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La Izquierda Diario
20 de janvier de 2022 Twitter Faceboock

DESTRUCTION DE L’UNIVERSITÉ
L’Université de Paris, laboratoire du modèle d’université rêvé par Macron
Antoine Weil
Le Poing Levé - Université de Paris

Jeudi 13 janvier, Emmanuel Macron a présenté les grandes lignes d’une future réforme structurelle de l’enseignement supérieur, avec comme objectif annoncé de rendre l’université payante. Le projet qu’il entend mettre en place à l’échelle nationale est déjà en parti testé dans quelques universités, notamment l’Université de Paris. Omniprésence des intérêts patronaux, sélection accrue et entraves à la liberté d’association : retour sur quelques éléments clés de cette fac, véritable laboratoire de l’université rêvée par Macron. 

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Crédit photo : LUDOVIC MARIN/AFP

Ce jeudi, devant la conférence des présidents d’université, Emmanuel Macron a présenté les grands traits d’une réforme de l’enseignement supérieur qu’il entend mettre en place lors du prochain quinquennat. Alors que la mesure la plus emblématique de cette attaque contre les droits des étudiants est la menace de renforcer considérablement les frais d’inscription, le président a dans le même temps énuméré les principaux éléments de cette réforme structurelle. De cette allocution est ressorti le projet d’une sélection renforcée, d’un lien accru avec le « secteur privé » et le développement de l’entreprenariat, l’importance du rayonnement international et de l’« attractivité  ». 

Si cette attaque d’ampleur contre la jeunesse représente un saut important dans la tendance lourde d’attaques contre l’enseignement supérieur, certaines universités concentrent déjà plusieurs caractéristiques du modèle rêvé par Macron. Parmi elles, l’Université de Paris, résultat de la fusion entre Paris Diderot et Paris Descartes. Entre sélection accrue, omniprésence des intérêts patronaux, notamment dans les instances de direction (Conseil d’Administration par exemple) et entraves au droit d’association et à la liberté de militer, l’Université de Paris apparaît en effet comme le laboratoire de l’université néo-libérale voulue par Macron, et dont il entend reproduire le modèle. 

Une fac ouverte aux intérêts patronaux

Depuis sa fondation en 2019, l’Université de Paris dispose d’un statut particulier, celui d’Établissement Public Expérimental (EPE) qui lui a permis d’instaurer des règles spécifiques en favorisant notamment la synergie avec les intérêts du patronat et la valorisation d’une recherche aux services des intérêts privés.
 
Par exemple, bien que toutes les universités accueillent des personnalités extérieures, souvent des représentants de grandes entreprises, cette situation est exacerbée à l’université de paris, où sur les 28 membres qui siègent au CA, on en trouve 12 qui ne sont pas élus au sein de la communauté universitaire, avec 4 membres de droits et 8 personnalités extérieures, parmi lesquels des PDG d’entreprises du CAC 40 et des hauts-fonctionnaires.On trouve donc Martin Hirsch, directeur de l’AP-HP, ou Olivier Peyret, le PDG de Schlumberger-France, entreprise pétrolière qui compte 32 milliards de chiffre d’affaires annuels, mais aussi la vice-présidente de l’assurance AG2R la mondiale, ou encore la directrice du développement social de LVMH, dans le conseil d’administration de la fac. Les intérêts patronaux sont dès lors largement représentés dans les instances de direction. Si de telles personnalités prennent le temps de siéger dans une université et donc d’en diriger les principales orientations, c’est parce qu’elles y voient l’opportunité de peser sur le choix des enseignements, et sur les orientations en matière de recherche. Les disciplines et thématiques de recherches utiles aux entreprises et au secteur privé, sont dès lors valorisées, au détriment des autres, laissées sans moyens. 

Dans le même sens, la direction de l’établissement est particulièrement soucieuse de se développer en direction du secteur privé, au point où la Président de l’Université estimait, en Conseil d’Amnistration, au sujet des budgets et de la recherche de nouvelles sources de financement que « Là où on a un terrain de développement c’est vis-à-vis du monde socio-économique et des entreprises ». Pour Olivier Peyret, représentant de Schlumberger il faut développer de nouvelles filières … : « Si on est capable de faire des formations adaptées au besoin, on aura des clients surtout dans le secteur privé ». Voilà comment les grandes entreprises envisagent, depuis les conseils d’administration, la fac de demain : à leur service, en façonnant une recherche non pas fondée sur l’intérêt commun, mais au service de leurs profits.

Cette fusion opérée entre université publique et intérêt des grandes entreprises correspond exactement au modèle qu’entend imposer Macron, qui estime que « Les campus doivent devenir des lieux d’innovation en lien constant, étroit avec les acteurs économiques. Pour que chaque chercheur puisse, s’il le souhaite, créer ou contribuer à des entreprises dans les conditions les plus simples, les plus claires, et les plus fluides possibles. Beaucoup de lois, depuis les lois de 98 ont permis d’améliorer le système, on doit maintenant le faire vivre partout avec beaucoup plus de force. »

Rayonnement international et sélection comme maîtres mots

Par ailleurs, Macron entend renforcer le caractère sélectif des universités, dans une volonté de se diriger vers un format « grandes écoles ». On retrouve cette même volonté à l’université de Paris, qui se concentre sur sa place dans les classements internationaux, et notamment le classement de Shanghai. C’est justement pour arriver à intégrer ces regroupements prestigieux, que les universités Paris Diderot et Paris Descartes ont fusionné, le but était d’additionner le nombre de prix et récompenses obtenus par les chercheurs des deux établissements.
 
Pour atteindre ce même objectif de se hisser dans les classements internationaux et concurrencer des facs d’élites à l’étranger, l’Université de Paris renforce la sélection. Officialisée en France depuis 2018, ParcoursSup et la Loi ORE, elle y est particulièrement forte grâce à plusieurs dispositifs, notamment en Master, où la fac supprime chaque année des places. En psychologie par exemple, certains étudiants expliquaient cet été à Révolution Permanente, que la majorité de la promotion de Licence 3 n’avait pas eu de place en master car l’établissement divisait par deux le nombres de places disponibles, afin de s’adapter aux « besoins du marché de travail », exactement comme le formule Macron, qui souhaite que « Les universités ne devront plus seulement garantir l’accueil des étudiants dans une formation, mais garantir l’orientation des jeunes vers l’emploi. » Dans le même sens, il poursuit : : «  En somme, elle [l’université] doit devenir plus efficacement professionnalisante car on ne peut pas se satisfaire de l’échec de nos étudiants dans les premiers cycles, ni du taux de chômage trop élevé des jeunes qui sortent de certaines filières universitaires. » .
 
Dans le même esprit, l’Université de Paris multiplie les doubles licences, par exemple en informatique, particulièrement sélectives, sans compensations et où le redoublement n’est pas permis. Elle augmente dès lors les moyens de manière ciblée dans une filière avec peu d’effectif, afin de former des étudiants qui rempliront la besoin des entreprises de main d’œuvre qualifiée, notamment en sécurité informatique, alors que le master spécialisé dans ce domaine est réservé uniquement aux étudiants en double-licence. 
 
On retrouve dès lors une université à deux vitesses, où à nouveau, seules sont financées les filières intéressantes pour le patronat, quand celles plus difficilement valorisables à leurs yeux, sont laissées sans moyens, au détriment des conditions d’étude et de la recherche.

Une série de mesures anti-démocratiques pour prévenir toute contestation

 A mesure que la direction de l’université de Paris avance vers un modèle de plus en plus sélectif, elle renforce ses aspects les plus anti-démocratiques et répressifs. L’exemple le plus parlant est sans aucun doute leur volonté au moment de l’écriture du nouveau règlement intérieur de l’université fusionnée de faire contrôler les réunions étudiantes par la préfecture. Dans le même sens au moment où une partie des étudiants et enseignants étaient mobilisés contre la LPPR- la direction cherchait à empêcher les réservations de salles pour les assemblées générales.
 
L’accès aux bâtiments est très souvent contrôlé par des vigiles, et une partie des accès fermés depuis plusieurs mois. Une dynamique qui n’est pas propre à l’université de Paris, le gouvernement lui aussi cherche à se préparer face aux possibles mouvements de contestation que pourrait engendrer son projet pour l’université : il a ainsi fait passer un amendement répressif à la LPR qui stipule que : « le fait de pénétrer ou de se maintenir dans l’enceinte d’un établissement d’enseignement supérieur sans y être habilité […] ou y avoir été autorisé par les autorités compétentes, dans le but de troubler la tranquillité ou le bon ordre de l’établissement  ».
 
En parallèle le gouvernement et les directions d’université cherchent à mettre au pas les étudiants, en menant une offensive idéologique et politique.
 
L’université de Paris notamment multiplie les entraves à la liberté d’association et d’expression politique. En décembre dernier, elle interdisait une réunion publique du Poing levé sous-prétexte qu’il ne fallait pas faire de politique ; et que pour avoir le droit de réserver une salle, il ne fallait pas parler d’Anasse Kazib, le candidat à la présidentielle de Révolution Permanente et du Poing Levé. Une manière de faire taire les voix contestataires qui pourraient s’élever, et d’empêcher toutes discussions politiques chez une jeunesse qui a de multiples raisons d’être en colère.

A l’échelle nationale, le gouvernement reprend la même stratégie : quand Macron annonce en une attaque sans précédent contre l’université publique, avec la menace d’une explosion des frais d’ inscription, quelques jours auparavant Jean Michel Blanquer organise un colloque à La Sorbonne contre le Wokisme. Ces derniers mois d’attaques contre l’ « islamo-gauchisme » sont un moyen de réprimer les discours universitaires critiques qui traitent des enjeux de race, de genre et de classe et qui, par là-même, remettent en cause la société capitaliste. Ces discours permettent d’imposer un carcan idéologique réactionnaire et cherchent à attirer le discrédit sur la jeunesse, accusée d’ être perméable aux idées intersectionnelles ou décoloniales, présentées comme un danger pour la démocratie.
 

Une université sélective, au service du patronat et répressive, voilà ce qu’offre l’université de Paris à ses étudiants. A mesure qu’elle cherche à exclure les classes populaires, elle tente de réprimer tout élément de contestations et de colère : c’est cette université que cherche à construire et à généraliser les classes dominantes. Ce laboratoire de ce qui nous est concocté pour le futur rappelle qu’il est urgent de se mobiliser et ce dès le 27 janvier, pour faire entendre la colère d’une jeunesse méprisée par Macron et son gouvernement. Pour obtenir l’abrogation des lois sélectives et répressives, pour défendre une université gratuite, ouverte à tous et toutes la réponse ne pourra se faire que par la mobilisation.
 

 
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