir les revendications du patronat tout en cherchant à capter cette confusion, versant parfois directement dans le complotisme pur comme Florian Philippot. De ce point de vue, l’offensive accusant Mélenchon de complotisme apparaît comme étant des plus hypocrites.

La réalité de l’instrumentalisation des attentats à des fins islamophobes et répressives

Par ailleurs, s’il n’y a aucun « complot des élites » derrière les attentats survenus ces dernières années, en temps de campagne électorale ou non, il y a une instrumentalisation manifeste de ces attaques par la classe dirigeante, comme on a pu le voir dans la dernière période avec l’unité nationale qu’a réussi à imposer le gouvernement autour du terrible assassinat de Samuel Paty en octobre dernier.

Or, le recours à ce type d’instrumentalisation ne vise pas seulement à « faire diversion » en cherchant à attirer l’attention des électeurs sur les questions sécuritaires, comme le sous-entend Mélenchon dans sa sortie polémique, mais aussi à légitimer la mise en place de mesures répressives, liberticides, racistes et islamophobes visant à entraver la possibilité de construction d’une opposition de classe à la politique menée par le gouvernement. Concernant l’instrumentalisation nauséabonde de l’attentat de Conflans, il faut ainsi replacer cette séquence politique dans la suite de la mobilisation de la jeunesse contre le racisme d’État et les violences policières au cours de l’été 2020 et dans le contexte d’une colère montante sur fond de reconfinement répressif, en raison de l’échec de la gestion de crise de la première phase de la pandémie.

Surfer sur la confusion, une sortie volontaire et irresponsable de Mélenchon

S’il est primordial de dénoncer, quoique de manière critique, l’offensive qui vise Mélenchon, s’acharnant à le dépeindre comme un complotiste qu’il n’est pas, on peut maintenant s’interroger sur le flou qu’il a entretenu dans son intervention, illustration de sa tentative de « dialoguer » avec des secteurs de notre classe qui sont susceptibles d’être réceptifs au complotisme.

En effet, le candidat insoumis a lui-même ouvert la porte à l’emballement médiatique en utilisant des codes de la rhétorique complotiste, usant d’insinuations et maintenant un flou sur la responsabilité des faits énumérés derrière la vague désignation d’un « on » non-identifié et d’une « oligarchie » au contours indéfinis.

Cette indécision dans la désignation de l’ennemi illustre la volonté de Mélenchon de surfer sur une vague confusionniste plutôt de déconstruire ce confusionnisme. Il s’agit là d’une position irresponsable, qui n’est en dernière instance que le reflet de la stratégie vue sous le prisme uniquement électoral de Mélenchon. Cherchant à agréger par la seule voie électorale les différents secteurs sociaux (différents secteurs de la classe moyenne, vote des classes populaires, etc...), sur fond de stratégie populiste visant à mettre le peuple comme sujet central en opposition à la centralité de la classe ouvrière, Mélenchon illustre en définitive les limites de LFI en tant que voie institutionnelle.

 
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