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8 de décembre de 2021 Twitter Faceboock

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Pas « d’explosion des cas » dans les écoles ? Blanquer ment, il faut des moyens pour faire face à la reprise
Irena Mathilde

Sur RTL ce mardi matin, Blanquer a continué à mentir sur l’augmentation des cas Covid dans les écoles. Malgré le passage au niveau 3 du protocole sanitaire, pour le ministre il n’y a pas « d’explosion » de l’incidence, seulement plus de tests effectués. En vérité la situation est grave, et il faut exiger un véritable protocole sanitaire et des moyens pour faire face à cette nouvelle vague.

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Crédits photo : Patrick HERTZOG/AFP

Invité sur RTL ce mardi matin, Blanquer a expliqué qu’il n’y avait pas « d’explosion » du nombre de cas dans l’éducation nationale et que la remontée du taux d’incidence était seulement liée à l’augmentation du nombre de tests. Un véritable mensonge, alors que le gouvernement lui-même a été obligé de prétendre durcir le protocole sanitaire dans les écoles, face à l’augmentation du nombre de cas.

Pas « d’explosion des cas » dans les écoles ? Le gouvernement ment

Et pour cause, le taux d’incidence chez les jeunes enfants explose. Nicolas Berrod montre à partir des données de Si-Dep (le Système d’informations de Dépistage) qu’avec un taux d’incidence proche des 979 cas pour 100 000 enfants, ce dernier est beaucoup plus élevé que dans le reste de la population, chez qui le taux d’incidence s’élève à 400. Si Jean-Michel Blanquer explique que l’augmentation des cas est avant tout due à une augmentation du nombre des tests effectués, en réalité, il s’agit bien d’une explosion du nombre de cas en milieu scolaire qui s’explique par une transmission plus aisée du virus chez les enfants et d’autant plus avec le variant Delta, réputé pour être plus contagieux. Ainsi, Santé Publique France explique dans son dernier bulletin épidémiologique sur la semaine du 22 au 28 novembre : « les élèves de primaire (6-10 ans) avaient un taux d’incidence particulièrement élevé à 663 (+92%), associé à un très fort taux de dépistage (13 199, +65%) et à un taux de positivité des tests de 5% (+0,7 point) ». À travers un graphique qui montre augmentation nette et brutale en une semaine, les données sont claires : dans le milieu scolaire, le taux d’incidence serait deux fois plus important que dans le reste de la population.

Dans le 93, où la densité de population est particulièrement élevée, les établissements scolaires surchargés et où les effectifs des classes ont explosé, la dynamique exponentielle des cas de Covid. Dans son dernier communiqué, le syndicat Sud Éducation 93 explique ainsi : ​​« Dans les écoles primaires de La Courneuve, c’est la même cata. Dans mon école (Paul Langevin), 2 classes fermées car 1 prof positif dans l’une et au moins 4 élèves positifs dans l’autre (CE2). Et encore, ça c’était mardi, on va voir ce qu’il se passe dès demain. A Paul Doumer, 3 classes fermées mais toujours pas l’école. Cerise sur le gâteau : nous aurons des tests de dépistage dans les écoles mardi et jeudi prochain avec les résultats vendredi, jour des vacances ! Quel flair… Quant au non-brassage avec la cantine, l’étude et le centre de loisirs : sans commentaires. Comme depuis 2 ans. De plus, toutes les écoles manquent de savons, de papier, de nettoyage régulier, etc. ». Même son de cloche au collège Barbara à Stains, dont une enseignante nous expliquait : « On a un cluster géant. On a quatre collègues qui ont le Covid, peut-être une cinquième. »

Et ce ne sont pas les exemples d’écoles qui font face à une multiplication des cas qui manquent. À l’école primaire de Serre-les-Sapins près de Besançon, 40 élèves sur 220 ont été testés positifs, un record selon une source du Snuipp-FSU. Une enseignante témoigne auprès de L’Est Républicain : « et cela pourrait encore augmenter vu que certains résultats de tests, notamment pour trois classes, ne sont pas encore tombés. » À Paris, la situation n’est pas meilleure. Esther, assistante d’éducation, témoigne ainsi auprès de Révolution Permanente : « C’est compliqué de savoir exactement le nombre de cas mais on sait qu’il y en a de plus en plus. En tant qu’AED, on a beaucoup de parents qui nous appellent pour nous dire que leur enfant a le Covid. Moi, rien que jeudi dernier, deux parents m’ont appelée. »

Un faux protocole et zéro moyen en plus

Dans ce contexte d’explosion des cas, le gouvernement continue de nier la situation et maintient son cap, à savoir maintenir les écoles primaires ouvertes et les profits du MEDEF par la même occasion. Pourtant, si le gouvernement persiste à dire que les écoles ne sont pas un des principaux lieux de contamination, une étude ComCor sur les lieux de contamination est venue rappeler qu’avoir des enfants scolarisés dans son entourage augmentait le risque d’être contaminé de 40% en élémentaire et de 60% en maternelle. Mais pour le gouvernement qui fait la sourde oreille, peu importe que les parents d’élèves et les personnels de l’Éducation Nationale soient épuisés. Refusant d’avancer ou d’allonger les vacances, sa seule réponse a ainsi été la vaccination des enfants de 5 à 11 ans vulnérables et le passage du niveau 2 à 3 pour le protocole sanitaire à l’école, consistant à limiter le brassage pendant la cantine et à imposer le port du masque en extérieur à partir du CP, alors même que les contaminations se font avant tout en espace clos.

Des réponses très loin d’être à la hauteur de la situation selon les personnels de l’Éducation, qui, pour certains, dénoncent un allègement au niveau de la stratégie d’isolement et de dépistage. Ainsi, depuis le 29 novembre, quand un élève est testé positif, les cas contacts ne sont plus isolés mais immédiatement testés, puis seuls les cas positifs sont isolés. Une décision à propos de laquelle un collectif de médecins et d’enseignants déclarent dans une tribune parue dans Le Monde : « Cette mesure est issue de la généralisation hâtive d’une expérimentation menée dans dix départements, loin d’être une réussite, et réalisée à une période de faible circulation du virus. Elle risque d’entraîner une contamination plus grande au sein des écoles, touchant les élèves comme les enseignants et s’étendant ensuite plus largement à l’ensemble de la société. » Et pour cause, un cas testé négatif peut s’avérer positif plus tard, entraînant le risque de contaminer d’autres personnes entre-temps.

Céline, directrice d’une école rurale du centre, témoigne ainsi auprès du Monde : « Qu’on accueille les enfants cas contact, ça rassure les parents, et, éventuellement, avec eux, leurs employeurs, concède-t-elle. Mais pour nous, enseignants, cela revient à ramer à contre-courant : on nous demande de faire classe à des élèves qui, potentiellement, incubent le virus. C’est une drôle de vision des mesures barrières ! » À La-Chapelle-sur-Erdre, même inquiétude face à une situation où l’école compte 23 cas sans fermer. Esther, AED à Paris, explique à ce propos : « On voit qu’il y a une explosion des cas et qu’il n’y a plus de fermetures de classe. Le discours du gouvernement, on le voit, dépend aussi de ses besoins. En un an, il a changé, et il change selon les besoins du gvt et selon ses besoins de garderie. Mais à l’aube de la 5e vague, on n’a aucun moyen supplémentaire. Nous ce qu’on veut c’est des moyens et du personnel en plus. Son protocole sanitaire est bidon. Moi dans mon collège je le vois, tout ce qu’on nous dit c’est ouvrez les fenêtres. » D’autant plus qu’une telle stratégie d’isolement doit nécessairement être conditionnée à une campagne de dépistage à la hauteur. Pourtant, si le gouvernement avait promis 600 000 tests, le nombre de tests effectués semble s’élever à 300 000 maximum.

D’une part donc, la volonté du gouvernement d’ouvrir les écoles à tout prix se fait au détriment d’une stratégie d’isolement cohérente. D’autre part, comme toujours, les moyens se font toujours attendre. Sud Éducation écrit ainsi, dans son communiqué suite aux annonces de Castex : « on aura attendu en vain une annonce concernant l’équipement des écoles en purificateurs d’air ou en capteurs de CP2. Rien non plus sur le renforcement de la médecine scolaire, pas plus que sur le recrutement de personnels pour faire face à la dégradation de la situation sanitaire. » Ainsi, pour 25 000 employés de l’Éducation Nationale en Seine-Saint-Denis, il n’existe aucun médecin de prévention et 10% des postes d’infirmiers sont non pourvus.

Même situation chez les professeurs, chez qui il existe la pénurie de remplaçants se fait sentir. Selon Franceinfo, sur tout le territoire, un millier d’élèves seraient ainsi sans enseignant à l’heure actuelle. La situation est tellement critique que les rectorats en viennent à solliciter des enseignants retraités, comme en témoigne Alain auprès, toujours, de Franceinfo : « Il est écrit qu’il n’y a plus assez d’enseignants pour assurer la présence d’un enseignant dans chaque classe du département. Il n’en est pas question. » Un manque d’effectif qui se voit également au niveau des AED, qui se retrouvent à porter le poids de la crise sanitaire, comme l’explique Esther : « nous les AED on est en première ligne puisque quand il y a un cas, on doit le garder jusqu’à ce que ses parents viennent le chercher. »

Un faux protocole et zéro moyen en plus

Face à la multiplication des cas, le gouvernement nous mène droit dans le mur. En cherchant à faire des écoles la garderie du MEDEF, il n’ouvre la voie qu’à une multiplication exponentielle des cas de Covid, dans un contexte où la cinquième vague s’accélère. Et il n’hésite pas à mentir sur la réalité de la situation, dans un contexte de campagne présidentielle où l’enjeu réside également dans le fait de tirer un bilan positif de sa gestion de la crise.

Pour endiguer la cinquième vague et arrêter dès maintenant la dynamique ascendante de l’épidémie, il s’agit de revendiquer avant tout la mise à disposition de matériel en nombre et de qualité, et en premier lieu de capteurs de CO2 et de purificateurs d’air, de masques gratuits et aux normes pour tous, du matériel de désinfection ainsi que des tests généralisés. Autant de matériel indispensable pour maintenir les gestes barrières, limiter la circulation du virus et briser les chaînes de contamination.

D’autre part, il est indispensable d’exiger le recrutement massif de personnels, à travers le réemploi des contractuels en fin de contrat, des embauches massives d’agents, de professeurs, d’AED et d’AESH, de médecins et d’infirmières scolaires. Un recrutement qui doit se faire de pair avec une hausse des salaires pour tous ces travailleurs de la deuxième ligne. Plus largement, il s’agit de revendiquer un plan sanitaire à la hauteur pour l’ensemble de la population, à commencer par la gratuité des tests, sans quoi une réelle stratégie pour endiguer la cinquième vague ne peut être mise en place. Surtout, au cœur de cette stratégie doivent être placés les travailleurs de l’éducation, ceux de la base, qui, depuis le début de la crise, se démènent pour maintenir le système éducatif en place.

 
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