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2 de mai de 2022 Twitter Faceboock

Condamner les violences, mais lesquelles ?
Mélenchon condamne les "violences" de manifestants et demande plus de répression
Rafael Cherfy, responsable section CGT Chronodrive

Plutôt que de condamner les violences policières, Jean-Luc Mélenchon s’est fendu ce 1er mai d’un tweet dénonçant les « violences parasites ». Le dirigeant insoumis s’aligne ainsi sur le jeu préféré de Macron, celui de la division entre « bons » et « mauvais » manifestants, interpellant même le préfet Lallement sur son maintien de l’ordre. Mais à quoi joue Mélenchon ?

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Crédit Photo : AFP

Une semaine après la réélection de Macron, les manifestations du 1er mai 2022 ont réuni plus de 210 000 manifestants selon la CGT avec des cortèges partout en France.

Si les manifestants étaient venus revendiquer une hausse des salaires et des pensions, affichant leur opposition à la politique que s’apprête à mener le président réélu, une véritable offensive médiatique s’est mise en place pour concentrer le débat sur « les violences des manifestants », notamment dans le cadre du cortège parisien. Avec des images de poubelles brûlées et de dégradation de vitrines qui tournent en boucle, les médias installent ainsi l’idée que le 1er mai aurait semé le chaos dans la capitale. Dans la foulée, le ministre de l’Intérieur s’est empressé de dénoncer « des casseurs qui viennent perturber les manifestations » appelant « chacune et chacun et notamment Monsieur Mélenchon à condamner ces violences et à lever toute ambiguïté avec l’ultra-gauche. »

Ces offensives « contre les violences des manifestants » sont un grand classique de la criminalisation du mouvement social opéré par la presse et les responsables politiques. Et l’opération est connue et usée jusqu’à la moelle : il s’agit de mettre en avant les quelques « poubelles brûlées » pour jeter l’opprobre sur les mobilisations, et ainsi les discréditer aux yeux de la population. Dans le même temps, l’opération permet de justifier la répression policière, et les interpellations massives. Ce type d’instrumentalisation peut être clairement illustré par de multiples exemples comme l’affaire du McDonald’s d’Austerlitz lors du 1er mai 2018 qui avaient permis de légitimer une répression de tout le mouvement social.

Pourtant, la violence n’est pas du côté des manifestants. Comme par habitude, ce 1er mai a été marqué par la répression policière dans plusieurs villes comme Rennes, Nantes ou encore Paris avec plus de 54 manifestants interpellés selon Gérald Darmanin. Dans la capitale un important dispositif policier a chargé et gazé la tète du cortège à intervalles réguliers. Arrivé à la place de la Nation, les manifestants ont été piégés par une nasse policière bloquant toutes les issues, ce qui a donné lieu à l’utilisation de grenades lacrymogènes, assourdissantes ou de désencerclement, accompagnées de coup de matraques et d’interpellations nombreuses. En comparaison, les dites « dégradations » sont symboliques. La violence, c’est bien celle de la police et de leur système capitaliste.

L’Union Populaire condamne les manifestants, mais pas la répression policière

Face à l’offensive médiatico-politique contre « la violence des manifestants », les interpellations des directions des organisations appelant à manifester par le ministre de l’Intérieur sont là aussi habituelle. L’opération du ministère de l’Intérieur vise à rejeter les « violences » sur les dirigeants qui en réponse doivent les condamner, opérant ainsi une division entre les « bons » et « mauvais » manifestants.

Dans ce cadre, Mélenchon a tenté de prendre l’Etat de vitesse, exprimant son « ras-le-bol » dénonçant que « le préfet de police savait » et qu’il est « incapable de garantir le droit de manifester en paix ». Alexis Corbière lui aussi a surenchérit affirmant que « le dispositif policier n’était pas à la hauteur » avant de déclarer « les casseurs cassez vous ».

La sortie de Jean-Luc Mélenchon et des figures de l’Union populaire est particulièrement réactionnaire. Non seulement, elle s’inscrit totalement dans cette offensive contre les manifestants, les divisant entre d’un côté les « mauvais manifestants » responsable de « violences parasites » et de l’autre aux « bons manifestants » mais elle invisibilise totalement la répression policière du 1er mai.

Elles s’inscrivent dans la continuité des déclarations de Fabien Roussel qui a affirmé de son côté que « les violences en marge de la manifestation du 1er mai sont inacceptables » ou d’Olivier Faure qui a parlé de « violence insupportable ». Aussi, Julien Bayou, du parti EELV (Europe Ecologie Les Verts) avec lequel les insoumis viennent de signer un accord en vue des législatives, a surenchéri expliquant : « Jean-Luc Mélenchon a raison, le fait de pouvoir manifester en paix n’est pas assuré par la préfecture de police ».

Une interpellation du préfet de Police sur le maintien de l’ordre particulièrement problématique et pour cause ! Elle appelle in fine à plus d’encadrement des manifestations. Or, on connaît bien comment fonctionnent ce prétendu encadrement depuis des années : nasses mobiles exerçant une pression sur les manifestants, interpellations préventives, charges contre les cortèges divisés à la moindre opportunité pour s’en prendre aux manifestants de tête, etc... Autant de pratiques qui restreignent toujours plus notre droit de manifester.

Dans la tradition du mouvement ouvrier, il n’a jamais été admis de confier à la police, force de répression de l’Etat bourgeois, le soin de s’occuper du bon déroulement d’une manifestation. Revendiquer un meilleur dispositif policier revient à revendiquer « une meilleure répression », avec plus d’arrestations et de contrôle des manifestants par la police. A l’inverse de condamner les manifestants, le rôle des directions politiques et syndicales est en premier lieu de dénoncer la répression, et les manœuvres de divisions entre bons et mauvais manifestants. Ne pas condamner la première violence qui est d’abord la violence d’État, c’est servir de caution au gouvernement et à son bras armé.

Si ces positions de la France Insoumise sur la police ne sont pas nouvelles, déjà en 2019, Manon Aubry, candidate LFI aux européennes, reprochait au Ministère de l’intérieur de ne pas mieux utiliser ses capacités de répression, elles s’inscrivent dans un contexte particulier. Pour la première manifestation de Macron 2, Mélenchon envoie des signaux de sa volonté d’un maintien de l’ordre à la hauteur. Une réponse qui a le mérite d’être clair : pour ceux qui n’auraient pas choisi « d’économiser des kilomètre de manifestation », le dirigeant de l’Union Populaire condamnera les mobilisations qui, comme celles des Gilets jaunes, iront au-delà du cadre fixé par le gouvernement et ses forces de police. Par ces déclarations, Mélenchon rappelle qu’il se situera bien du côté de l’ordre et son maintien.

 
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