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17 de janvier de 2017 Twitter Faceboock

Crise organique européenne
Lutte antiterroriste : Amnesty International dénonce une régression des droits démocratiques en France et en Europe

État d’urgence, lois discriminantes, renforcement de la surveillance et du renseignement, racisme institutionnalisé, persécution des militants politiques... Un rapport d’Amnesty International montre que, depuis 2015, les pays de l’Union européenne sont en proie à un durcissement de leur politique. Signe de la crise profonde qui secoue les États européens, tant en raison de la crise des migrants et du Moyen-Orient que sous l’effet de l’aggravation de la crise économique, ce renforcement de l’arsenal répressif n’est pas le seul fait de la France mais touche également l’ensemble des pays voisins. La crise organique des régimes capitalistes occidentaux prend manifestement des allures de tournant répressif et sécuritaire au nom de la lutte contre la menace terrorisme, qui n’est que le résultat de l’impérialisme occidental au Moyen-Orient.

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Boris Lefebvre

Des attentats de Paris à ceux de Berlin en décembre dernier, soit de 2015 à 2016, les retombées de l’impérialisme occidental au Moyen-Orient auront grandement confirmé le slogan « vos guerres nos morts », qui mettait directement en évidence que le terrorisme n’est que la réponse désespérée à la violence des États capitalistes. Si la France fait figure de modèle dans l’appareil répressif mobilisé suite aux différents attentats de Paris et de Nice, elle n’est pas le seul pays à avoir institutionnalisé ses pratiques de maintient de l’ordre anti-démocratiques et racistes. C’est ce qu’un rapport d’Amnesty International dirigé dévoile et met en perspective à travers l’étude des mesures prises par près de quatorze pays de l’Union européenne sur ces deux dernières années. Comme le souligne John Dalhuisen, directeur du programme Europe d’Amnesty International, « Au lendemain d’une série d’attentats, de Paris à Berlin, les gouvernements ont adopté à la hâte une multitude de lois discriminatoires et disproportionnées  ». C’est le nombre de ces mesures et leur radicalité qui a particulièrement frappé l’association de défense des droits qui s’inquiète qu’« un tableau préoccupant se dessine, dans lequel des pouvoirs illimités bafouent des libertés considérées comme acquises depuis longtemps ».

L’état d’urgence permanent, renouvelé cinq fois en France, tend à normaliser l’exception et à conférer au pouvoir exécutif les pleins pouvoirs au détriment des droits de tous, et notamment des militants politiques. C’est ce que la multiplication des assignations à résidence à travers l’Europe met très bien en évidence, comme dans le cas de la loi travail ou lors de la Cop 21, où 24 militants écologistes avaient été évincés au prétexte de l’état d’urgence. Les États ne s’encombrent plus d’avoir des preuves ni même des soupçons pour réprimer. Ils laissent carte blanche à leurs services directement agir et cautionnent les abus fréquents qu’ils commettent.

Cette justice expéditive est à l’origine de l’extension de la surveillance de masse au nom de la lutte contre le terrorisme et en dépit de tout respect de la vie privée. Si la France a sa loi renseignement et ses 20 000 personnes sous surveillance dans l’attente d’une extension de ses capacités d’espionnage, le Royaume-Uni, l’Allemagne, la Pologne, la Hongrie, l’Autriche, la Belgique et les Pays-Bas ne sont pas en reste dans la mise en place de dispositifs permettant d’intercepter les données de plusieurs millions de personnes. La logique de l’état d’urgence est implacable selon Amnesty International en ce qu’elle permet « d’accorder des pouvoirs spéciaux aux services de sécurité ou du renseignement, bien souvent avec un contrôle judiciaire limité, voire inexistant  ». À ce titre, l’infraction d’apologie du terrorisme montre bien toute l’ampleur du dérèglement de la justice : près d’un tiers des condamnés pour de tels propos sont des mineurs en France. On peut noter également noter l’emploi de plus en plus fréquent de « preuves secrètes » qui permettent aux États de condamner sans avoir produire leurs preuves. La raison d’État devient un argument juridique aussi ordinaire que le 49.3 l’est pour promulguer une loi impopulaire.

Toutes ces mesure sécuritaires témoignent de la volonté de plusieurs États de « d’établir des liens entre la crise des réfugiés et la menace terroriste ». Particulièrement visibles ces derniers mois, cet amalgame simpliste s’est décliné sous la forme de la déchéance de nationalité, espérée en France, appliquée en Suisse pour les djihadistes binationaux, de la polémique sur le burkini cet été, ou du renforcement du discours sur l’intégration des étrangers. La politique de militarisation des frontières hongroise a amplement participé de ce climat de confusion et de racisme d’État.

Amnesty International confirme donc que les libertés démocratiques fondamentales sont bien niées à grande échelle et de manière délibérée par les États européens à coup d’état d’urgence et de mesures racistes envers les migrants.

 
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