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La Izquierda Diario
14 de janvier de 2022 Twitter Faceboock

En marche vers la destruction de l’université
Études payantes, sélection sociale et filières d’élite : Macron promet d’en finir avec la fac publique
Philomène Rozan

Ce jeudi Macron était à la conférence des présidents d’université. A l’ordre du jour : remise en cause du principe de gratuité, sélection, professionnalisation et fac d’élite au service du patronat. Un plan d’attaque en règle contre l’université qui viendrait parachever des années de casses de l’université qu’arbore fièrement le président candidat pour séduire son électorat patronal.

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Crédits photo : ERIC PIERMONT / AFP

Ce jeudi 13 janvier, Macron était présent à la cinquantième conférence des Présidents d’Université et à cette occasion il a dessiné son plan d’attaques contre l’université publique, à mettre en place au prochain quinquennat. « Sélection », «  élite  », «  entrepreunariat  », «  rayonnement international  », «  attractivité  » étaient à l’ordre du jour.

La préparation d’une université d’élite, au total service du patronat

« Je souhaite continuer à viser plus d’excellence pour nos universités. Pour redonner de la visibilité et de la vigueur à nos établissements à l’international, nous avons d’ores et déjà construit de grands établissements mondialement reconnus. Il nous faut poursuivre cette restructuration des pôles universitaires français 10 ans après les IDEX qui y ont largement contribuée » a énoncé Macron. Il dessine ainsi les contours d’une université d’élite qui prendrait le pas sur les grandes écoles. Comme il l’a expliqué dans son discours il s’agit d’en finir avec ce qu’il reste de l’université ouverte et accessible pour imposer des filières sélectives à même d’entrer en concurrence avec les écoles de commerce ou d’ingénieur :«  Demain, ce sont nos universités qui doivent être les piliers de l’excellence, le centre de gravité pour la recherche comme pour la formation. Et d’ailleurs c’est ce que vous avez fait avec les grands sites universitaires ces dernières années.  » Dans ce sens il n’a pas hésité à se féliciter des positions de certaines universités françaises au classement de Shangaï et du fait d’avoir mis des moyens importants… pour faire « rayonner l’université  ».

Plus encore ce qui est au cœur du projet des classes dominantes, pour l’université de demain c’est une recherche qui soit construite sur mesure pour répondre aux impératifs économiques. L’université a vocation à devenir un moyen de sous-traiter les besoins de recherche et d’expérimentations des entreprises : « Les campus doivent devenir des lieux d’innovation en lien constant, étroit avec les acteurs économiques. Pour que chaque chercheur puisse, s’il le souhaite, créer ou contribuer à des entreprises dans les conditions les plus simples, les plus claires, et les plus fluides possibles. Beaucoup de lois, depuis les lois de 98 ont permis d’améliorer le système, on doit maintenant le faire vivre partout avec beaucoup plus de force. » Derrière ces félicitations qu’adresse Macron, on entend la satisfaction d’un gouvernement qui a déjà poussé avec la Loi de Programmation de la Recherche à investir dans des projets de recherches rentables plutôt que socialement utiles et nécessaires, et qui place les chercheurs et chercheuses en concurrence les un.e.s avec les autres en accroissant la sélectivité et les compétitivités. Et qui dit université et recherche au service du patronat, dit une recherche courtermiste dont le centre de gravité se situe sur la recherche de profit. Une situation qui a déjà conduit en 2008, à ce qu’un virologue qui travaillait sur les coronavirus se voit retirer ses crédits de recherche ou à ce que le président du Conseil d’Administration de l’Institut de Physique du Globe de Paris ne soit autre que le PDG de Schlumberger Service Pétrolier-France, ce qui en dit long sur l’orientation de la recherche à l’heure d’une crise écologique sans précédent. C’est dans ce sens que Macron a promis : «  En tout, ce sont près de 50 milliards d’euros qui vont venir irriguer la recherche française dans les prochaines années. Ces investissements ciblés dans des domaines stratégiques sont déterminants pour notre sécurité, notre souveraineté intellectuelle, académique, industrielle, énergétique, militaire et sanitaire. »

Sélection sociale et « professionnalisation de l’université »

Derrière la mise en place de fac d’élite ou de fac-école, se cache une radicale augmentation de la sélection sociale. Cette dernière est déjà en cours à la fois à l’entrée de la fac avec la mise en place de Parcoursup mais également au sein du parcours universitaire avec la sélection en Master. Si le projet de « Parcousup en master » a été repoussé par le gouvernement, la sélection est déjà en place avec des licences qui regroupent parfois des centaines d’étudiant.e.s et des masters qui comptent que quelques dizaines de places derrière. Pour autant le gouvernement cherche à aller plus loin encore et à exclure définitivement les classes populaires en finissant avec ce qu’il appelle « l’université de la démocratisation de l’enseignement supérieur et de la gestion des masses ».

Macron promet ainsi que « Les universités ne devront plus seulement garantir l’accueil des étudiants dans une formation, mais garantir l’orientation des jeunes vers l’emploi. » Il insiste «  En somme, elle [l’université] doit devenir plus efficacement professionnalisante car on ne peut pas se satisfaire de l’échec de nos étudiants dans les premiers cycles, ni du taux de chômage trop élevé des jeunes qui sortent de certaines filières universitaires. » Et pour cela en réponse en l’instauration d’une université d’élite, le gouvernement cherche à imposer des filières de secondes zones. C’est sans complexe que Macron décrit «  Il nous faudra donc aussi ouvrir plus de places dans certaines filières, notamment des filières courtes et professionnalisantes en apprentissage ou en alternance, ne serait-ce que pour éviter que les titulaires de bac pro en soient refoulés et échouent parfois dans des filières générales, d’autant que ces filières offrent à bien des talents la possibilité de s’épanouir et à bien des ambitions d’excellence de se réaliser. » S’ils cherchent à couvrir du mot excellence ces filières, elles permettent de répondre au besoin du patronat de main d’œuvre moins qualifiée et plus précaire. Ce projet s’inscrit dans la lignée des contrats d’engagement jeunes qui prévoient une allocation de 500€ pour tous les jeunes de moins de 26 ans sans formation ni emploi qui acceptent de suivre un parcours de 15 à 20 heures « d’accompagnement » par semaine. Une promesse de précarité de l’emploi pour sortir du chômage.

Mais Macron va plus loin encore dans le cynisme. Après deux années de crise sanitaire très dure dans la jeunesse, qui a notamment révélé une situation de précarité où un étudiant sur deux ne mange pas à sa faim, Macron ose dire que pour en finir avec la précarité étudiante il faudrait en finir avec le système universitaire actuel : «  On ne pourra pas rester durablement dans un système où l’enseignement supérieur n’a aucun prix pour la quasi-totalité des étudiants, où un tiers des étudiants sont boursiers et où, pourtant, nous avons tant de précarité étudiante et une difficulté à financer un modèle qui est beaucoup plus financé sur l’argent public que partout dans le monde pour répondre à la compétition internationale. » Pour répondre à la précarité étudiante qu’il a lui-même amplifiée – en baissant les APL par exemple- Macron entend donc exclure de l’université les couches les plus populaires, la rendre payante et des plus inaccessibles.

En finir avec l’université publique : un projet de longue date

Macron entamait son discours par ces mots : « Président, c’est la seconde fois que j’ai la chance d’être parmi vous. Et je suis heureux de revenir cette année à l’occasion du 50ème anniversaire de votre conférence et je dois dire : que de chemin parcouru en un demi-siècle  »… vers la destruction de l’université aurait-il dû ajouter. En effet depuis les années 90, les attaques se sont enchaînées avec d’abord la loi « Licence-Master-Doctorat » qui a permis entre autre l’instauration des notes éliminatoires, la fin dans une partie des universités de la compensation annuelle des notes ou encore de sessions de rattrapages organisées de manière très variée..- puis les LRU une et deux qui ont conduit à l’ « autonomie » des universités et dernière la loi ORE – qui a permis d’instaurer la sélection à l’entrée de l’université et la loi LPR, il y a deux ans.

La classe dominante cherche à mettre un terme à l’existence de l’université publique depuis déjà des dizaines d’années. L’actualité de la crise économique la pousse à mettre un coup d’accélérateur pour achever le projet. En faisant cette déclaration à la conférence des présidents d’universités Macron est déjà en campagne et se propose d’être le candidat qui mènera à bien ce projet. Pour autant on voit que quel que soit le président à la tête du pays, les contre-réformes n’ont cessé de s’enchaîner et quand la présidentielle compte comme candidate l’organisatrice de la LRU, Valérie Pécresse on sait que Macron ne sera pas le seul prétendant à la poursuite de ces attaques.

S’inscrivant dans la continuité de ces différentes attaques, les déclarations de Macron ne sont pas anodines en période électorale. Après avoir « emmerdé » les non-vaccinés, le Président « des jeunes » tente de s’adresser à son électorat pro-patronal qui en période de crise économique cherche à employer une main d’œuvre d’autant plus précaire et malléable.

La nécessité d’imposer un autre projet pour l’université et de le défendre par la lutte

A rebours de ce qui s’annonce pour les cinq prochaines années, il nous faut non pas seulement défendre l’université telle qu’elle est aujourd’hui, sélective et exsangue mais se battre pour imposer des moyens qui permettraient d’accueillir l’ensemble des personnes qui souhaiterait s’inscrire à l’université. C’est-à-dire qu’il faut imposer des embauches d’enseignants et la titularisation des précaires de l’enseignement supérieur. Il faut défendre une université ouverte à tous et toutes, en abrogeant toutes les réformes de sélection – Bac Blanquer, Parcoursup et Bienvenue en France – sans aucune condition d’inscription et entièrement gratuite.

Pour un véritable accès à l’université et en rupture totale avec le cynisme de Macron et du patronat, il est nécessaire de donner à tout.e.s les étudiant.e.s les possibilités matérielles de pouvoir suivre un enseignement dans des conditions d’études et de vie décente. Il faut imposer un revenu étudiant à hauteur du SMIC qui soit financé par un impôt fortement progressif sur les grandes fortunes –qui n’ont cessé de s’enrichir durant la crise sanitaire. Macron vante les bourses, mais celle-ci sont bien en dessous du seuil de pauvreté et dans la plupart des cas ne permettent pas de couvrir un loyer.

Pour justifier la sélection, la casse de l’université et la perspective de boulots précaires Macron agite la menace du chômage. Celui-ci touche en effet fortement la jeunesse avec 15% de chômage chez les 15-29 ans. Cependant, contrairement à ce que cherche à faire croire le président, le chômage des jeunes est loin d’être lié à leur sous-qualification ou à un problème de diplômes. La réponse à ce chômage de masse, qui touche particulièrement les jeunes qui n’ont –par définition- pas d’expérience professionnelle, doit donc être trouvée ailleurs que dans une réforme de l’université qui cherche uniquement à faire baisser les dépenses publiques. Alors que la loi travail, puis la loi travail XXL voulue par Macron ont permis d’accentuer la flexibilité du travail, donner une réponse cohérente au chômage de masse ne se fera qu’avec un partage du temps de travail entre tous et toutes, sans baisse de salaires. Plutôt que d’augmenter le temps de travail via la flexibilité, via des politiques salariales où les primes ont toujours plus d’importance, seule une telle mesure permettrait d’en finir avec le chômage de masse, et donc des jeunes.

 
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