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La Izquierda Diario
16 de juin de 2022 Twitter Faceboock

Souffrance au travail
Canicule. Le patronat joue (comme toujours) avec la vie des travailleurs au nom de ses profits
Ariane Serge

Alors qu’est enregistrée la canicule la plus précoce en France et que les températures vont atteindre les 42 degrés samedi, les travailleurs sont sur-exposés à toutes les conséquences néfastes de ces fortes chaleurs. Tandis qu’ils risquent leur vie pour les profits des patrons, ces derniers se prélassent dans des bureaux climatisés.

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PHILIPPE LOPEZ / AFP

Chaque année, les conséquences du réchauffement climatique entrainent la réalisation d’un triste record : celui des températures les plus extrêmes. Cette fois-ci, la canicule est enregistrée très tôt au mois de juin et pourrait atteindre les 42 degrés samedi dans plusieurs départements placés en vigilance rouge par Météo France.

Une situation critique, intimement liée au réchauffement climatique, qui a des conséquences graves à bien des égards. En effet, les fortes chaleurs frappent les populations les plus vulnérables, tandis que les hôpitaux font systématiquement face au manque de moyens, d’autant plus ces dernières années marquées également par la pandémie de Covid-19.

Mais au-delà des plus jeunes et des plus âgés, ce sont également les travailleurs qui sont sur-exposés aux conséquences néfastes des épisodes de canicule. Selon l’Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles (INRS), le fait de travailler lors des hausses de température peut entraîner « une défaillance aiguë de la thermorégulation associant une hyperthermie majeure (température corporelle au-dessus de 40 °C) et des signes neurologiques et notamment : troubles du comportement, confusion mentale, délire, troubles de la conscience, voire coma ». Une situation tristement courante dans les métiers les plus exposés à la chaleur, principalement dans les secteurs ouvriers et agricoles. En 2020 selon Santé Publique France, douze travailleurs sont morts « en lien possible avec la chaleur », « dont 5 en lien avec une activité d’agriculture ou de sylviculture ». En Espagne selon une étude barcelonaise, les chaleurs extrêmes pourraient provoquer près de 3% des accidents de travail en Espagne, soit environ 500 000 incidents.

Des chiffres qui donnent à voir l’ampleur du phénomène, bien loin d’être un cas isolé, et dont les fondements sont la course au profit des patrons. En effet, au-delà de la chaleur en elle-même, ce sont bel et bien les conditions de travail terribles qui sont en cause. Alors que le Code du travail n’impose aucun plafond légal de température au-dessus duquel l’employeur ne peut plus faire travailler ses salariés, l’INRS indique seulement des recommandations : 28 °C pour un travail physique, 30 °C pour un travail de bureau, 33 °C au-delà desquels les risques augmentent verticalement.

En réalité, non seulement ces seuils sont systématiquement dépassés mais les travailleurs n’ont quasiment aucune ressource pour faire face à de telles chaleurs. Dans les usines, les climatisations sont quasiment inexistantes : « dans notre atelier, il fait 40°C. Un été, on s’est même rendu compte que les chevaux du patron qui sont à côté de l’usine avaient plus de ventilateurs que nous donc on a tapé du poing sur la table et on a obtenu des refroidisseurs d’air » témoigne Gaëtan Gracia, ouvrier dans la sous-traitance aéronautique et militant CGT.

Et si n’importe quelle activité professionnelle est douloureuse, les travailleurs des secteurs ouvriers et agricoles sont en 1e ligne. Dans les transports publics, les conditions sont similaires : « la plupart des bus et métros n’ont aucune climatisation, ce qui est invivable en heure de pointe » nous explique un machiniste à la RATP. « Au technicentre de Châtillon on travaille en plein cagnard, et il fait encore plus chaud à l’intérieur des motrices de TGV. C’est invivable et face à ça la direction nous donne des Mister Freeze » abonde un cheminot.

Pour éviter de faire face à la colère des travailleurs et de se voir épinglés pour manquement à l’obligation de sécurité sans toutefois porter atteinte à leur portefeuille, les employeurs ont tenté de mettre en place quelques subterfuges.«  Il y a un an, la RATP a arrêté de nous fournir des bouteilles d’eau et nous a donné une gourde. Mais si on ne l’oublie, c’est fini.. Il existe bien une "note forte chaleur" à partir de 28°, qui est censé nous permettre plus de temps aux machiniste au terminus. Le problème c’est que beaucoup de régulateurs ne transmettent pas l’info et qu’elle pas assez appliquée  » poursuit l’agent RATP.

Des conditions d’autant plus pénibles que les tenues professionnelles sont souvent très chaudes. Là encore, c’est liberté totale pour le patron comme l’a rappelé la Cour de cassation en 2003 avec son célèbre arrêt « Bermuda » en validant le licenciement d’un salarié qui avait décidé de venir en short au travail pour mieux supporter une période de canicule. Dans le même sens, Gaëtan explique que les chefs d’atelier contrôlent que les ouvriers mettent correctement leurs bleus de travail et refusent même que les pantalons soient retroussés.

En réalité, ces épisodes de chaleur montrent à nouveau que les patrons privilégient systématiquement leurs profits sur les vies des travailleurs. Pour faire face à l’urgence d’une telle situation qui fait prendre des risques considérables à des milliers d’entre eux, l’auto-organisation pour exiger la mise en place de systèmes de climatisation, de points d’eau et de tenues adaptées aux fortes chaleurs est un impératif. En parallèle, dans les secteurs comme le BTP ou l’agriculture qui nécessitent un travail à l’air libre impliquant une impossibilité de travailler dans de bonnes conditions, il est impératif d’exiger la mise à l’arrêt de ces secteurs pendant le pic de chaleur.

Mais alors que le patronat exprime de manière particulièrement aigüe pendant la canicule son mépris pour la santé de celles et ceux qu’il exploite, les travailleurs ne peuvent absolument pas compter sur lui pour freiner sa marge de profit pour améliorer leurs conditions de travail. Ainsi, à l’instar des mobilisations et droits de retrait collectifs durant la pandémie qui ont imposé la fermeture de certaines usines non essentielles voire la réorganisation de la production d’autres, c’est aux travailleurs de réfléchir à réorganiser le rythme de la production afin de ne pas s’exposer aux températures les plus difficiles.

 
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