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19 de juillet de 2021 Twitter Faceboock

Espionnage international
Scandale Pegasus. Quand les États s’équipent pour la répression politique
Seb Nanzhel

Une enquête sur le logiciel de surveillance Pegasus, développé par l’entreprise israélienne NSO Group, montre comment les États s’équipent pour contrôler et réprimer l’opposition politique, sous couvert de lutte contre le terrorisme. Si la France n’est pas à ce jour impliquée dans le scandale, les condamnations hypocrites de Gabriel Attal ne sauraient masquer les pratiques profondément liberticides de l’État français sur ce terrain, dans l’hexagone et au-delà.

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Crédit Photo : AFP

Une technologie de surveillance stratégique pour les États

Les révélations fracassantes du "Pegasus Project", une enquête sur un logiciel de surveillance menée par plus de 80 journalistes issus de 17 médias et 11 pays différents et coordonnée par Forbidden Stories avec le soutien technique d’Amnesty International, mettent en lumière l’ampleur de la surveillance et de l’espionnage qui pèse sur les journalistes, les militants et les défenseurs des droits humains du monde entier.

Déjà incriminée dans la surveillance électronique du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, assassiné et démembré par des envoyés de l’Etat saoudien dans le consulat de l’Arabie Saoudite à Istanbul en 2018, ainsi que dans d’autres scandales d’espionnage de journalistes, l’entreprise israélienne NSO Group a développé et commercialisé un logiciel d’espionnage de l’activité des téléphones portables extrêmement abouti et discret : Pegasus. Ce logiciel permet non seulement de réaliser des écoutes téléphoniques, mais également de capter tout le contenu d’un téléphone : photos, emails, messages (y compris ceux passant par des messageries « sécurisées » comme WhatsApp ou Signal), contacts, et même d’activer et d’écouter le micro à distance. Cette entreprise a la particularité de fonctionner en lien étroit avec le gouvernement israélien, et plus spécifiquement le ministère de la défense, qui décide de quel État peut devenir client de NSO Group et bénéficier du logiciel Pegasus. Véritable atout stratégique et diplomatique, cet outil permet également d’optimiser les relations d’Israël avec les grandes puissances impérialistes. NSO bloque ainsi toutes les tentatives d’espionnage en Russie, Chine ou aux Etats Unis

Au cours de cette enquête, Forbidden Stories et Amnesty International ont eu accès à plus de 50 000 numéros de téléphones sélectionnés pour être ciblés par le logiciel. Alors que NSO Group certifie que l’utilisation du logiciel se limite à la lutte antiterroriste et anticriminalité, la liste regorge de numéros de militants politiques et des droits de l’homme, de journalistes, d’avocats, de médecins, etc.

L’enquête met en cause les gouvernements de nombreux pays. D’après Le Monde, le service de renseignement du Maroc a ainsi sélectionné pour surveillance les numéros de téléphone de la quasi intégralité des patrons des journaux indépendants du pays, mais également ceux d’une trentaine de journalistes français dans des rédactions du Monde, du Canard Enchaîné, de France Télévision ou encore du Figaro. En Inde, Narendra Modi a utilisé le logiciel pour consolider son pouvoir en sélectionnant 2000 numéros d’opposants politiques, de militants des droits humains et de journalistes pour une surveillance potentielle. En Hongrie, parmi les 300 numéros ciblés figurent ceux de journalistes indépendants ayant révélé des scandales sur l’enrichissement de proches du premier ministre Viktor Orban. D’autres Etats comme l’Azerbaïdjan, ou encore le Mexique, sont également mis en cause.

Au-delà de l’évidente atteinte à la vie privée que représente l’utilisation de ce logiciel, cette affaire est un nouvel exemple de l’instrumentalisation de la lutte antiterroriste pour intimider et contrôler l’activité de toute personne représentant un risque politique pour les Etats.

Réaction des différents gouvernements : un concours d’hypocrisie

Une salve de réponses hypocrites ont fait écho à cette enquête accablante. NSO Group s’est défendu en affirmant ne pas avoir de contrôle ni de connaissance de l’utilisation faite par ses clients de son logiciel. Le Maroc et la Hongrie ont nié entretenir des relations avec l’entreprise et le gouvernement indien de Narenda Modi a remporté la palme de la démagogie en affirmant que « l’engagement en faveur de la liberté d’expression comme droit fondamental est une pierre angulaire du système démocratique indien ».

Les puissances impérialistes, absentes des accusés, ont saisi l’occasion pour s’ériger en gardiennes des libertés. Ainsi en France, le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal a désigné les faits comme « extrêmement choquants », afifrmant que les membres du gouvernement étaient « extrêmement attachés à la liberté de la presse, donc c’est très grave d’avoir des manipulations, des techniques qui visent à nuire à la liberté des journalistes, [à] leur liberté d’enquêter, d’informer ». Un véritable exercice de contorsionniste pour celui qui représente le gouvernement ayant orchestré une violente répression des journalistes couvrant les manifestations et ayant soutenu la Loi sécurité globale, atteinte massive à la liberté de la presse prévoyant initialement d’interdire la diffusion dans les médias des visages ou de tout autre élément d’identification de policiers.

La mise en examen récente pour complicité de torture et de disparition forcée en Lybie et en Egypte de deux patrons d’entreprises françaises spécialisées dans la production de technologies d’espionnage et de surveillance révèle toute l’imposture de ce discours. Ces entreprises avaient vendu en toute connaissance de cause des logiciels ayant permis aux régimes de Kadhafi et de Al-Sissi d’identifier puis emprisonner et torturer des militants et des opposants .

Le scandale Pegasus illustre ainsi la nécessité de contrôle et de répression des Etats capitalistes sur les opposants politiques de toutes sortes. Le marché de l’information et de la surveillance revêt une importance stratégique fondamentale pour la classe dirigeante, alors que les tensions internes aux États et internationales s’intensifient dans un contexte de crise économique, sociale et politique susceptible de déstabiliser les régimes en place et les relations qu’ils entretiennent entre eux.

 
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