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La Izquierda Diario
10 de juin de 2021 Twitter Faceboock

Vers une nouvelle vague ?
Au Royaume-Uni, le variant delta révèle les contradictions du déconfinement made in Johnson
Joël Malo

Le variant indien est désormais majoritaire dans les nouvelles contaminations au Royaume-Uni. Les risques d’une troisième vague ne sont pas nuls à l’heure où les dernières restrictions doivent être levées.

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Crédits : Reuters

Au Royaume-Uni, le spectre d’une troisième vague ?

Après avoir été fortement touché au moment des fêtes de Noël par l’émergence du variant anglais (dit « du Kent » de l’autre côté de la Manche, ou bien « alpha ») qui avait compromis les plans de réouverture, le Royaume-Uni voit désormais ce variant être supplanté par le variant indien (B.1.617.2 ou « delta »). Selon les informations officielles du ministère de la santé britannique, ce variant serait 40 % plus transmissible que le variant anglais ! Il s’agit là d’une estimation que certains scientifiques estiment dévaluée. Par ailleurs, ce variant présente un taux non négligeable d’échappement au vaccin, en particulier face à l’Astra Zenecca (une dose d’Astra Zenecca offrirait 30 % de protection, 60 % en cas de double dose, 88 % avec la double dose Pfizer) qui a été le vaccin utilisé en Grande-Bretagne, la stratégie face au virus reposant essentiellement sur ce tout-vaccin et sur les premières vaccinations. 58 % de la population a au moins reçu la première dose (un peu moins de 40 % est complètement vaccinée), et le délai entre les deux doses vient d’être abaissé de 12 à 8 semaines. Le variant indien semble avoir déjà supplanté le variant anglais dans les nouvelles contaminations, étant à l’origine nationalement de 75 % des nouveaux cas, voire de plus de 90 % dans les zones où il s’est développé comme à Manchester. Cette situation pourrait avoir plusieurs conséquences, dont la perspective d’une vague prochaine, qui toucherait majoritairement les jeunes, et en potentiel un renouvellement de la circulation du virus sur des populations déjà vaccinés qui pourraient remettre en cause les campagnes vaccinales, en Grande-Bretagne mais aussi dans les pays dans lesquels ce variant indien circule déjà.

Le débat se concentre actuellement sur le maintien ou non du calendrier de déconfinement. En effet le 21 juin, les restrictions sanitaires devaient être levées, annonçant la réouverture des salles de concert, des boîtes de nuit et la fin de la distanciation sociale, après l’autorisation de la réouverture en intérieur des restaurants et la fin du port du masque, à l’école et en extérieur. Alors que Boris Johnson, comme à son habitude de demi-négationniste de la pandémie, multiplie les déclarations contradictoires, le gouvernement se laisse la fin de la semaine pour prendre la décision d’un éventuel report de deux semaines de ces mesures. Une décision d’ores et déjà prise par le gouvernement écossais depuis le 1er juin. De nombreux épidémiologistes, et notamment ceux du groupe indépendant de conseil SAGE, appellent à un principe de précaution et à un report de calendrier, voire à une suspension simple du processus de levée des mesures sanitaires pour éviter une nouvelle vague qui appellerait à un nouveau confinement, avec toutes les conséquences sociales sur les classes populaires que cela implique.

Christine Pragel, du groupe SAGE et mathématicienne à l’University College de Londres, affirme ainsi : «  Nous avons désormais un variant dominant qui se répand de façon exponentielle qui est plus contagieux, plus résistant aux vaccins et probablement plus agressif  ». Le débat est ouvert entre épidémiologistes, certains estimant que l’augmentation graduelle de l’immunité par voie vaccinale n’empêchera pas la vague mais la ralentira. Pour l’heure, force est d’admettre que l’on manque encore d’observation sur la létalité du variant indien face à une population en cours de vaccination, d’où la plaidoierie des scientifiques pour la freiner un maximum afin d’obtenir a minima des données. A minima, car si des leçons ont été tirées de la façon dont ont démarré les vagues avant leur développement exponentiel infreinable (aux origines inexplicables selon les gouvernants), il s’agirait d’ores et déjà de maintenir un certain niveau de protection et d’engager des vrais processus de réduction des risques. C’est la position défendue par Deepti Gurdeasani, statisticienne en génétique, dans un fil twitter publié il y a 10 jours. « La focalisation médiatique sur le 21 juin est une distraction [...] mais cette focalisation suggère que les choses iront en s’améliorant en cas de report. C’est faux. […] Voilà pourquoi. Nous voyons des augmentations de cas, d’hospitalisations et de décès, même si le nombre de décès est toujours bas. Mais le taux d’augmentation est important – 27 % de cas en plus en une semaine au RU et 23 % d’augmentation des hospitalisations. […] Nous commençons tout juste à sentir l’effet de la réouverture du 17 mai, avant quoi les cas augmentaient déjà avec un taux de reproduction (R) de 1,6. C’était avant que la préconisation du port du masque soit retirée dans les écoles et avant que soit permis les rassemblements en intérieur. […] Là où je veux en arriver est qu’il est clair que même si nous continuons en l’état, et n’ouvrons pas plus le 21 juin, nous risquons de faire face à une vague qui dépassera le mois de janvier, donc reporter le 21 juin n’est pas suffisant. Et détourne de l’urgence d’agir maintenant.  »

Il y a quelques semaines les contaminations quotidiennes au Royaume-Unis étaient autour de 1500. Elles sont désormais plus proche des 6000. Si le 1er juin, le Royaume-Uni a connu son premier jour sans mort du Covid depuis presque un an (juillet 2020), la moyenne sur la semaine écoulée est de 10 morts quotidiennes.

La propriété privée et les profits des capitalistes sont incompatibles avec une stratégie sanitaire efficace

Face à cette situation, et selon la méthode du court terme qui a caractérisé la gestion capitaliste de cette crise, le patronat anglais et la droite appellent à maintenir le « Freedom Day » comme a été surnommé ce 21 juin. Selon une étude de l’institut de santé public anglais, le variant indien pourrait conduire à 2,6 fois plus de chances d’être hospitalisés que le variant anglais. Il pourrait aussi, selon la situation vaccinale du Royaume-Uni, et des observations faites en Inde, toucher en priorité les plus jeunes. Cette séquence pourrait alors voir également les problématiques du «  long covid » (qui touche un million de personnes en Grande-Bretagne) passer au premier plan. D’autant qu’il semblerait que le variant delta se soit propagé au Royaume-Uni essentiellement par les personnes les plus jeunes (moins vaccinés et qui ont plus de contact que les seniors), et notamment dans les écoles. Ce alors même que le gouvernement fait face à accusation d’avoir caché des données sur la propagation du variant dans les écoles.

La vaccination a permis de faire avancer positivement la situation dans les pays impérialistes qui ont pu, plus ou moins bien plus ou moins vite, vacciner une partie conséquente de leur population. Pour autant, comme l’illustre la situation en Angleterre, le tout vaccin n’est pas une solution pour en finir avec la pandémie de Covid-19. Cette séquence est marquée par des chiffres qui, s’ils repartent à la hausse notamment au Royaume-Uni, restent nettement inférieurs aux mois précédents ; une situation améliorée par le retour du plein air avec la fin du printemps. Pourtant la gestion capitaliste de cette réouverture se fait, comme cela est la règle à l’internationale, sous le signe du court-termisme et de l’irrationalité généralisée. Les pays impérialistes ne commencent à s’inquiéter des variants que lorsqu’ils les touchent fortement. Variants qui trouvent un terrain favorable à leur développement dans les pays les plus appauvris de la planète à cause de la politique de défense des brevets au profit de l’industrie pharmaceutique des principaux gouvernement impérialistes. D’une certaine manière, le mot d’ordre qui règne est : « une fois qu’il sera trop tard  ». Trop tard pour éviter les morts, et pour éviter les confinements.

De l’autre côté de la Manche en France l’impréparation absolue règne notamment dans les capacités de séquençage pour détecter ces nouveaux variants. Avec la technique du criblage utilisée jusque-là le variant delta, apparaissant comme « non-variant » lors des tests PCR. Ainsi, étant donné, sa vitesse de diffusion, il semblerait que sa circulation sur le territoire soit largement sous estimée, et que de nombreux cas « non-variants » soient en réalité des souches delta, ce qui porterait sa diffusion à près de 30 % des nouveaux cas dans les Landes par exemple. De nouvelles vagues qui ne sont pourtant pas une fatalité, et qui tout comme les catastrophes indienne et brésilienne et l’émergence des variants auraient pu être évitées. C’est le résultat de la stratégie des capitalistes qui nous imposent de vivre mal et de vivre avec le virus.

Il est grand temps d’imposer une stratégie à la hauteur de la situation. Une stratégie qui nécessiterait évidemment que les capitalistes mettent la main au portefeuille, voire que ce soient les classes populaires qui prennent directement dans leur portefeuille. Pour imposer des embauches dans l’éducation pour dédoubler les classes, pour permettre les aménagements en termes de renouvellement de l’air dans les cantines et les salles de classe. Pour lever les obstacles de la propriété privée capitaliste sur les vaccins pour en faire bénéficier largement toute la planète. Pour soumettre l’ensemble des infrastructures de santé, rassemblées sous propriété publique, à un plan de santé général qui implique des mesures ambitieuses (et donc qui demandent de la main-d’oeuvre qui soit bien mieux rémunérée que ne le sont les soignants aujourd’hui) de dépistage, de vaccination, de soin, et de séquençage.

 
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