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20 de juillet de 2021 Twitter Faceboock

Mouvement ouvrier
Réforme des retraites : préparer la contre-offensive dès la rentrée pour stopper Macron !
Anasse Kazib, cheminot, candidat à la présidentielle

Emmanuel Macron a annoncé la couleur ce lundi 12 Juillet lors de son allocution, en finir avec la crise au plus vite pour en finir avec le système de retraite de millions de salariés. Face à ces annonces, une seule réponse s’impose : préparer dès la rentrée notre camp à une grève massive sans attendre qu’il installe son agenda néolibéral.

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Le meeting de la grève générale organisé par la Coordination RATP-SNCF en 2019 / O Phil des Contrastes

Le président des riches fait son come-back !

Il y a encore quelques mois, le président n’avait pas le choix que de saluer l’engagement et le travail de millions de travailleuses et travailleurs en première ligne durant la crise, dans la santé, les transports, l’énergie, la grande distribution ou encore l’agro-alimentaire. Ce lundi, celui qui se présentait comme Jupiter au début de son quinquennat a de nouveau mis sa cape de représentant des intérêts du patronat.

Dans un discours aux bonapartistes, le président de la République a annoncé la fin de la « récréation » et la reprise du cycle de réformes, dont la plus importante demeure celle des retraites. Inquiet de son avenir pour 2022, Emmanuel Macron veut à nouveau s’afficher comme celui qui garantira les intérêts du bloc bourgeois jusqu’au bout, sinon dès « sa réélection ».

Celui qui avait essayé d’afficher un discours plus conciliateur durant la crise, allant jusqu’à critiquer « les dérives d’un capitalisme devenu fou » ou encore la nécessité de construire « un capitalisme responsable », se présente à nouveau comme le VRP des volontés du grand capital. La défaite des régionales et les nombreuses critiques sur sa droite avec notamment l’émergence d’un candidat comme Xavier Bertrand ne sont pas étrangères à ce retour aux premières impulsions de celui que les éditorialistes qualifiaient de « bulldozer », frappant vite et fort par ordonnance contre le code du travail mais également avec la réforme du ferroviaire et Parcoursup.

Cependant le discours laisse apparaitre une fragilité, la crainte de remettre le pays à feu en pleine crise sanitaire et à quelques mois de la prochaine présidentielle, ce qui impacterait directement la possibilité d’être soutenu par le bloc bourgeois pour un second mandat. C’est en ce sens que Macron s’est laissé une possibilité de ne pas relancer la réforme tant que la crise perdure.

« 70% des français opposés au rallongement de l’âge de départ à la retraite »

Quoi qu’il en soit, que la réforme soit menée dans ce quinquennat ou dans le prochain qu’il entend bien assurer, Macron a décidé de reprendre l’affrontement de classe alors que la crise profonde que le monde entier traverse depuis 2020 a plus que jamais mis en lumière les limites du système capitaliste et du néo-libéralisme. De nombreux sondages montrent d’ailleurs que la tendance va dans le sens inverse des discours néo-libéraux, avec une volonté de stopper les réformes pour privilégier l’amélioration des services publics notamment en lien avec la prise de conscience des faiblesses du système de santé durant la crise.

Dans un sondage Odoxa du 8 juillet on apprend même qu’une grande majorité de la population se dit choquée par l’enrichissement des grandes fortunes durant la crise et presque 66% qui réclament une taxation de ces dernières pour payer la dette créée par la crise. Toujours dans un sondage Odoxa à la mi-juin on apprend que 70% des Français sont opposés au rallongement de l’âge de départ à la retraite et qu’il s’agit même d’une ligne rouge pour 64% des Français qui disent soutenir un mouvement de grève contre les retraites. Des sondages qui confirment que la tendance générale n’est pas à accepter de laisser payer la crise au salariat.

De fait, le fameux « quoi qu’il en coûte » répété à de nombreuses reprises par Macron, se transforme en facture salée pour la classe ouvrière. Durant la crise, pourtant, de nombreux éditorialistes, comme Dominique Seux, expliquaient que la crise du Covid avait montré l’importance du prolétariat et l’écart entre le rôle que ces millions de travailleurs avaient joué et la faiblesse de leurs salaires. Des salaires par ailleurs bien inférieurs de ceux des nombreux cadres supérieurs et autres patrons très bien rémunérés qui sont restés à bonne distance de la crise. La population entière a ainsi pu voir dans les images des JT de 20h comment ceux qui en avaient les moyens s’étaient sauvés dans leurs maisons secondaires à l’annonce des confinements et autres couvre-feux, tandis que de nombreux prolétaires n’avaient pas d’autre choix que de rester sur place pour faire tourner la société et notamment les services publics.

C’est pourtant cette dernière catégorie - qui a fait le plus de sacrifices, dans la santé, la propreté, l’assainissement ou encore les transports - qui est visée directement à travers la mise à mort des régimes spéciaux. Les belles paroles de Macron pour les héros de la crise se sont ainsi rapidement transformées en attaques pour payer la crise à la place des grandes fortunes françaises qui, elles, ont vu leur patrimoine augmenter de 300 milliards et détiennent quasiment la moitié du PIB de la France comme le révèle Challenges.

Ne pas attendre les attaques, s’organiser dès maintenant

Il est clair que notre salut ne viendra pas des politiciens bourgeois, et ce n’est pas non plus sur les directions syndicales, dont le silence assourdissant a permis au patronat de déclencher plus de 900 plans sociaux, qu’il faudra compter. Plutôt que de préparer la contre-offensive, Philippe Martinez comme Laurent Berger sont d’ailleurs allés discuter la régression sociale la semaine dernière avec Jean Castex et Macron à l’Elysée. Du côté de la direction de la CGT, on discuterait actuellement d’une journée de mobilisation de 24h... en octobre !

C’est une fois de plus à la base de s’auto-organiser pour préparer le combat et imposer aux directions syndicales un plan de bataille à la hauteur. En 2019, la grève contre la réforme Delevoye, avec comme colonne vertébrale le mouvement de la SNCF et de la RATP pendant 60 jours, avait contraint le gouvernement à mettre en stand-by la réforme au début de la pandémie. Macron craignait de devoir gérer la crise sanitaire et la continuité du mouvement alors que la réforme était dénoncée par une grande majorité de la population. La réussite de cette grève reconductible avait reposé essentiellement sur l’émergence d’une nouvelle génération ouvrière dans les transports, qui avait fait le choix de s’auto-organiser et mettre la pression sur les directions syndicales plutôt que de laisser se mettre en place une stratégie de journée perlée ou encore des négociations corporatistes. C’est notamment dans cette bataille, au moment le plus important durant les vacances de Noël, que la Coordination RATP-SNCF a vu le jour, devenant un point d’appui par en bas face à la volonté des directions syndicales de faire une trêve de manière plus ou moins affichée. Le 23 décembre 2019, la presse parlait même de « retour de la base », de « débordement des directions syndicales » ou encore de « gilet-jaunisation » du mouvement ouvrier, rappelant la radicalité du mouvement des Gilets Jaunes en 2018.

Nous connaissons le point faible de Macron, à savoir sa peur de devoir gérer une 4ème vague et un retour de la lutte de classe, dans un espace-temps réduit avec la campagne présidentielle 2022. C’est pour cela que, dès à présent, sans attendre la mise en place de son agenda de consultation ou encore les trahisons des directions syndicales, il faut se préparer à lutter. Nous avons vu à quel point la colère est grande après les annonces de Macron, la préparation d’un mouvement d’ampleur doit donc commencer le plus tôt possible à la rentrée en réunissant les secteurs importants du mouvement ouvrier pour définir un plan de bataille solide, loin des stratégies de la défaite. C’est à cette tâche centrale qu’il nous faut œuvrer dès à présent, sans attendre l’arrivée de la réforme ou encore de journées de grève de 24h qui ne feront jamais reculer Macron.

L’expérience des dernières batailles l’a montré : c’est uniquement dans l’unité de notre classe et sous pression de la base qu’une grève massive peut voir le jour. En 2019, la préparation entre la journée de grève à la RATP le 13 septembre et le démarrage de la grève reconductible le 5 décembre a été cruciale pour faire face à Macron mais pas suffisante pour le faire reculer définitivement, notamment par manque de secteurs mobilisés. Demain il faudra poser les jalons pour construire le rapport de force le plus puissant et le plus large possible. Mais cela ne pourra se faire que par en bas et avec beaucoup de préparation dès la rentrée pour éviter la défaite, et exiger des directions syndicales un plan à la hauteur. Partout, les militants doivent préparer le terrain sans attendre, afin de préparer la classe ouvrière à un affrontement qui sera inévitable pour contrer la régression sociale.

 
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