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17 de juin de 2022 Twitter Faceboock

Education
Ndiaye annonce une « grande concertation » sur l’école pour mieux faire passer ses contre-réformes
Hélène Angelou

Ce mardi Pap Ndiaye annonçait la « grande concertation » à venir sur l’école, coup d’envoi de l’offensive de Macron II contre les travailleurs de l’éducation. Si la méthode se veut nouvelle, renouant avec le dialogue social, la ligne politique reste dans la continuité de Blanquer et prévoit d’aller plus loin encore dans la libéralisation du secteur en remettant en cause le statut.

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Crédits photo : REUTERS/Christian Hartmann

Ce mardi 14 juin, le nouveau ministre de l’éducation Pap Ndiaye annonçait au sortir du conseil des ministres une «  grande concertation  » sur l’école dès la rentrée de septembre et d’ici à la fin de l’année 2022.

Annoncée dès la campagne pour les élections présidentielles comme l’un des grands chantiers du deuxième quinquennat Macron, l’offensive contre les travailleurs et travailleuses de l’éducation voit donc s’ébaucher un premier calendrier. Si la méthode se veut nouvelle, selon la formule répétée par Macron depuis sa réélection, la politique, elle, reste exactement la même : la casse de l’éducation publique et la privatisation de l’éducation.

Une « nouvelle méthode » pour une même politique dans la continuité de Blanquer

La nomination de Pap Ndiaye devait incarner pour la macronie un changement de méthode par rapport à un Blanquer autoritaire qui avait cristallisé la colère des travailleurs et travailleuses de l’éducation. Son arrivée au ministère visait précisément à donner des gages afin de faire croire à un changement de ton et cherchait ainsi à concilier syndicats et corps enseignant, après de fortes contestations durant le ministère Blanquer, culminant avec la grève historique du 13 janvier dernier.

Un retour du « dialogue social » qui n’est d’ailleurs pas limité à l’éducation mais que Macron entend généraliser, à l’image de la création du « conseil national de la refondation ». Ce recours aux corps intermédiaires – que le macronisme s’était jusque là fait une spécialité de piétiner – s’explique par les fragilités et contradictions de ce second quinquennat, marqué par une faible légitimité et une étroite base sociale, dans un contexte économique difficile.

Ndiaye annonce en ce sens un dialogue « de terrain », sous la forme « d’un débat, d’échanges décentralisés, dans l’ensemble des établissements scolaires, de manière à ce que les professeurs, les parents d’élèves, les personnels administratifs et de direction et d’autres acteurs de la vie locale puissent réfléchir sur leur école », précisait le ministre, affichant une volonté de rupture sur la forme.

Mais si l’emballage change, le programme de guerre sociale énoncé par Macron durant sa campagne reste inchangé, comme l’ont d’ailleurs rappeler d’une même voix Macron et son ministre Ndiaye lors de leur déplacement à Marseille.

En ce sens, la consultation annoncée par Ndiaye vise surtout à mieux faire passer les contre-réformes par un semblant d’échanges, sans toucher au fond. Le ministre expliquait ainsi que le « pacte avec les enseignants » fixera le cadre des négociations : un « pacte » dont Macron expliquait en mars dernier qu’il est la pierre angulaire de la libéralisation du secteur.

En ce sens, si le ministre est resté volontairement très vague quant aux prochaines attaques, deux thèmes évoqués illustrent bien l’offensive à venir : la question des salaires et celle de la contractualisation.

Derrière les pseudo-annonces sur les salaires, la casse du statut

Dans la lignée des éléments de langage de Blanquer à la fin du précédent quinquennat, Ndiaye a osé affirmer vouloir « poursui[vre] la revalorisation des professeurs, engagée sur la seconde partie du précédent quinquennat », alors même que le niveau de vie des personnels s’est considérablement dégradé – et ce d’autant plus dans un contexte d’inflation galopante. Et que les très bas salaires de l’éducation sont le produit d’une politique consciente, à base de gel du point d’indice et d’une précarisation du secteur.

La revalorisation, s’est empressé d’ajouter le ministre, restera soumise à plusieurs conditions, dont la principale consiste en l’introduction du salaire au mérite – « mieux reconnaître l’engagement de chacune et chacun des professeurs, mais aussi repenser les dynamiques et les évolutions de carrière » selon Ndiaye – « dans le cadre du pacte avec les enseignants ». Une mesure qui constitue donc en une véritable remise en cause du statut puisqu’elle devrait s’accompagner de l’introduction de plusieurs grilles indiciaires et donc d’une rupture de l’égalité de traitement comme l’avait avancé Macron en mars dernier.

C’est donc au prix fort que les enseignants devraient payer cette pseudo revalorisation salariale, qui revient ni plus ni moins en une déclinaison du « travailler plus pour gagner plus », et une façon de chercher à rendre acceptable la casse du statut et des conditions de travail.

La promesse d’une précarisation toujours plus grande et d’une dégradation des conditions de travail

A ce titre, la poursuite de la politique de précarisation de l’éducation a été assumée par Pap Ndiaye qui a cherché à la justifier au nom de la « pénurie » d’enseignants.« Pour répondre à des urgences, nous faisons appel à des enseignants contractuels » a ainsi affirmé le ministre qui entend continuer la politique de contractualisation.

Or, cette « pénurie » a été organisée par les gouvernements successifs et notamment par les réformes Blanquer. A l’image d’une part de la réforme des concours de l’enseignement qui a pour conséquence directe une réduction du nombre de potentiels candidats au concours (puisqu’il faut désormais avoir validé au moins un master 1 MEEF pour se présenter au concours) et une précarisation accrue du secteur puisque les étudiants en MEEF se voient désormais attribués 8h de cours en responsabilité pour des salaires très faibles de 693€ à 980€ net par mois, et forment un vivier de professeurs mal rémunérés, sans aucune garantie de titularisation celle-ci restant assortie à la réussite au concours. D’autre part via des conditions de travail dégradées et une déréglementation des salaires des enseignants du privé, enclenchant un processus rampant de privatisation.

Au-delà du verni progressiste, une continuité dans la bataille idéologique

Et si Pap Ndiaye embrasse la politique néolibérale de casse de l’éducation et les méthodes managériales brutales qui l’accompagnent, les fils de continuité existent également dans le volet de la bataille idéologique.

Marque de fabrique du blanquerisme, la lutte idéologique à coup de dénonciations en islamo-gauchisme articulée à une politique répressive visant à une éducation « marche au pas » empruntées à la droite dure, trouve en Ndiaye son successeur. Par delà le verni progressiste qu’il était censé incarné, le nouveau ministre a ainsi appuyé la répression menée par son prédécesseur, à l’image des six professeurs de Pasteur, mutés de force, ou encore de son appui à la répression des deux professeurs « chantillyonneurs ».

Interrogé sur les « tenues islamiques » à l’école, nouveau cheval de bataille de l’offensive islamophobe, Ndiaye s’est ainsi contenté de renvoyer à la nécessiter de mesurer le phénomène. « Il nous faut évaluer à l’échelle nationale le phénomène », « collecter et faire remonter un certain nombre d’informations », a ainsi affirmé le ministre.

C’est donc dans la parfaite continuité de Blanquer et au service d’une libéralisation de l’éducation que Pap Ndiaye s’inscrit. Si les promesses vagues de revalorisation salariale et de concertation visent à séduire le secteur afin de mieux faire passer les réformes, l’ampleur des attaques annoncées par Macron exige un plan de bataille à la hauteur, loin des illusions du dialogue social.

 
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