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La Izquierda Diario
28 de juillet de 2022 Twitter Faceboock

Parole d’ouvrier
« La canicule, c’est un enfer pour les ouvriers », témoignage d’un travailleur de l’aéro
Correspondant-e

"Bien loin des plages et des baignades, à l’usine, on continue d’aller bosser comme si de rien n’était sous 40°C dans des ateliers en tôle." Nous relayons le témoignage d’un ouvrier de l’aéronautique de la région toulousaine confronté aux vagues de chaleurs inédites en France ces dernières semaines

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PHILIPPE LOPEZ / AFP

Pendant que le gouvernement nous dit de « vivre avec », que les journaux TV traitent de la canicule avec des images de plages, de baignades et de glaces, personne ne parle de ceux qui doivent continuer à aller au boulot sous des conditions de chaleur insupportables, bien loin des plages et des baignades.

A l’usine, on continue d’aller bosser comme si de rien n’était sous 40°C dans des ateliers en tôle, entre deux machines qui dégagent de la chaleur sans parler des vapeurs d’huile qui viennent te coller à la peau.

Non la canicule n’est pas juste un petit désagrément avec lequel on s’accommode en fermant les volets, ou en changeant le programme de ses vacances. La canicule c’est un enfer pour les ouvriers. On vient de connaître la troisième vague de chaleur en trois mois, chacune plus dure que la précédente.

Tout le monde n’a pas le luxe de s’arrêter de travailler à chaque fois que les conditions sont aussi mauvaises, tout le monde n’a pas le luxe de travailler dans un local climatisé (où comble de l’ironie, le travail peut devenir un lieu de refuge par rapport à un logement inconfortable !). Non, pour la plupart des travailleurs en usine, la journée se passera sous une chaleur écrasante après ne pas avoir pu se reposer dans leurs appartements urbains sous une nuit étouffante... Mauvaises nuits, insomnies, prises de tête, se réveiller pour partir au travail, subir encore et encore le poids de la chaleur, le manque de repos, le mal de crane, etc.

Dans mon usine, par exemple, tout ce qu’on nous propose c’est de venir une heure plus tôt pour pouvoir partir une heure plus tôt l’après-midi... L’adaptation à la canicule que t’offre la direction, c’est la permission de couper ton temps de sommeil au seul moment où avec un peu de chance tu étais en train de bien dormir avec les températures qui ont fini par descendre un peu.

Alors, on travaille à deux de tension, avec la fatigue et la chaleur, l’énervement qui peut monter vite et haut, on ne réfléchit pas toujours très clair. L’efficacité est moindre, on fait plus d’erreurs, qui peuvent plus facilement conduire à des blessures, la possibilité de tensions entre collègues est plus vive.

On boit des litres d’eau, on transpire, on est dégueulasses, les vêtements de sécurité obligatoires nous collent à la peau... on passe notre temps à aller se coller aux 3 ou 4 ventilos qui tournent dans l’atelier. On n’en a même pas assez pour tout le monde. L’atelier en tôle n’est pas conçu pour protéger des fortes chaleurs : le thermomètre monte à 37°C à l’intérieur, et encore, ce n’est pas les endroits les plus touchés par la chaleur des machines.

Rentrer, prendre 2 ou 3 douches pour tenter de se rafraîchir alors qu’on te culpabilise de gaspiller de l’eau. Pendant ce temps, les Bolloré, Arnault et Cie détruisent le climat sans complexes en prenant leurs jets privés trois fois par jour … les mêmes jets pour lesquels je fabrique des pièces tous les jours sous la canicule.

Deux années de covid et de crise de l’aéronautique, deux années de beaux discours sur le « monde d’après ». Que dalle. Airbus et Boeing viennent de publier leurs prévisions pour le trafic aérien. Pas de soucis pour la bourgeoisie, le monde d’après sera encore plus débridé que celui d’avant, le trafic aérien reprend sa croissance comme jamais, les projections de commande d’avions explosent, et les profits promettent d’être au rendez-vous. Face à ça, les perspectives d’améliorations de nos conditions de vie dans ce modèle régressent encore et encore, entre inflation, crise écologique et offensives antisociales du patronat et du gouvernement.

L’avenir qu’ils nous promettent ressemble à l’enfer, mais hors de question de « vivre avec ». La canicule nous rappelle chaque jour l’urgence de prendre nos affaires en main, et de construire la riposte face à la crise écologique et la mainmise sur la production du patronat qui la cause et qui nous détruit la santé.

 
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