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La Izquierda Diario
21 de novembre de 2022 Twitter Faceboock

Offensive antisociale
Assurance chômage : une attaque historique passée avec l’aide du « dialogue social »
Arthur Nicola

Le gouvernement a dévoilé lundi les modalités concrètes de sa réforme de l’assurance chômage votée le 15 novembre dernier. La durée d’indemnisation va notamment baisser de 25% tant que le chômage sera en dessous des 9%. Une attaque qu’ont accompagné les directions syndicales.

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Le gouvernement ne s’en cache pas : il ne s’agit pas d’une réforme pour aider les chômeurs, mais d’une réforme pour aider les entreprises. Ce lundi, le ministre du travail, Olivier Dussopt, a dévoilé de quelle manière le gouvernement comptait appliquer la réforme de l’assurance chômage votée le 15 novembre dernier par les macronistes et les républicains.

Une offensive sur toute la ligne contre les travailleurs

La mesure principale consiste tout simplement à faire baisser de 25% la durée d’indemnisation des chômeurs lorsque « la conjoncture est bonne ». Concrètement, lorsque le taux de chômage est considéré en « période verte » par le gouvernement, les chômeurs verront leur durée d’indemnisation réduite de 25%, avec un minimum de 6 mois. Quand le taux de chômage est considéré en « période rouge », le système reste le même [1].

En clair, si aujourd’hui un travailleur venant d’être licencié a le droit à autant de jours d’indemnisation que de jours travaillés dans la dernière période de 24 mois, avec un maximum de 24 mois pour les moins de 53 ans, 30 pour les 53-54 ans, et 36 pour les plus de 55 ans, ces maximums vont passer dès février à 18 mois, 22,5 mois et 27 mois. Quelques exceptions ont été prévues par le gouvernement, notamment pour les DOM-TOM, les intermittents du spectacle, les marins pêcheurs, les dockers et les expatriés.

Si Bruno Le Maire expliquait ce lundi matin sur France Info : « quand ça va mieux, on durcit les règles, quand ça va moins bien, sur le front de l’emploi, on protège davantage  », la réalité du texte est celle d’un durcissement unilatéral des règles d’indemnisation. Ce d’autant plus que la réforme a aussi durci les conditions pour être considéré comme chômeur, assimilant notamment l’abandon de poste à une démission.

L’objectif est clair : obliger les chômeurs à accepter n’importe quel emploi, et faire pression sur le monde du travail dans une période où le patronat se plaint d’une supposée « pénurie » de travailleurs dans différents secteurs comme la restauration. Une logique d’autant plus nette que l’Unédic, l’organisme chargé des cotisations chômages et des allocations, est largement excédentaire, avec un excédent chiffré à 4,2 milliards pour 2023, auquel pourrait, selon des informations de l’Unédic dévoilées par Marianne, s’ajouter 4,4 milliards d’euros d’excédents supplémentaires par an dès 2025, et 3,6 d’ici là, grâce aux indemnités volées aux travailleurs.

A terme, cette nouvelle réforme pourrait permettre aux gouvernements à venir de justifier des baisses des cotisations patronales sur le chômage au nom des excédents de l’Unédic – qui reste pour le moment endetté à hauteur de 60 milliards d’euros, dont 20 milliards liés à la crise Covid. Pénaliser les chômeurs donc, pour offrir de nouveaux cadeaux aux patrons…

Les directions syndicales accompagnent la contre-réforme de l’assurance chômage : le nouveau scandale du « dialogue social » !

Ce lundi, les directions syndicales ont feint de dénoncer une réforme scandaleuse... tout en participant à la dernière « séance de concertation » organisée par le ministre du Travail. Une décision dans la lignée de leur attitude sur l’ensemble de la réforme. De ce point de vue, la palme d’or de l’hypocrisie revient à la CFDT qui avait annoncé début septembre qu’elle « ne tomberait pas dans le piège du gouvernement  » avant de participer sagement aux discussions. De son côté, la CGT, avait annoncé le 17 octobre refuser les concertations du fait des réquisitions des raffineurs, mais une délégation de Montreuil s’est rendue ce lundi matin au ministère du travail.

En lançant sa contre-réforme de l’assurance-chômage, le gouvernement n’avait pourtant laissé aucune place à la surprise en jouant cartes sur table depuis ses premières annonces. Déjà connue depuis le début de l’été dans sa philosophie, la réforme n’a finalement pas changé d’un pouce après plusieurs mois de discussions.

Dans ce cadre, en participant aux « négociations » ouverte le 17 octobre dernier, les directions syndicales ont joué un rôle clé dans l’accompagnement de cette offensive sociale de premier ordre. Un scandale qui montre bien le rôle du « dialogue social », qui joue un rôle de béquille d’un gouvernement plus affaibli que jamais.

Dans le même temps, les directions syndicales sont restées l’arme au pied face à une réforme qui pourrait conduire à indemniser jusqu’à 300 000 chômeurs de moins d’ici 2025 selon l’Unédic. Alors que la loi est désormais scellée, sans qu’une journée de mobilisation n’ait eu lieu, il est encore une fois nécessaire que les travailleurs à la base, les syndicats combatifs, quelles que soient leurs étiquettes, dénoncent avec force le « dialogue social ».

Ce d’autant plus que se profilent deux attaques d’ampleur sur lesquelles le gouvernement entend bien « concerter » pour contenir toute perspective de mobilisation : la Loi Immigration pour laquelle Olivier Dussopt recevra les « partenaires sociaux » cette semaine et la réforme des retraites.

Notes :

[1] Les deux types de périodes sont définies ainsi : la période est considérée favorable si le chômage est en dessous de 9% ou si le chômage baisse de manière consécutive depuis trois trimestres, et qu’il n’y a pas eu une augmentation de plus de 0,8% du chômage au dernier trimestre. Dans le cas contraire, c’est-à-dire un chômage à plus de 9% ou une augmentation soudaine du taux de chômage de plus 0,8% sur le dernier trimestre, le choses ne changeront pas par rapport aux règles actuelles.

 
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