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La Izquierda Diario
20 de janvier de 2022 Twitter Faceboock

Protocole Ibiza
Malgré la colère, faible mobilisation dans l’éducation : qui sont les responsables ?
Antoine Bordas

Ce jeudi 20 janvier, une nouvelle journée de mobilisation était appelée dans le secteur de l’éducation, après la grève importante du 13 janvier. La dynamique n’a clairement pas été la même. Alors que le gouvernement n’a toujours pas répondu aux revendications et qu’un scandale autour de Blanquer a explosé en début de semaine, comment expliquer cette journée en demi-teinte ?

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La journée de mobilisation du 13 janvier a été présentée comme historique dans ce secteur, avec le taux de gréviste le plus fort depuis 2003, exprimant une colère profonde dans l’éducation qui dépasse la situation conjoncturelle générée par la crise sanitaire en l’absence de moyens et d’un protocole clair.

Malgré une colère qui reste présente, cette première impulsion n’a pas été renouvelée par une démonstration dans la rue ce jeudi. A Paris, l’un des rares endroits où une manifestation a eu lieu, la manifestation a ainsi réuni un nombre bien moins importants de manifestants que la semaine passée, malgré une ambiance combative.

À l’image d’Aurélien, prof dans le 93, la détermination à poursuivre le mouvement malgré la décrue de ce jeudi était bien présente : "Jeudi dernier on a montré que la grève sert encore à quelque chose, elle forçait trois ministres à venir le soir même discuter avec les organisations syndicales. Ils ont été obligés de venir se mettre autour de la table. Mais on sait qu’une journée de grève de 24h ne suffit pas. Toute une partie des annonces ne suffisent pas, notamment pour les masques c’est une obligation de l’employeur. Nous ne faisons pas grève pour seulement obtenir des masques ! Il faut maintenir la pression, la grève ça paye donc on la continue !"

Ailleurs, on a pu voir quelques manifestations, rassemblements, ou encore des blocages comme en Guadeloupe, dans un contexte particulier de mobilisation générale, qui se poursuit par ailleurs.

Si la colère est encore très présente et ce d’autant plus après le scandale du protocole sanitaire lancé depuis Ibiza par Blanquer, comment expliquer la réussite très mitigée de cette mobilisation ?

Menaces de répression et journées sans lendemain

Le principal facteur de la mobilisation en demi teinte de ce jeudi est le rôle joué par les centrales syndicales de l’éducation, qui en acceptant les miettes et le cadre de réunions bi mensuelles imposé par le le gouvernement jeudi dernier, ont clairement joué un rôle de contention du mouvement. Plus encore, à aucun moment il n’a été posé communément par les organisations de construire une mobilisation réellement sur le terrain par la construction d’assemblées générales et dans le temps, ce qui aurait permis d’aller plus loin qu’une journée sans lendemain, bien qu’historique, le 13 janvier.

Une situation vécue comme une trahison par tout un secteur parmi les personnels mobilisés de l’éducation et qui a généré une forte colère contre les directions syndicales, le SNES-FSU en tête.

Suite au 13 janvier et à la rencontre avec Jean Castex, les suites données à cette date sont tombées au compte goutte et timidement, les directions syndicales ayant été pressées par la déception et la colère qui se sont exprimées chez de nombreux personnels de l’éducation mobilisés.

Si la date du 20 a finalement été rejointe par plusieurs organisations syndicales à l’échelle nationale (SUD, CGT, SNES), l’appel à la grève est resté flou. Contraintes ainsi à appeler à de nouvelles journées devant cette colère, c’est sur le terrain de la stratégie perdante, entre journées saute-mouton, et flou artistique autour de l’appel à la mobilisation pour le 20, que les directions syndicales ont ensuite contribué à la démobilisation.

C’est ce qu’exprime lors de la manifestation à Paris Marion, prof dans le 93 : "malgré la colère profonde dans l’éducation, réclamant très largement la démission de Blanquer, et les revendications structurelles du secteur, les organisations syndicales ont malheureusement semblé se satisfaire à la sortie des annonces [de jeudi dernier]. Elles n’ont pas appelé à la reconduite immédiate et cela fait qu’aujourd’hui nous avons diminué le rapport de forces". Elle poursuit : "la mobilisation a été appelée tardivement, c’est pour ça que beaucoup de collègues du premier degré qui ont peiné pour se mettre en grève. Évidemment que quand une mobilisation est appelée au dernier moment, c’est délétère et nous ne sommes pas aussi massifs que la semaine dernière. Les organisations syndicales auraient dû appeler à la mobilisation dès le lendemain pour maintenir le rapport de forces !"

Combinées à cela, les tentatives d’intimidations du gouvernement à travers le préfet Lallement et la « non-autorisation » de la manifestation parisienne ont ajouté à la démobilisation mais aussi à la colère. Elise, prof dans le 93, commentait dans nos colonnes à juste titre : « Ils cherchent à invisibiliser la lutte, puisque les manifestations servent notamment à montrer la force et le nombre que l’on représente. Une nouvelle fois, c’est donc une tentative d’essayer de faire taire la mobilisation de la part du gouvernement. »

Une situation rêvée pour le gouvernement qui a manié maigres concessions, "dialogue social" et intimidations pour refermer au plus vite cette séquence.

Le 27 en ligne de mire, Ibiza n’est pas loin derrière

La perspective de la date du 27 janvier, appelée depuis décembre par les directions confédérales, a participé à décourager la mobilisation. Pour les directions syndicales de l’éducation, cette journée interprofessionnelle s’est à moitié transformé en prétexte pour ne pas construire la date du 20 janvier.

Aux lieux de capitaliser sur l’importante pression mise dans la rue et par la grève dès la première journée, cette temporisation a débouché sur une date intermédiaire qui a dilapidé la colère pourtant toujours présente dans l’éducation nationale. A l’inverse, le scandale autour de Blanquer et de son « protocole Ibiza » aurait pu pousser la mobilisation encore plus loin. Depuis les révélations, le ministre condense toute la colère et les moqueries, à l’image de la vidéo parodique qui a fait le tour du web.

Au regard des atermoiements des directions syndicales, il est nécessaire de développer les cadres nous permettant de tirer le bilan de cette journée du 20 janvier. Cela signifie œuvrer a massifier les assemblées générales, pour commencer à construire un plan de bataille qui soit réellement à la hauteur de la combativité exprimée le 13 janvier.

En effet, malgré le bilan de cette journée, celle du 27 est l’occasion de relancer la mobilisation et pourrait constituer un rebond pour le monde de l’éducation, dont la situation reste inchangée. Entre absences de réalisations des maigres promesses de Blanquer et allocution de Castex ce jeudi soir qui laisse entendre une fin rapide des protocoles, les difficultés sont vouées à se poursuivre.

Dans ce cadre, il est urgent de construire un rapport de forces pour imposer les revendications de l’éducation. Mais également de les élargir pour entraîner l’ensemble des services publics, à l’image de la santé, mais aussi du privé, qui se mobilisera le 27 pour les salaires.

 
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