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10 de décembre de 2021 Twitter Faceboock

violences policières
Interview. Tabassée par la police, une lycéenne est assise sur le banc des accusés

Nous avons interviewé H, une lycéenne attaquée en justice pour violence contre un policier après avoir été tabassée et menacée par trois d’entre eux.

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Crédits photo : AFP

Nous avons recueilli le témoignage de H, lycéenne, en procès suite à la plainte d’un policier. En mai dernier, elle a été interpellée lors d’un blocage de son lycée, où elle a été victime de violences sexistes et tabassée devant son lycée par les policiers, or aujourd’hui c’est l’un d’eux qui l’attaque en justice pour « violences volontaire sur personne dépositaire de l’autorité publique ».

Révolution Permanente : Est-ce que tu peux raconter ce qu’il s’est passé à Bréquigny l’année dernière ?

H : Suite aux réformes de Blanquer et le nouveau bac inégalitaire, avec les lycéens de Bréquigny à Rennes nous avions répondu à l’appel national de blocages des lycées. Pour dénoncer les inégalités suite au Covid, nous avons décidé collectivement de bloquer le lycée pendant une semaine. Le vendredi, l’administration avait fait en sorte de maintenir les portes ouvertes pour mettre fin à notre mobilisation, nous nous sommes pas laissés faire même si nous n’étions plus qu’un petit groupe d’une vingtaine de personnes, nous avions récupéré des poubelles pour maintenir le blocage. Lorsqu’on est arrivés dans l’avenue Georges Graff, juste à côté du lycée, il y avait deux camions de police qui nous bloquaient le passage, mais nous n’avons pas baissé les bras et nous avons continué d’avancer, les camions qui avançaient encore se sont mis à accélérer quand nous sommes arrivés près d’eux en renversant nos poubelles. Ce fut un choc assez violent, j’ai vu des camarades tomber au sol. Ensuite, les policiers sont sortis des camions encore en marche, matraques télescopiques à la main et nous courent après. Je rappelle que nous étions tous mineurs. Ils commencent à frapper sur les couvercles des poubelles pour nous intimider, sans hésiter à frapper les personnes qu’ils arrivent à atteindre ce qui a créé un mouvement de panique. Certains arrivent à se réfugier, je me fais frapper par trois policiers qui arrivent sur moi. Je crie à l’aide. C’est donc ça qu’ils appellent interpellation ? moi je l’ai vécu comme une agression.

Ils voulaient me prendre en photo avec un appareil personnel. J’ai fait une formation juridique alors que savais que je pouvais refuser qu’on me prenne en photo. J’ai donc refusé, ils ne m’ont pas écoutée. Ils ont arraché mon masque pour dévoiler mon visage ce qui a arraché un piercing que j’avais à l’oreille, j’ai pleuré de douleur. J’étais en larme, leur criant de me lâcher, c’est là qu’un policier me dit : "c’est ça, jouis".Je me suis débattue pour partir, en panique, c’est ce moment qu’ils qualifient de violence pendant le procès, ils m’accusent d’avoir mis un coup de pied au policier. Pour me calmer, l’un deux m’a donné un coup de poing dans la mâchoire. Je n’avais rien de menaçant, j’avais 16 ans. Ils n’y sont pas allés de main morte, ils m’ont ensuite enfilé les menottes et m’ont embarquée. Une camarade, avec qui j’étais venue à l’action, a tenté de m’aider, j’ai ensuite appris qu’elle avait été fouillée et avait subit des attouchements de la part des policiers pendant ma garde à vue qui à duré un peu moins de 10 heures, je suis sortie le soir même. Elle a choisi de porter plainte, je ne l’ai pas fait parce qu’un policier avait déjà porté plainte contre moi pour violences, pourtant il n’a rien eu, il n’a pas eu besoin d’arrêt maladie. C’est ridicule un policier qui porte plainte contre une fille de 16 ans pour violences volontaires après l’avoir frappée.

Le verdict du procès m’a jugée "coupable de violences volontaire sur personne dépositaire de l’autorité publique", avec une peine de 200 euros d’amende et un avertissement. J’ai fais appel parce que je suis innocente, je n’avais pas à être à la place de l’accusée mais à celle de la victime.

Révolution Permanente : Comment s’est passée ta garde à vue ?

H : Lors de ma garde à vue, un médecin à constaté mon oreille en sang et un hématome à la mâchoire. Dans le camion, par contre, ils m’ont humiliée « pourquoi tu fais ça ? Pourquoi tu t’habilles en noir ? Pourquoi tu est masqué ? ». Pour moi ce procès, c’est surtout pour faire peur aux autres, pour nous intimider, mais ça ne fonctionne pas !

Révolution Permanente : Tu as dis que les réformes de Blanquer étaient inégalitaires, et que la pandémie avait accentué ces inégalités, est ce que tu peux développer ?

H : C’est l’administration qui met en place les mesures sanitaire, donc c’est différent dans chaque lycée. A Bréquigny, c’est un lycée de 3500 personnes, au départ il n’y avait aucune distanciation sociale, nous étions entassés dans les salles et dans les couloirs. Des actions ont été faites pour le dénoncer ce qui a permis d’obtenir un rendez-vous avec le directeur de l’époque. Nous avons obtenu les cours une semaine sur deux pour diviser le nombre d’élève sur place par deux, le reste du temps nous étions en distanciel, la seule solution envisageable pour limiter la transmission du virus puisqu’on pouvait pas ouvrir d’autres salles avec d’autres professeurs. Cependant, avec les cours à la maison, on travaille beaucoup moins bien. On a pas tous accès à un ordinateur, surtout les familles nombreuses qui en ont qu’un seul pour tout le monde, ou encore ceux qui ne peuvent pas s’isoler pour étudier dans le calme. On est donc arrivés à la fin de l’année en ayant vu seulement la moitié du programme, ce sont ces inégalités là qu’on dénonçait.

Je sais que si je n’avais pas été mineurs, je serais passée devant un tribunal et pas une juge pour enfant, ma peine aurait été beaucoup plus importante. J’ai décidé de faire appel pour le symbole que ça représente, ça n’est pas normal d’être au banc des accusés quand on a subit des violences policières, alors qu’ils sont soi-disant censés nous protéger. Ils ont voulu nous faire peur, mais ça a eu l’effet inverse, tout le monde est révolté, même ceux qui n’étaient pas concernés au départ. Nous avons des soutiens pas seulement lycéens mais aussi étudiants, de professeurs, de parents d’élèves et de plein d’autres personnes. C’est pas facile à supporter comme procès mais tous ces soutiens m’ont beaucoup aidés.

 
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