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La Izquierda Diario
22 de juin de 2022 Twitter Faceboock

Cut profits, not jobs and services !
Grande-Bretagne. Après les cheminots, 115.000 facteurs pourraient voter la grève 
Ju Angio

Dans le secteur du courrier postal au Royaume-Uni, plus de 115 000 travailleurs sont appelés à voter pour la grève à l’été ou à l’automne. Un mouvement inédit qui vient confirmer encore un peu plus la possibilité d’un « été du mécontentement » en Grande-Bretagne, pays durement frappé par l’inflation et en proie à une crise politique importante.

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Cela en ferait le plus gros mouvement de grève depuis des décennies, 115 000 travailleurs de Royal Mail, le service postal britannique, pourraient entamer un débrayage massif afin de réclamer des augmentations de salaire pour faire face à l’inflation. En effet, la Communication Worker’s Union (CWU, syndicat des services de courrier) a annoncé le mardi 21 juin l’ouverture d’un vote interne de tous les syndiqués, afin de décider si le mouvement doit être entamé.

L’issue du vote sera certainement favorable au vu de la situation dans le pays ainsi qu’en interne de l’entreprise. Simon Thompson, patron de Royal Mail, a déclenché la colère des salariés en empochant la coquette somme de 750 000 livres sterling (environ un Million d’euros) dont 140 000 livres de bon exercice alors que les plaintes concernant la livraison du courrier se multiplient dans le pays. Dans le même temps, le salaire moyen d’un facteur de l’entreprise est de 19 000 livres à l’année, et celui d’un chauffer livreur est d’environ 30.000 livres.

Selon le numéro deux du syndicat, Terry Pellinger, l’entreprise aurait déjà proposé une augmentation de 2% des salaires, ce qui est très loin de combler la perte de pouvoir d’achat lié à l’inflation. L’inflation s’établissait en effet entre 9 et 11,7% selon différents indices, pour le mois d’avril ! Quoi qu’il en soit les discussions et le vote sur le lancement de la grève se tiendront à la fin de ce mois de juin ce qui laisse se profiler, en reprenant les mots du CWU, un « été de lutte » (Summer of Struggle) au Royaume-Uni.

Le ralentissement économique de la Grande-Bretagne, qui passe de la deuxième à l’avant-dernière place des pays de l’OCDE, se traduit notamment par une baisse massive du salaire réel, du fait d’une part de la très faible augmentation des salaires sur la dernière décennie mais y compris de l’inflation galopante. Le pays y est particulièrement sensible de par sa situation insulaire étant donné que le fret maritime a connu une augmentation et une spéculation considérables, mais aussi du fait du Brexit qui a rompu des accords économiques importants avec des partenaires commerciaux privilégiés au sein de l’Union Européenne.

Cette situation économique pèse fort sur les classes populaires qui voient leur niveau de vie se dégrader rapidement. Dans le même temps la confiance dans le gouvernement s’effrite fortement, du fait de tous les scandales de Boris Johnson durant la crise sanitaire (le paris de l’immunité collective qui a fait prendre des décisions tardives conduisant à des milliers de mort, organisation de soirée à Downing street en plein confinement,..) mais aussi parce qu’il est à la tête d’un gouvernement profondément anti-ouvrier qui porte la responsabilité d’un Brexit dont les conséquences sont portées par les travailleurs.

Cette combinaison de crise économique et politique est un terreau très fertile à la contestation. En clin d’oeil à « l’hiver du mécontentement », mouvement très important en 1979, l’expression « été du mécontentement » est en train de s’installer dans le débat public au vu de la multiplication des phénomènes de mobilisation.

Cette semaine est marquée par la grève historique des 21, 23 et 25 juin, avec plus de 50 000 travailleurs du ferroviaire, qui paralyse le pays et a ouvert la voie à d’autres secteurs. Des discussions sont ouvertes chez les travailleurs et les syndicats de la santé, des professeurs ou encore dans les services postaux. Une manifestation a également eu lieu à Londres le 18 juin dernier contre l’inflation et la vie chère à l’appel de la confédération TUC (Trade Union Congress).

Pourtant, le mouvement ouvrier anglais doit faire face à plusieurs obstacles. Après avoir vaincu les mineurs, Thatcher a institué une féroce législation anti-grève et anti-syndicale. Par exemple, le vote que doit organiser le CWU pour la grève des 115 000 travailleurs de Royal Mail est une obligation légale avant d’engager toute forme d’action de grève. De plus si moins de 50% des syndiqués participent au vote, celui-ci n’est pas valide. Une manière très efficace pour la bourgeoisie, en jouant sur le corporatisme, de désynchroniser les luttes, de briser la spontanéité en différent de plusieurs semaines ou plusieurs mois le vote et le déclenchement de la grève et ainsi de s’y préparer pour mieux les casser. C’est ce que tente de faire le ministre des transports, Grant Shapps, avec la grève des cheminots en émettant la possibilité de remplacer les grévistes par des intérimaires.

Dans le même temps, Boris Johnson a intensifié sa rhétorique nauséabonde en parlant des organisations syndicales comme des « parasites » pour la société qui bloquent les services tels que les transports.

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Mais la colère générale des travailleuses et des travailleurs de Grande-Bretagne témoignent d’une vague de mécontentement grandissante et d’une envie d’en découdre. La perspective d’une grève ceté été ou à l’automne des 115 000 travailleurs de Royal Mail est très encourageante et témoigne que la puissante classe ouvrière anglaise a la colère et la volonté de reprendre en main son destin dans un « été de mécontentement ». Mais l’enjeu dès aujourd’hui est d’élargir le plus possible les grèves pour les salaires à tous les secteurs, pour ne qu’un seul front face à la bourgeoise et à son gouvernement, en dépit des limitations du droit de grève, du corporatisme et de l’éparpillement des directions syndicales.

Le gouvernement Johnson est très conscient des dangers qui le guettent. « Si nous prenons mal la situation, nous risquons d’entrer dans une grève générale de facto » confie un ministre au Financial Times face à la multiplication des grèves. Car c’est bien d’une généralisation de tous ces phénomènes de grève dont a besoin la classe ouvrière anglaise. Or pour le moment, face aux accusations de la bourgeoisie, la direction du TUC botte en touche : "On m’a demandé à plusieurs reprises où nous allions coordonner l’action, et je ne l’exclurais pas", a déclaré Frances O’Grady, secrétaire général du TUC. "Mais le fait est que les travailleurs se coordonnent entre eux, non pas dans le cadre d’une stratégie délibérée, mais parce que des millions de travailleurs sont aujourd’hui confrontés à des bas salaires, à l’insécurité et à des réductions réelles de leur enveloppe salariale."

Dans un moment aussi critique, et face aux attaques du gouvernement, les travailleurs anglais ont pourtant bien besoin d’une stratégie délibérée pour aller vers la construction d’une réelle grève générale. Les directions syndicales se dédouanent de toutes responsabilités, parlent de « ne pas exclure » la coordination de l’action et, alors qu’elles tiennent bien en main les grèves dans les secteurs stratégiques, laissent les grèves divisées par secteurs. La coordination de ces combats suppose donc à la fois une lutte au sein des appareils syndicaux à partir de la base mais également une lutte pour imposer l’auto-organisation la plus large, pour des assemblées générales, des comités de grève en capacité de coordonner les différentes entreprises en grève.

En un sens, il est clair que la poussée ouvrière actuelle, et la colère qui s’exprime, débordent ces directions syndicales qui doivent appeler à la grève pour garder la main, même si ces grèves sont appelées de manière éparpillée, pour éviter le cauchemar de la grève générale au gouvernement conservateur. Ces premières batailles ouvrières expriment pourtant fortement que la période qui s’ouvre est celle d’un potentiel retour à l’action de la classe ouvrière pour faire face aux crises et aux guerres des puissances capitalistes. Les enseignements de ces premiers conflits seront riches d’enseignement pour les travailleurs de toute l’Europe qui comment eux aussi à relever la tête face à l’inflation.

 
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