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Du Pain et des Roses

Débat sur les règles à l'Assemblée Nationale

#taxetampon : la nécessité des femmes n’est jamais une première nécessité

Camilla Ernst Il aura fallu que nos députés en débattent entre eux (15 minutes seulement, pas de temps à perdre !) pour que le sujet des menstruations féminines sorte du placard, et sur un terrain glissant, celui du budget. Quand il y aurait beaucoup à dire sur les oppressions liées aux règles, encore omniprésentes aujourd’hui, Christian Eckert, secrétaire d’État au Budget, a déjà clos un débat qu’il juge « passionné » mais « pas simple ». Les protections hygiéniques ne verront donc pas leur taux de TVA diminuer à 5,5% puisque la mousse à raser est taxée à 20%, a-t-il déclaré. Entre négation des besoins de premières nécessités spécifiques aux femmes et creuset dans la division hommes-femmes face à leurs revendications les plus élémentaires, l’Assemblée Nationale a, encore une fois, tranché en faveur des économies de l’État.

lundi 19 octobre 2015

Les protections hygiéniques, pas un produit de première nécessité ?

Dans la nuit du 14 au 15 octobre, l’Assemblée Nationale a rejeté l’amendement contre la tampon tax, dans le cadre du Projet de loi de finances 2016, qui visait à baisser la TVA sur les protections hygiéniques à 5,5% au lieu de 20%, dans la mesure où elles devraient être considérées comme des produits de première nécessité. Cet amendement, porté par Catherine Coutelle, députée socialiste et présidente de la délégation aux droits des femmes à l’Assemblée Nationale, provenait d’une demande du collectif féministe Georgette Sand, qui a calculé que l’achat de protections hygiéniques représentaient un coût de 2 000 € dans la vie d’une femme, soit 38 jours de travail au SMIC, et qui a déjà récolté plus de 17 000 signatures à sa pétition en ligne.

Pourtant accepté par la Commission des Finances, le projet de rejet de la tampon tax n’aura pas eu les votes des députés, ceux-ci s’étant alignés sur la position du gouvernement de ne « pas bouger sur les taux de TVA », pas étonnant puisque celle-ci représente 70% des recettes de l’État. Les protections hygiéniques ne seront donc pas considérées comme des produits de première nécessité, pourtant besoin élémentaire pour toute femme, pendant près de 40 ans de sa vie ! La justification avancée par Christian Eckert ? Un taux de 20% est aussi appliqué sur la mousse à raser pour homme.

Les menstruations féminines, entre mythe, tabou, et reflet d’une oppression spécifique

Si le débat a été très rapidement clos, il aura eu le mérite de remettre le sujet des règles au centre des discussions, déliant les langues sur les réseaux sociaux et levant un coin du voile qui masque les inégalités et oppressions spécifiques de genre qui lui sont attachées. Le tabou qui entoure encore ce phénomène biologique, pourtant parfaitement naturel, en est le berceau.

Socialement, cela s’exprime par un vécu de honte qui entoure la période des menstruations, matérialisé par la peur que cela se sache, se voit, se sente… D’ailleurs on ne nomme pas les règles, comme si on ne voulait pas affirmer un état de fait, on préfère les affubler de petits noms généralement infantilisants, ragnagnas pour les intimes. Sans parler des clichés sexistes qui poussent à croire qu’une femme énervée a ses règles, ni même des mythes populaires qui s’y rattachent, voire des religions qui considèrent les femmes réglées comme impures.

Ce tabou s’exprime aujourd’hui par une absence de prise en compte des problèmes féminins sur la scène politique, quand le débat portant sur la tampon tax a été relégué à 1 heure du matin, et quand l’assemblée qui devait en discuter souffre d’une sous-représentation criante des femmes, étant composée à 70% d’hommes. Et pourtant les conséquences sur le pouvoir d’achat des femmes ont été démontrées, et les inégalités économiques qui touchent les femmes ne sont plus à argumenter, puisqueles femmes gagnent 24% de moins que les hommes, occupent 82% des emplois à temps partiel, alors que le revenu moyen des hommes non salariés est de 40% supérieur à celui des femmes et que la retraite des femmes est inférieure de 42% à celle des hommes.

L’accès à l’hygiène pour toutes et tous

À côté du refus de considérer des produits pourtant nécessaires au quotidien pour les femmes comme de première nécessité, s’est ouvert un débat autour des propos de Christian Eckert opposant les protections hygiéniques à la mousse à raser, comme si l’accès à de nouveaux droits pour les femmes devait se concevoir en opposition à ceux des hommes.

Aujourd’hui, un ensemble restreint de biens sont considérés de première nécessité : l’eau et les boissons non-alcoolisées, un certain nombre d’aliments, et même les billets de spectacle ou les magazines, sont taxés à 5,5%, tous les autres produits l’étant à 20%. Deux revendications, à caractère transitoire, sont à opposer à ce système de taxation volontairement injuste et ne profitant qu’à son bénéficiaire, l’État. Tout d’abord que l’ensemble des produits d’hygiène, quels qu’en soient les consommateurs, soient décrétés de première nécessité et bénéficient d’un taux de TVA abaissé. Ensuite, que le taux de TVA soit appliqué de manière progressive en fonction du revenu, afin que les plus précaires n’aient pas à supporter une taxation sur la consommation à la même hauteur que ceux qui profitent des revenus les plus élevés.