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La Izquierda Diario
24 de novembre de 2021 Twitter Faceboock

Régularisation des sans-papiers
80 réfugiés logés dans un gymnase à Ivry-sur-Seine : exigeons des papiers et des logements pour tous !
Lucia Nedme
Lili Krib

A quelques jours de la trêve hivernale, près de 90 sans-papiers ont été expulsés du squat 37 rue Marceau à Ivry-sur-Seine. Logés dans un gymnase et dans des conditions insalubres, ils se mobilisent pour exiger des papiers pour tous et des logements dignes. Nous sommes allés à leur rencontre.

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« Il y a un passé, un présent et un futur, et notre futur on va essayer de le changer, par quoi voulez-vous que je commence ? ». Nabi, jeune sénégalais, expulsé du 37 rue Marceau à Ivry ouvre ainsi l’interview au micro de Révolution Permanente.

Le 26 octobre, quelques jours avant la trêve hivernale, près de 90 sans-papiers ont été expulsés du 37 rue Marceau à Ivry, où ils logeaient depuis 5 ans.

Il y a près d’un mois, sous la pression du nouveau propriétaire des locaux, la préfecture d’Ivry-sur-Seine procède, sans avoir adressé le moindre préavis, à l’expulsion de dizaines de sans-papiers, pour la plupart des exilés tchétchènes et africains de l’Ouest, et met dans la rue des familles entières. Selon Nabi, des rumeurs circulaient à propos d’une possible expulsion mais :« tous les ans ils font peser ce genre de menaces, nous nous étions habitués et donc pas préparés. En temps normal, ils te donnent 15 jours pour quitter les lieux avec un minimum légal de 48h, mais là nous n’avons même pas eu 24h. Nous n’avons pas eu le temps de prendre toutes nos affaires. Le pire c’était que la mairie d’Ivry était au courant bien avant nous que l’expulsion allait avoir lieu ce jour-là, mais même eux ne sont pas venus nous avertir  ». Amère, Nabi pointe du doigt la responsabilité et l’hypocrisie d’une mairie qui se dit « communiste ».

« Le matin plus de 80 flics se sont présentés devant le bâtiment et c’était fini pour nous », raconte Nabi, encore marqué par le cynisme des policiers venus détruire leur vie sans aucun remord.« Les flics, ils s’en foutaient de ce qui se passait, de notre détresse. Ils étaient là pour exécuter. Je les ai vus discuter et rigoler comme s’ils étaient dans un parc en train de prendre l’air  ».

Dans l’urgence, plus de 80 sans-papiers se sont installés dans le gymnase Juliot-Curie. Ils attendent depuis une réponse de la part de la Mairie ou de l’Etat pour pouvoir vivre dans des conditions dignes.

Mais même ce toit précaire, il a fallu l’arracher. C’est « une petite victoire », note Nabi, « le gymnase, nous l’avons obtenu, parce que nous nous sommes rassemblés à l’intérieur de la mairie  ». Loin de constituer une solution pérenne, Nabi et les autres vivent depuis dans des conditions insalubres. « Les « communistes » », dit-il ironiquement, « savent très bien quelles sont nos conditions de vies, mais se cachent derrière leur prétendue impuissance. Même si en réalité, cela ne les arrange pas qu’on soit là ».

Pour cause, la vie au sein du gymnase est à la limite du supportable. Les « habitants » n’ont que deux sources de chauffage et le quotidien « c’est d’avoir des coupures d’électricité brutales » et ne disposent que de quatre toilettes pour plus de 90 personnes. Les douches, elles ne fournissent pas d’eau chaude. Quant aux conditions de sommeil, il faut dormir par terre, sans aucune intimité. C’est le désespoir et la peur qui guettent conclue Nabi : « du matin jusqu’à 23h du soir tu entends les gens crier ».

Les conditions de vies sont inhumaines, et déjà il faut compter plusieurs malades à cause du froid parmi les familles et les enfants qui habitent les lieux.

Face à les détermination des occupants, la mairie d’Ivry-sur-Seine a fini par transmettre le dossier aux mains de l’Etat. Pour l’heure, les sans-papier refusent de bouger tant qu’un logement digne ne leur est pas proposé ainsi que leur prise en charge par le 115 qui les placerait dans des logements pour une courte durée, pour la plupart exigus et insalubres, et les obligerait à se séparer. Le gouvernement a à son tour mis leur destin entre les mains d’Alteralia, une association censée leur trouver un logement, pour une durée de trois semaines.

Une chose est sûre, pour la communauté du 37 rue Marceau il n’est pas question de se séparer, et pour arriver à leur fin, ils veulent rester unis : « Donc on le dit clairement, on sait votre stratégie : diviser pour mieux régner. Nous, nous sommes très clairs sur nos revendications, on veut en finir avec l’éternel recommencement squat, expulsion puis 115, pour cela on exige des papiers et un logement digne ! ».

Nabi est bien conscient que pour atteindre leurs objectifs, la lutte ne peut pas être isolée mais doit s’étendre.« Pour moi nous avons tous le même ennemi, et il n’est pas noir ou blanc, il faut le cerner. Et pour le faire il faudra mettre en avant toutes les luttes contre l’injustice. Il faut surtout qu’on le fasse dans l’unité : c’est ça notre force !  ».

La mairie main dans la main avec Alteralia pour étouffer la mobilisation des sans-papiers, mais la lutte continue !

C’est dans cette optique de se montrer forts et unis, que les expulsés ont organisé un rassemblement pour réunir tous leurs soutiens vendredi soir dernier, et ainsi pouvoir faire entendre leurs revendications.

Le soir du rassemblement, alors qu’une une centaine de soutiens attend dehors les prises de parole, les occupants restent à l’intérieur du gymnase. Face à un début d’incompréhension, un des porte-voix du collectif des expulsés du 37 rue Marceau prend la parole pour expliquer : « Depuis que les expulsés sont au gymnase, ils sont victimes de tentatives de manipulation et d’intimidation. Si beaucoup d’entre eux ne sont pas présents ce soir c’est parce que la mairie et Alteralia ont tout fait pour que ce rassemblement n’ait pas lieu ». En effet, le maire a tenté de faire déménager les expulsés vers un autre gymnase la veille du rassemblement sans les prévenir. Alteralia, de son côté, après l’échec du plan de la mairie, fait monter la tension et menacerait ceux qui souhaiteraient se mobiliser.

C’est que le collectif des expulsés se bat non seulement pour avoir des logements dignes mais aussi pour la régularisation des occupants. Le soir du rassemblement, sur les collages et pancartes réalisées pour l’occasion, on pouvait lire « personne n’est illégal », « des papiers pour tous ».

Nabi, prend alors la parole. « Nous savons pourquoi nous prenons la mer, pourquoi nous risquons nos vies pour venir ici [...] celui qui sème la colonisation récolte l’immigration. Nous voulons que vous sortiez de votre confort, nous vous rappelons vos responsabilités : régularisez les sans-papiers et des logements pour tous ! Salutations aux personnes qui militent contre l’injustice sous toutes ses formes. »

Plus tard dans la soirée, Lucia, militante à Révolution Permanente, exprime sa solidarité :« C’est par leur lutte exemplaire que les réfugiés sont dans ce gymnase et pas au 115 : ils ont obligé la mairie à leur donner une solution. Des logements il y en a, il faut exiger leur réquisition mais aussi la régularisation des sans-papiers ! » ». A sa suite, nous apportons tout notre soutien aux sans-papiers d’Ivry-sur-Seine et à leur lutte. Et à notre tour, nous saluons leur exemplaire combat et leur détermination.

 
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