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24 de novembre de 2021 Twitter Faceboock

« Ils nous empoisonnent »
Chlordécone : un scandale d’État qui refait surface en Martinique et en Guadeloupe
Astrid Rivera

En Martinique et en Guadeloupe, le traumatisme laissé par le scandale sanitaire du chlordécone, pesticide cancérigène et ultra-nocif, vient aujourd’hui nourrir l’importante méfiance des Guadeloupéens face à la gestion coloniale de la crise sanitaire. L’affaire du chlordécone est profondément liée au mouvement en cours et est partie prenante de la défiance vis-à-vis de l’État colonial.

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Le chlordécone, un pesticide cancérigène ultra-nocif qui a empoisonné les terres et les vies de millions d’Antillais pour le profit des industries locales

Le chlordécone est certainement l’une des affaires de santé publique les plus graves que les Antilles aient connu. Ce pesticide cancérigène et ultra-nocif, breveté au début des années 50, connaît sa première utilisation en 1972 sur les terres antillaises, afin de lutter contre le charançon dans les bananeraies, un insecte nuisible pour la culture de ces derniers. L’insecticide sera dès lors utilisé massivement jusqu’en 1990, alors que dès 1963 une première étude démontrait sa toxicité, comme le rappelle Reporterre. Le quotidien écologique montre également que de nombreuses études du même type voient le jour dans les années qui suivent, à l’image de celle de l’OMS en 1979 classant le chlordécone comme cancérigène probable, révélant l’ampleur du scandale d’État.

Malgré toutes ces études alarmantes, il faudra attendre 1990 pour que le gouvernement français interdise son utilisation en France. Pourtant, malgré l’interdiction, des exploitants békés - des Blancs descendant des anciennes familles esclavagistes – ont pu bénéficier de dérogations à son utilisation par deux ministres de l’Agriculture, Louis Mermaz et Jean-Pierre Soisson, et ce jusqu’en 1993. La contamination a ainsi continué, et ce avec la complicité de l’État français.

Les conséquences pour le peuple antillais sont désastreuses. L’insecticide a imprégné les sols, les nappes phréatiques, infectant le bétail, la volaille et les cultures maraîchères qui prennent place sur d’anciennes cultures de bananier. Le produit a également atteint les rivières, se déversant dans l’océan, ce qui a pour conséquence l’interdiction de la pêche côtière à partir de 2005. Une contamination des sols et des rivières qui impacte toujours le quotidien des Antillais qui continuent de vivre dans un environnement pollué, avec des ressources et produits contaminés. L’utilisation du chlordécone a des conséquences dramatiques sur le quotidien des Antillais et leur santé, l’usage intensif du pesticide a notamment contaminé les captages d’eau Basse-Terre qui approvisionnent la majorité de l’île en eau potable. Dès lors ce sont de nombreux habitants qui ont consommé une eau dangereuse pour la santé, comme le révélait Le Monde en 2018.

Ainsi, au-delà des terres, des rivières, c’est la santé directe des Antillais qui est attaquée. Une enquête du Monde en juin 2018 montre que le chlordécone accentue les risques de cancer de la prostate dont le taux de la région est un des plus élevés au monde ou encore provoque des effets négatifs sur le développent cognitif des nourrissons et accentue le risque de prématurité. Selon une étude alarmante de Santé publique France c’est près de 90% de la population locale qui est infectée, encore en 2018.

La colère actuelle et la méfiance face au vaccin, conséquence directe de l’impunité d’État face au scandale de santé publique du chlordécone

Depuis de nombreuses années les Guadeloupéens se battent pour obtenir justice, et l’affaire a provoqué un grand ressentiment vis-à-vis de l’État. En mars dernier encore , les Guadeloupéens sortaient massivement dans la rue pour dénoncer l’impunité d’État face à la menace de prescription des faits, alors qu’une plainte déposée quinze ans plus tôt contre le chlordécone pourrait aboutir à un non-lieu.

C’est aussi dans ce contexte qu’il faut comprendre la mobilisation en cours depuis plus d’une semaine qui a démarré par des revendications sanitaires mais qui pose en arrière-plan la défiance face à un État qui a menti sur le chlordécone et la colère face à une situation sanitaire et sociale catastrophique. La méfiance de la population à l’égard du gouvernement et de sa gestion sanitaire s’explique ainsi grandement quand cette obligation lui est imposée par ce même État français qui les a empoisonnés pendant plus de vingt années, au profit des intérêts économiques d’une minorité, et au détriment de la santé du peuple guadeloupéen. 

Les séquelles du scandale sanitaire du chlordécone n’ont jamais été effacées et refont aujourd’hui surface, face à la gestion coloniale autoritaire de la crise du Covid-19 en Martinique et en Guadeloupe, à coups de couvre-feu drastiques, d’obligation vaccinale et de passe sanitaire, alimenté par une communication publique désastreuse et le sous-investissement pour les hôpitaux guadeloupéens. De façon plus générale, en Guadeloupe, c’est une colère à l’encontre de la gestion coloniale générale de toute l’île qui s’exprime. Une colère contre le mépris de l’État à l’égard de leurs vies, dans une île comme la Guadeloupe où le taux de chômage de la jeunesse est au plus haut, où un tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté, et où seulement un tiers de la population a accès à l’eau potable.

Il est essentiel d’appuyer la mobilisation actuelle en Guadeloupe mais aussi de continuer à dénoncer la gestion coloniale et le mépris de la santé des habitants des Antilles par le gouvernement français. Derrière le scandale du chlordécone c’est l’illustration frappante d’une politique coloniale de la France qui est à l’ordre du jour. Une gestion coloniale qui s’est aussi exprimée lors de la crise sanitaire, où le résultat des politiques d’austérité a entraîné une situation catastrophique des hôpitaux, rapidement saturés. Une gestion coloniale qui s’exprime encore une fois autour de la répression sur le mouvement actuel. Pour une issue positive à la crise sanitaire il est nécessaire d’exiger une augmentation des moyens, la construction d’hôpitaux, l’ouverture de lits et l’embauche de soignants, ainsi une campagne massive de sensibilisation à la vaccination menée au plus près des réalités locales par le mouvement ouvrier, et notamment les soignants, et les scientifiques, conscients de l’importance de celle-ci pour aller vers la fin de l’épidémie.

 
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