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La Izquierda Diario
29 de juin de 2022 Twitter Faceboock

Victoire éclaire
Gorillas. « Livre en 5 minutes, viré en 10 minutes » : grève victorieuse contre les licenciements
Lisa Mage, lycéenne

Ce lundi, les travailleurs de l’entrepôt Bastille de Gorillas ont commencé une grève face à une vague de dizaine de licenciements et contre le harcèlement managérial subi par plusieurs employés. En moins de deux jours, les salariés ont arraché toutes leurs revendications à l’entreprise de livraison rapide. Témoignage.

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Ce lundi 27 juin, une trentaine de travailleurs, de l’entrepôt parisien de Bastille du service de livraison rapide Gorillas, ont bloqué le site pour lutter contre une vague de licenciements mais aussi, contre la « pression psychologique » subie par ces derniers. « On se sentait menacé, on avait la boule au ventre, on se demandait qui serait le prochain […] on voulait arrêter ce management abusif » explique Khaoussou Cissohko, gréviste et « capitaine rider ».

« Les salariés demandent l’arrêt du management agressif et des licenciements arbitraires », a expliqué la CGT Commerce Paris dans un communiqué. Arnaud Coulibaly responsable CGT du site, dénonce les licenciements « sans motifs valables » de quinze personnes sur les soixante-dix de l’entrepôt. Il explique aussi que ce site n’est pas un cas isolé, ce serait « partout pareil dans les autres sites. (…) les gens n’en peuvent plus ». En effet, l’entreprise allemande, sous couvert du conflit en Ukraine et de l’inflation grandissante, durcit les conditions de travail et de financement. De fait, elle a annoncé, fin mai 2022, la suppression de 300 postes administratifs, dans les différents pays ou l’entreprise est implanté en Europe, ce qui complexifie la logistique et dégrade les conditions de travail.

Khaoussou nous donne l’exemple d’un collègue licencié abusivement « Je le connaissais bien, il s’est donné à fond pendant des mois, et a été viré parce qu’il avait fait moins de kilomètres que les autres sur l’appli, parce que son téléphone ne fonctionnait plus et qu’il ne pouvait donc pas enregistrer les trajets dessus ». Il ajoute d’ailleurs que c’est une preuve que ce sont les travailleurs qui devraient « gérer la boite de l’intérieur ». « C’est nous qui connaissons le mieux le fonctionnement et les capacités de chaque rider ».

De plus, les grévistes dénoncent unanimement des méthodes de management agressif. Khaoussou explique qu’avec la grève, ces derniers ont même subi du « harcèlement » de la part de leur hiérarchie : « Les gens se sentent menacés quand ils font grève, ils ont peur d’être licenciés. […] Certains collègues ont reçu des mails leurs disant que s’ils ne se présentaient pas dans les 72 heures, ils risquaient le licenciement, […] c’était vraiment du harcèlement ».

À l’image de leurs homologues allemands les travailleurs du site Bastille se sont mis en grève, à deux reprises en trois mois, contre les conditions de travail imposé par l’entreprise selon. La première grève avait éclaté pour dénoncer les problèmes de retard de paye et les fiches de salaires qui fluctuaient sans que personne ne sache trop pourquoi : « Quand on demandait, ils nous disaient qu’il réglerait ça le mois prochain ». Cette grève s’était organisée de l’intérieur, par des salariés qui n’en pouvait plus de ces conditions de travail insupportables.

Lundi soir, après que cette seconde grève ait eu lieu, la direction avait alors dit accepter toutes les revendications des grévistes. Mais, dans la nuit, elle a finalement proposé un accord en deçà de ce qui avait était convenu oralement. Le mardi matin, les travailleurs ont donc repris la grève : « Après notre départ, ils ont changé les termes de l’accord, alors on a décidé de continuer la grève », ce qui a fait immédiatement reculer la direction.

« Avant de signer le papier, on l’a lu et discuté avec les collègues […] C’était un combat collectif, je ne pouvais pas signer tout seul. » explique Khaoussou. Il ajoute que : « Les employés ne se sont remis au travail qu’à 11h30, car les revendications des grévistes avaient toutes été acceptées ».

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Ainsi, les grévistes ont obtenu : le réexamen des régularisations de salaires, la prise en compte de la réalité du travail et des impératifs de santé et de sécurité, l’accompagnement des salariés précaires, l’obligation de consultation gratuite de la médecine du travail, la rémunération du deuxième jour de grève et l’ouverture des négociations sur les tickets-restaurant après les élections des représentants du personnel. De plus, Khaoussou précise : « La direction a aussi délégué la gestion de chaque rider en interne. Ce n’est plus une performance générale exigée ». Et, bien que la performance reste un critère d’évaluation, elle sera examinée, en prenant en compte la taille des équipes et les capacités individuelles.

Cette grève s’inscrit dans un contexte, où, des travailleurs, peu mobilisés d’habitude, s’organisent pour lutter contre des licenciements de masse et des conditions de travail de plus en plus dégradées. Ces travailleurs, souvent jeunes et précaires, sont l’exemple même de la colère grandissante dans tous les secteurs d’activités, même dans ceux qui, traditionnellement, ne se mobilise pas ou peu. Une colère contre la vie chère, les conditions de travail difficiles, le stress des cadences imposées, pour la dignité.

Une des avancées des grévistes, à savoir la gestion des riders en interne par les travailleurs eux-mêmes, est une démonstration forte de travailleurs qui reprennent du contrôle sur l’organisation du travail, et n’ont nullement besoin d’une direction pour que le travail soit effectué, quand l’inverse n’est pas vrai. Ainsi, même si la direction a cédé une première fois, les grévistes n’excluent pas la possibilité d’une nouvelle grève, et poursuivre la lutte pour l’indexation des salaires sur l’inflation, contre les conditions de travail insoutenable et le management abusif.

 
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