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7 de mars de 2022 Twitter Faceboock

Attention spoiler !
The Batman : antihéros jusqu’au bout de la nuit
Arthur Nicola

The Batman, dernier sorti des studios DC Comics, signe le retour d’un des plus grands anti-héros du cinéma. Un nouveau lifting réussi dans l’ensemble, malgré les éternels errements d’Hollywood.

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Crédits : Warner Bros
Attention : spoiler. Cet article dévoile des éléments de l’intrigue.

Face au rouleau compresseur de l’univers Marvel, DC Films semble peut-être avoir trouvé une solution avec ce nouveau Batman. Plutôt que de raconter encore et encore le même film en changeant le super-héros et ses pouvoirs comme le fait Marvel, critiqué à juste titre par Francis Ford Coppola comme un modèle fondé sur « un prototype de film qui est dupliqué à l’infini », le studio a pris la tangente. On pourrait avoir peur d’un dixième Batman, sous la direction d’un cinquième réalisateur, et pourtant, narrer une fois de plus, dans une ombre nouvelle, Bruce Wayne et son pendant nocturne, s’est avéré pleins de promesses.

La critique globalement positive de ce nouvel opus ne semble pas s’être égarée face au nouveau tandem Matt Reeves (à la réalisation) et Robert Pattinson. Il faut dire que les deux opus précédents, dirigés par Zack Snyder, avaient sombré dans des films de démolition purs et simples, laissant ce qui fait de Batman ce super héros à part, privé de pouvoir si ce n’est une fortune démesurée. Robert Pattinson, qui semblait presque à première vue trop parfait, trop dark et dépressif pour le rôle, remet finalement le vengeur masqué face à sa propre réalité : incapable de « faire la différence » comme il se l’avoue lui-même dans son journal de bord, où toutes les nuits se ressemblent. Impuissant face à la violence de Gotham, où (comme d’habitude), la criminalité est en hausse, Batman semble épuisé, comme Bruce Wayne qui a pratiquement laissé de côté la plus riche entreprise de la ville.

Seule une nouvelle obsession semble pouvoir sortir Robert Pattinson de sa léthargie, ce qui est chose faite lorsque que le maire de la ville est violemment assassiné, laissant derrière lui un orphelin, et une énigme défiant le Batman. Alors que « Riddler », ce nouveau nemesis enchaîne les meurtres, tous plus sordides les uns que les autres, annonçant sur les réseaux sociaux et la télévision que la « vérité » sur Gotham va bientôt être révélée, Bruce Wayne se retrouve face à ce qui pouvait peut-être le déstabiliser le plus : la remise en cause de la figure paternelle, érigée systématiquement en héros bienfaiteur, philanthrope, injustement assassiné. Et si la famille Wayne avait aussi son linge sale ?

Avec ce beau retournement de situation, le riche milliardaire défendant l’ordre de Gotham contre ses truands finit au même niveau que ses pires crapules. Matt Reeves et Peter Craig au scénario signent un thriller haletant, sombre à souhait, où Robert Pattinson finit par n’être qu’une silhouette dont la présence semble être plus importante au son qu’à la vue. Visuellement, Matt Reeves propose un réel renouvellement, plus posé, évitant le sur-cutting des films du genre, bref : un film plein de promesses.

Si les deux premières heures sont parfaitement exécutées, poussant le héros dans ses retranchements face à un assassin vengeur qui cible petit à petit les politiciens les plus véreux de la ville, promettant la « vérité » sur les liens entre la mafia et la classe politique. Et alors que « Riddler » est finalement arrêté, un dialogue magistral vient finalement par poser la question : si Bruce Wayne et Batman semblaient alors comme le Dr Jekyll et Mr. Hyde, c’est maintenant Batman et son antagoniste meurtrier qui sont mis dos à dos, ayant chacun pour obsession de mettre fin à la corruption de Gotham, et dont seules les méthodes divergent. Le film aurait pu s’arrêter là, laissant au spectateur le soin de juger la réelle différence entre ces deux vengeurs -masqués tous les deux- et la moralité de leurs actions.

Mais rassurez-vous, les scénaristes hollywoodiens, plutôt que de prendre leurs spectateurs pour des adultes capable de réflexion, prennent les devants en transformant subitement « Riddler », jusque-là un meurtrier voulant déballer publiquement -via des assassinats- les liens crasses entre la police, les barons de la drogue, et les hommes politiques, en un terroriste de masse qui, comme « plan final » décide d’inonder tout Gotham, tuant en arrière-plan des milliers d’innocents. Là où le film aurait pu réellement prendre de la hauteur (et s’épargner trente minutes de destructions urbaines massives), Hollywood finit donc par faire retomber le soufflé, infantilisant ses spectateurs, visiblement incapables de faire la différence entre un meurtrier, un vengeur masqué, et un terroriste.

 
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