Entretien

Anasse Kazib dans Têtu : Présidentielle, lutte de classes et droits LGBTI

Olga Volfson

Anasse Kazib dans Têtu : Présidentielle, lutte de classes et droits LGBTI

Olga Volfson

Pour Têtu, Olga Volfson, journaliste et militant.e spécialiste des questions féministes et LGBTI, a rencontré Anasse Kazib. Une interview qui revient sur son programme, les questions LGBTI, et la stratégie anticapitaliste qu’il défend. Extraits.

Publié le 17 février 2022, l’article est disponible en intégralité pour les abonné.es sur le site de Têtu.

Votre programme contient tout un pan pour "l’autodétermination des personnes LGBTI et la liberté sexuelle" : comment s’est fait votre cheminement politique sur les questions LGBTQI+ ?

Anasse Kazib : Ça s’est fait progressivement, et c’est le marxisme qui m’a énormément éduqué. En tout cas, le marxisme d’origine, parce qu’en France (et pas que), il y a ce que j’appelle de l’"ouvriérisme", qui fait que les luttes antiracistes et LGBTQI+ sont facilement reléguées au second plan. Or, la révolution ne pourra pas se faire sans l’ensemble des exploité·e·s et opprimé·e·s, car les oppressions sont liées ! Des ouvrier·e·s racistes ou homophobes, il y en a, mais on se doit de lutter contre les idées réactionnaires qui traversent notre camp.

(...)

Vous dénoncez les propos homophobes et transphobes tenus à l’Assemblée pendant l’examen des textes de loi sur la PMA et les "thérapies de conversion" et parlez d’une "peur des droits LGBTI" comme une "attaque insupportable sur l’institution patriarcale et capitaliste de la famille telle qu’elle existe" : pouvez-vous développer ?

Que ça soit à l’Assemblée ou non, il y a des rhétoriques réactionnaires qui ressortent : par exemple l’instrumentalisation des enfants qu’on dit vouloir "protéger", ou de la "protection de la famille", qui sont des classiques de la droite derrière lesquels se cachent l’homophobie et la transphobie. Ce que les réactionnaires veulent protéger, quand ils s’attaquent aux droits LGBTI avec ces mots, c’est la morale bourgeoise : la famille nucléaire, une place rétrograde pour les femmes qui restent à la maison pendant que les hommes travaillent... C’est un modèle qui est tout à fait profitable pour la société capitaliste, et tout ce qui menace ce modèle dans les luttes pour les droits des femmes et des personnes LGBTI fait face à une contestation réactionnaire.

Historiquement, la droite s’empare des questions de harcèlement scolaire et des agressions dans l’espace public avec un discours sécuritaire pour taper sur "l’immigration". Qu’avez-vous envie de dire à celleux qui pourraient être séduit·e·s par ce discours ?

J’ai envie de leur dire qu’il suffit de se pencher un peu sur ce que font réellement les champions de l’instrumentalisation sécuritaire et raciste de ces questions pour voir l’arnaque. Sur le terrain du fémonationalisme, mais c’est valable pour l’homonationalisme, Marlène Schiappa est un exemple frappant : les moyens restent dérisoires contre les violences sexistes et sexuelles, tandis qu’elle couvre un ministre accusé de viol et un gouvernement dont les politiques s’attaquent aux plus précaires, parmi lesquels les femmes et les personnes LGBTI sont surreprésenté·e·s.

Sur votre site de campagne, vous dressez un bilan globalement négatif du quinquennat Macron sur les droits LGBTQI+. Au pouvoir, quelles seraient vos premières mesures en faveur des droits LGBTQI+ ?

Il n’y a pas de "moi, président…" chez Révolution permanente, car on veut la fin de la figure présidentielle. Pour nous, il n’est pas question de laisser les droits LGBTI dépendre des calculs électoraux. Avec mes camarades nous défendons l’autodétermination et nous nous battons pour tous les droits des personnes trans, pour la dé-psychatrisation, la gratuité et la liberté d’accès aux soins médicaux nécessaires aux parcours de transition. L’accès aux soins et à la santé est également un enjeu majeur. Et puisque les LGBTQIphobies entraînent notamment des discriminations à l’embauche, l’ensemble des mesures de notre programme qui vise à en finir avec la précarité les concerne tout particulièrement. On veut adapter le travail aux gens et non l’inverse, car on devrait tous·tes pourvoir avoir un toit, remplir notre frigo, et travailler dans des conditions dignes et respectueuses !

Dans votre programme LGBTQI+, vous abordez également les questions de santé et d’accès aux soins. De larges campagnes de communication sur le VIH et la santé sexuelle seraient également envisagées ?

Complètement. Il faut des moyens massifs pour la santé, non seulement pour soigner mais également pour faire de la prévention. On voudrait aussi que la sécurité sociale rembourse l’ensemble des besoins et pouvoir en finir avec les mutuelles. Enfin, sur la question du VIH, l’enjeu international est fondamental. En ce sens, on est pour l’expropriation des grandes entreprises pharmaceutiques et la levée de tous les brevets pour permettre à l’ensemble des pays du monde d’accéder aux traitements VIH, et autres.

Vous promettez l’abrogation de la loi de pénalisation des clients, aussi, comme l’exigent les travailleuses·eurs du sexe depuis 2016. Pourquoi ?

D’un côté les gouvernements successifs détruisent les acquis sociaux, l’accès à la santé, aux papiers pour les personnes migrantes, et de l’autre ils se vantent de mettre en place des soi-disant « parcours de sortie » de la prostitution. Pour en finir avec la prostitution, il faut commencer par dénoncer l’hypocrisie terrible des institutions et rappelez qui est le plus grand proxénète : l’Etat. C’est pour cela que nous ne pouvons que nous opposer à toutes les mesures répressives comme la loi de pénalisation des clients, défendre l’accès à tous les droits démocratiques pour celles qui se disent travailleus.es du sexe et leur auto organisation au côté du mouvement ouvrier, face à ce système qui jette toute une partie de la population mondiale dans l’exploitation la plus féroce dont l’exploitation sexuelle !

La question du travail du sexe est encore un tabou chez les communistes ? Pourquoi ?

C’est une question très complexe liée à l’histoire des rapports entre la lutte contre l’oppression de genre et celles du mouvement ouvrier, ainsi que la place de la lutte contre le patriarcat dans les organisations révolutionnaires d’extrême gauche. Le "tabou" est plus qu’un tabou quand il se transforme en soutien explicite à loi de pénalisation des clients ou au soutien de la loi de 2004 sur les signes religieux dans les écoles. Cela est une conséquence de l’adaptation de la gauche institutionnelle, et de certaines organisations d’extrême gauche, au régime démocratique bourgeois.

(...)

Que faire en réaction aux gouvernements ouvertement LGBTQIphobes de Pologne ou de Hongrie ?

Notre positionnement n’est pas institutionnel : nous sommes pour une Europe des travailleurs·euses, et une révolution socialiste ne viendra jamais des institutions bourgeoises, mais de notre capacité d’organisation collective. Donc on soutient avant tout les personnes et collectifs qui se mobilisent contre ces gouvernements réactionnaires, à l’image des dizaines de milliers de manifestant·e·s qui ont pris la rue après la mort d’Izabela en Pologne en novembre dernier, ou de celles et ceux qui ont lutté contre la politique homophobe d’Orban. C’est leur lutte qui est la meilleure des réponses, pas des postures diplomatiques par en haut.

Et au niveau mondial, que devraient être nos relations avec des pays dont on connaît les politiques LGBTQIphobes comme la Russie, le Qatar ou le Brésil ?

Même réponse. Partout dans le monde, nous soutenons l’auto-organisation pour lutter contre toutes les formes d’oppression et de domination. Un cocktail explosif de la classe ouvrière, des quartiers populaires et des LGBTQI+, c’est ça, la gueule de la révolution ! Depuis un pays impérialiste comme la France, ça va de pair avec dénoncer la politique de notre État et soutenir toutes ces mobilisations. On a également des liens politiques avec des militantes et militants LGBTI dans ces pays, je pense par exemple à Virgínia Guitzel, une camarade trans brésilienne qui fait partie de notre organisation internationale.

(...)

(Pourquoi cette candidature ?

Nous voulons profiter de l’élection pour valoriser les nouvelles générations de militant·e·s ainsi que leurs discours solidaires et éclairés quant aux cinq années de lutte qui viennent de s’écouler, entre la loi El Khomri et le mouvement Black Lives Matter. Le souci n’est pas de savoir quel·le bourgeois·e on va mettre au pouvoir mais de pouvoir profiter de cette séquence électorale, sans faux espoirs, pour imposer une ligne politique révolutionnaire, qui dialogue avec celles et ceux qui ont lutté sous le quinquennat Macron, des Gilets jaunes à la Pride radicale en passant par la grève contre la réforme des retraites et les mobilisations contre les violences sexistes. Et se préparer pour les combats à venir ! Imaginez, ne serait-ce que 10% de votes pour ces positions-là… ce serait énorme comme message politique, sur le long terme.

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