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La Izquierda Diario
30 de décembre de 2021 Twitter Faceboock

Sélection à tout prix
Universités. Cluster dans les amphis ou distanciel : un faux dilemme imposé par le gouvernement
Ariane Serge

Alors que les épidémiologistes conseillent à la population de fêter la nouvelle année en très petit comité, plusieurs centaines de milliers d’étudiants sont appelés à composer dans des amphis bondés dès le 3 janvier. Une sorte de « métro boulot dodo » pour les étudiants, au nom de la sacro-sainte sélection. Mais le distanciel est une fausse bonne alternative qui aggrave la détresse étudiante et la sélection sociale sans s’attaquer aux racines du problème : le manque de moyens dans les universités.

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Crédit photo : VALENTINO BELLONI / HANS LUCAS / AFP

« Ça fait tellement longtemps que ce virus est là, on en a un peu ras le bol ». Les témoignages ne manquent pas d’étudiants qui dans, la presse, racontent leur lassitude. Alors que le gouvernement maintient l’activité économique coûte que coûte en dépit des contaminations records et que Frédérique Vidal a annoncé la tenue des partiels en présentiel, seuls les moments de loisirs sont mis sur la sellette, après deux ans de crise sanitaire pendant laquelle nombre de jeunes et d’étudiants se sont retrouvés isolés.

Au nom de la sélection, les étudiants sont en effet appelés à composer en présentiel dès le 3 janvier après un nouvel an sous le signe de la prudence au regard de la gravité de la 5e vague qui s’entremêlent à la progression fulgurante du variant Omicron. Un deux poids deux mesures qui n’est pas si étonnant de la part d’un gouvernement qui maintient coûte que coûte l’économie tout en prenant des mesures plus ridicules les unes que les autres – pas de consommation dans les transports publics, places strictement assises dans les restaurants, et fermeture des bars à 2 heures du matin pour la Saint Sylvestre.

Toujours est-il que la politique du ministère de l’enseignement supérieur est absolument criminelle. Alors qu’à Paris 1 au moins 16% des étudiants se déclarent positifs au covid, les examens dans des amphis bondés avec la présence des cas contacts – puisqu’ils ne sont pas admis en sessions de substitution, réservées aux malades – ont tout d’un scénario catastrophe.

En réaction sur les réseaux sociaux, de nombreux étudiants exigent le basculement en distanciel de tous les examens pour éviter la constitution de clusters géants : « N’oublions pas que nous côtoyons nous aussi des personnes à risque et que nous pourrions mettre leurs vies en danger... » expliquent les étudiants d’Aix-Marseille dans une pétition ayant récolté près de 2 500 signatures en quelques jours, ajoutant que « des personnes sont cas positifs et vont venir faire les partiels parce qu’elles n’ont pas le choix ».

Mais si elle est consensuelle et légitime, la revendication du distanciel emporte son lot de problèmes qui touchent principalement les étudiants précaires et/ou qui travaillent : les mauvaises connexions internet, les logements exigus sont une réalité. Une situation, qui si elle venait à être appliquée pour les examens, risquerait fortement d’être généralisée aux enseignements dès lors qu’ils souffrent des mêmes risques de contamination.

Or cette perspective est loin d’être réjouissante. Rappelons que lors des différents confinements successifs, le distanciel a été la cause du décrochage scolaire de bon nombre d’étudiants. Plus précisément, un sondage Ipsos commandé par la Fage montrait que 84% des étudiants interrogés (de 18 à 24 ans) se déclaraient en situation de décrochage ou en perte de motivation pour leurs études. Malgré les notations plus souples grâce aux enseignants, le distanciel aura donc été source d’une brutale sélection sociale pour les étudiants, et en particulier les étudiants précaires, pour certains obligés de continuer à aller travailler la boule au ventre et, pour d’autre, sans emploi et dans l’angoisse de ne pas savoir ce qu’ils allaient manger le soir. Mais l’isolement du distanciel, au-delà de renforcer la sélection sociale, participe à aggraver les symptômes dépressifs ainsi que la détresse psychologique des étudiants qui s’est brutalement incarnée l’année dernière en une vague de suicides en janvier dernier.

En réalité, le gouvernement pose un dilemme entre du présentiel à budget constant qui aggrave les risques de contamination et du distanciel qui n’arrange en rien la situation des étudiants. En effet, le manque de place dans les salles, le manque d’effectifs et le manque de matériels sanitaires participent à rendre le présentiel criminel, poussant les étudiants à lui préférer à contre-cœur les cours à distance qui les isolent, les dépriment, les sélectionnent plus durement encore. De plus, le distanciel ne fait pas si peur aux directions d’universités : les partiels à distance contribuent à sélectionner tout autant voire davantage que les partiels en présentiel, et une partie d’entre elles le préconise depuis plusieurs années pour faire des économies mais aussi anéantir la vie de campus qui emporte son lot de politisation… et de mobilisation.

Les étudiants ne devraient pas avoir à choisir entre leur santé physique et mentale au nom de la casse de l’université publique. Avec plus de 200 000 contaminations par jour, la priorité ne peut pas être à la sélection : tout étudiant devrait pouvoir valider son semestre tout en ayant la possibilité d’améliorer sa moyenne. De plus, au bout de la 5e vague, il s’agit d’exiger un vrai plan pour les universités : des tests, des masques FFP2, du gel gratuitement mais aussi des embauches massives et la titularisation de tous les précaires de l’université ainsi que l’ouverture de salles et de bâtiments pour accueillir dignement tous les étudiants.

Mais face à un gouvernement qui refuse de prendre des mesures conséquentes et continue de jouer avec nos vies pour privilégier les profits du patronat, de telles revendications ne pourront s’imposer que par le rapport de forces. En 2020, plusieurs conseils de vie universitaire et de formation votaient en faveur du 10 améliorable, sous la pression notamment des élus étudiants, et parmi eux ceux du Poing Levé à Paris 1. En janvier dernier, alors que le gouvernement avait décidé, tout comme cette année, de maintenir les partiels malgré la crise sanitaire, les étudiants de la Sorbonne s’étaient mobilisés pour obtenir l’annulation des partiels, dénonçant l’irresponsabilité que cela représentait d’un point de vue sanitaire mais également les inégalités sociales engendrées par une telle décision. Aujourd’hui, à l’heure où le gouvernement parie sur nos vies, il s’agit de reprendre le chemin de la mobilisation et de l’auto-organisation pour rappeler que les jeunes ne paieront pas la crise.

 
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