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La Izquierda Diario
30 de janvier de 2016 Twitter Faceboock

Etat d’exception permanent
Succès des mobilisations contre l’état d’urgence partout en France

« Etat d’urgence, état policier, on ne nous empêchera pas de manifester ! ». Le slogan a résonné un peu partout en France, ce samedi, dans les quelques soixante-dix manifestations et rassemblements contre l’état d’exception que le gouvernement Hollande-Valls voudrait prolonger de trois mois supplémentaires, fin février. A Paris, malgré une pluie battante, 20000 personnes ont défilé entre République et le Palais Royal pour faire entendre leur opposition aux mesures gouvernementales. Le début d’une contre-offensive sur le terrain des libertés démocratiques et contre la politique répressive de Hollande-Valls ?

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Jean-Patrick Clech et correspondants

Partout, des rassemblements et des manifestations ont été organisés à l’appel du collectif « Nous ne céderons pas », conduit par la Ligue des Droits de l’Homme (LDH), et du collectif « Stop état d’urgence ». En dépit d’une météo généralement pluvieuse, 300 personnes à Brest, près de 2000 à Toulouse ou encore 20000 à Paris, partout la mobilisation a été un succès, d’autant plus qu’il s’agissait du premier appel national. A Paris, après la manifestation interdite du 22 et celle du 29 novembre qui avait vu l’arrestation de plus de 300 militants, la préfecture n’a pas opposé d’interdiction de manifester à la déclaration déposée par les organisateurs.

L’état d’urgence continue à être appuyé, selon les derniers sondages, par une majorité de Français. Cela est tout autant dû à l’effet de sidération qui a suivi les attentats abominables de novembre qu’à la propagande officielle et de l’opposition (LR et FN) relayée par les médias mais également à l’absence d’une opposition structurée aux mesures d’exception jusqu’à présent. C’est désormais chose faite, avec la multiplication de prises de position, y compris au sein de ce bloc social qui a porté Hollande à la présidence en 2012. A gauche, au sein de la LDH, du Syndicat de la Magistrature ou du monde associatif relié, de près ou de loin, au PS, les mesures gouvernementales ne font plus seulement crisser des dents mais réagir. C’est ce dont attestaient les cortèges de samedi où l’on pouvait voir une forte participation syndicale et associative, avec une présence remarquée dans le cortège parisien de la CGT 75 et 78, mais également politique (PCF, PG, EELV, Ensemble, NPA et POID, LO étant aux abonnés absents, comme lors des manifs de fin novembre). Chose intéressante, cependant, la présence de nombreux manifestants non encartés ou non organisés venus dire leur désaccord profond avec les mesures d’exception. « Nous sommes à la CGT mais nous ne sommes pas militants, disaient Romain et Sylvie, présents à la manifestation parisienne. Avec plusieurs collègues, on est venus aujourd’hui alors qu’en novembre on ne savait pas trop quoi penser de l’état d’urgence. C’était aussi sans compter sur l’histoire des huit de Goodyear qui a fait comme un électrochoc pour beaucoup ».

La décision du Conseil d’Etat de balayer d’un revers de la main la requête de suspension de l’état d’urgence déposée par la LDH mardi 26 janvier n’a pas que peu contribué à la mobilisation dans les secteurs de gauche modérée, partie-prenante du collectif « Nous ne céderons pas ». « Je ne suis pas un gauchiste », tenait à souligner Robert, encarté à la LDH 75 « depuis l’arrivée au pouvoir de Mitterrand », précise-t-il. « Mais là, trop c’est trop. La déchéance de la nationalité, ça me fait penser à Pétain. J’ai honte ».

A Paris comme ailleurs dans les mobilisations dans l’Hexagone, les manifestants ne se sont pas privé de brocarder les mesures d’exception nous « assignant à résistance » mais également le racisme institutionnel et l’islamophobie ainsi que la guerre menée par l’Exécutif en Iraq et en Syrie qui non seulement ne règle rien au problème Daech mais l’alimente. A cela il fallait rajouter la question de la criminalisation du mouvement social, avec les « huit de Goodyear » comme symbole, présents dans tous les esprits.

Au cours de la manifestation, Jean-Luc Mélenchon a déclaré qu’il « reste d’autres recours contre l’état d’urgence » après le rejet par le Conseil Constitutionnel de la demande de la LDH de levée de la mesure, dont « des actions parlementaires ». Jusqu’à présent, les députés, à de très rares exceptions près, se sont surtout caractérisés par leur propension à être au garde-à-vous, y compris parmi les « frondeurs » et la gauche radicale. Mais la question de la levée de l’état d’urgence, qui est une déclaration de guerre interne contre les libertés démocratiques, avec des conséquences extrêmement graves sur le plan des libertés individuelles et la criminalisation du mouvement social, dépendra avant tout de notre capacité à créer un rapport de force, à contre-courant de la soi-disant « opinion publique » qui serait du côté de Hollande et de Valls. C’est bien en construisant partout où cela est possible des comités contre l’état d’urgence, contre la guerre et contre la répression, mais également en posant la question d’une nouvelle journée d’action contre l’état d’exception, qu’il sera possible de faire reculer le gouvernement. Le prochain rendez-vous sera autour de la journée en solidarité avec les « huit de Goodyear », le 4 février, dont la condamnation n’est pas étrangère au climat ultra-répressif actuel et au tournant autoritaire du gouvernement.

Structurer et faire converger au niveau local, dans les facs, les lycées et même les entreprises, les bagarres contre l’état d’urgence, la déchéance de la nationalité, l’impunité policière, le racisme, l’islamophobie, contre la guerre et contre la répression du mouvement social pourrait être un horizon atteignable. Le succès des mobilisations de samedi en témoigne. Pour ce qui est de la détermination du gouvernement à poursuivre dans sa fuite en avant autoritaire, elle nous oblige à chercher à structurer toutes ces résistances et à les coordonner.

Micro-trottoir dans la manifestation parisienne

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