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3 de mai de 2022 Twitter Faceboock

Manifestation
Pompier agressé le 1e mai. Instrumentalisation du gouvernement, deux poids deux mesures de Mélenchon
Ariane Serge

Le 1e mai à Paris, une manifestante a tenté d’empêcher un sapeur-pompier d’éteindre un feu de poubelle. Un acte qu’il s’agit effectivement de condamner, tout autant que son instrumentalisation par la droite qui vise les électeurs de l’Union Populaire. Cependant, la position prise par Mélenchon tout au long de ce 1er mai est très problématique : s’il a condamné l’acte de la manifestante, Mélenchon n’a à aucun moment dénoncé les agressions policières de ce 1er mai. Pourquoi ce deux poids deux mesures ?

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JOCARD/AFP

La scène a fait le tour des plateaux télé depuis dimanche après-midi. Lors de la manifestation parisienne traditionnelle du 1e mai, une street-médic accoure vers un pompier qui tente d’éteindre un feu de poubelle et le bouscule pour lui arracher son tuyau avant de lui asséner des coups sur le casque. Elle sera interpellée et placée en garde à vue pendant 48 heures, et risque désormais jusqu’à trois ans de prison et 45 000 euros d’amende pour violences volontaires sur personne dépositaire de l’autorité publique.

Depuis dimanche, cette scène est relayée en masse par les médias et l’extrême-droite pour pointer du doigt la « violence » des manifestants. Sur RMC, le policier du syndicat d’extrême-droite Alliance s’insurge – « La délinquante qui a agressé ce pompier ne prendra rien, peut-être un rappel à la loi, peut-être des TIG mais pas de la prison ferme ! » – appelant à davantage de répression judiciaire.

Une polémique qui vise les insoumis et l’ensemble du mouvement social

Au-delà de l’extrême-droite qui s’agite pour exiger un durcissement légal des peines à l’encontre des manifestants, l’acte de cette street-médic à l’égard d’un sapeur-pompier de Paris – qu’il s’agit de condamner – sert de prétexte à une offensive contre les insoumis et par ricochet contre le mouvement social. Il s’agit donc de dénoncer avec force cette instrumentalisation.

Déjà en amont des manifestations, l’exécutif annonçait la mise en place d’un important arsenal répressif : « Dans la capitale, on craint surtout, en amont du cortège syndical, une «  nébuleuse Gilets jaunes-ultragauche  », qui sera particulièrement surveillée par un dispositif policier qualifié d’«  assez important  » avec 2 000 à 3 000 policiers et gendarmes réquisitionnés » pouvait-on lire dans Le Journal du Dimanche.

Dans le cadre d’une telle tension, au cours de la manifestation, une femme a tenté d’empêché un sapeur-pompier d’éteindre un feu de poubelle. L’image d’une manifestante s’en prenant à un pompier sert ainsi à valider la thèse du ministère de l’Intérieur et à évacuer toute critique du dispositif policier qui a fait de nombreux blessés parmi les manifestants. C’est le sur lendemain, qu’en un temps record – qui contraste avec celui pris pour identifier les agresseurs d’extrême-droite du prêtre à Nice ou du rugbyman Aramburu – plusieurs médias ont tenu à dresser le « portrait » de cette manifestante.

Un article publié sur France inter explique que la street-médic est une infirmière qui a participé aux manifestations des Gilets jaunes et contre le pass sanitaire. L’article précise que l’interpellée a voté Mélenchon, comme l’indique une photo d’elle dans l’isoloir le 10 avril dernier. Une information aussitôt reprise par la droite, qui accuse La France Insoumise d’avoir comme base électorale des gens qui détruiraient La France.

L’opération est grossière : elle vise à utiliser le moindre fait pour viser ceux qui ont mis bulletin dans l’urne pour Mélenchon et qui manifestent en les décrivant comme étant en proie à une « radicalisation ». Une offensive qui vise l’ensemble du mouvement social.

Mélenchon condamne l’agression du pompier, mais jamais les agressions policières : pourquoi ce deux poids deux mesures ?

Face à cette offensive, ce mardi, Jean-Luc Mélenchon a répondu du tac au tac à cette polémique en se désolidarisant de l’acte de la manifestante sur Twitter : « Je ne suis pas responsable des actes des électeurs de l’UP. Je condamne l’acte absurde de cette femme ». Dans la même veine, le député France Insoumise Alexis Corbière a pointé du doigt « un lâche et un sale type qui fait le jeu de tous ceux qui veulent flétrir ce beau premier mai ».

S’il est évident qu’il ne s’agit aucunement de cautionner cet acte, la position de Mélenchon dans l’ensemble du 1 er mai est problématique. En effet, comment condamner cet « acte absurde », après avoir gardé le silence total sur la question des agressions policières de ce 1er mai ?

Il s’agit d’un deux poids de mesures très problématique, et qui finit par faire le jeu de la condamnation des manifestants, qu’il avait opéré sans vergogne ce 1er mai en tenant les « mauvais » manifestants pour responsable des « violences parasites ». Le leader de l’Union Populaire est même allé jusqu’à revendiquer plus d’encadrement policier et de répression dans les manifestations, accusant le préfet Lallement de laxisme vis-à-vis du cortège de tête.

Cette position qui participe in fine à invisibiliser et justifier les violences policières, n’a rien d’inédit pour La France insoumise. Elle témoigne au contraire de l’importance du volet sécuritaire dans le projet politique de l’organisation. En effet, la candidate aux européennes Manon Aubry avait appelé le gouvernement à « arrêter les casseurs » pendant le mouvement des Gilets jaunes, et dénoncé un « arsenal juridique insuffisant ». En juin 2020, Jean-Luc Mélenchon avait pris la parole pour BFM TV : « ce que [« les casseurs »] font est absolument condamnable (…) tout le monde a compris que ce sont des éléments anti-ouvriers, anti-salariés ». En 2016, alors que la police de François Hollande opérait un sauf répressif contre la mobilisation anti Loi El Komhri, le leader de La France insoumise fustigeait « les violents [qui] isolent et minorent les mouvements sociaux en même temps qu’ils en violent le message ».

Normaliser et légitimer les violences policières ou les dénoncer ?

En effet, au delà de l’acte condamnable de cette femme, ce qu’il faut en premier lieu dénoncer, ce sont les violences policières importantes qui ont eu lieu lors de cette manifestation du 1 er mai. Ainsi, de nombreuses violences policières et interpellations ont eu lieu. À Paris, la Place de La Nation, qui constituait le point d’arrivée de la manifestation déclaré en préfecture, a été nassée pendant plusieurs heures. Les grenades lacrymogènes et les grenades de désencerclement ont été utilisées, blessant de nombreux manifestants. À la fin de la journée, Gérald Darmanin s’est enorgueilli de pas moins de 54 interpellations sur le territoire national.

Plus largement, l’indignation des médias et de la droite vis-à-vis de l’agression de ce pompier tranche considérablement avec le traitement accordé aux violences commises par la police à l’encontre des pompiers qui manifestaient pendant le mouvement des Gilets jaunes ou contre la réforme des retraites. En janvier 2019, un pompier volontaire est blessé gravement à la tête par un tir de LBD. Trois ans plus tard et conservant des séquelles importantes, il attend toujours son jugement, dans l’indifférence de la classe politique si prompte à dénoncer la scène du 1e mai. En ce sens, la première responsabilité des dirigeants de La France Insoumise devrait être de dénoncer les violences policières.

Ne pas le faire, comme le fait Mélenchon en ce premier mai, tout en pointant le laxisme du préfet Lallemand, c’est se montrer enclin à l’adoption de mesures sécuritaires et répressives qui seront précieuses pour le pouvoir lors des prochaines explosions sociales. Bien que se faisant au nom du droit de manifester – la rhétorique visant à séparer le « bon » manifestant du mauvais – l’objectif est d’incarner au mieux un profil « présidentiable » ou plutôt, « ministérialisable ».

 
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