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21 de mars de 2019 Twitter Faceboock

Algérie : la décomposition du régime ouvre des brèches pour l’initiative des masses populaires
Mones Chaieb

L’annonce faite le 11 mars par Bouteflika de ne pas se représenter pour un cinquième mandat est « un pas de côté » qui met en lumière la position inconfortable d’un pouvoir acculé par l’importance de la mobilisation. Mais ce vendredi 15 mars, les rangs des manifestants en Algérie ont encore grossi puisque ce sont quinze millions de personnes qui sont descendus dans les rues. L’ampleur des manifestations montre le rejet unanime de la pitoyable manœuvre d’Abdelaziz Bouteflika pour rester au pouvoir en prolongeant son quatrième mandat. Alors que le pouvoir apparaît très affaibli et que l’opposition libérale ne parvient pas à s’imposer comme alternative, la crise politique laisse le champ ouvert à l’initiative des masses populaires.

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La décomposition du régime : organisation patronale et bureaucratie syndicale ensemble jusque dans les poubelles de l’histoire

Face à la mobilisation massive le régime algérien est entré dans une phase aigüe de décomposition, à l’image des multiples défections dans ses propres rangs. Si l’alliance présidentielle qui rassemble FLN-RND-MPA-TAJ continue de faire bloc derrière le président mort-vivant, des démissions ont également eu lieu au sein même du FLN. De même, plusieurs membres du Forum des Chefs d’Entreprise (FCE, sorte de MEDEF algérien) ont démissionné ces derniers jours. Une fraction s’est exprimée indépendamment de la direction en signant un communiqué affirmant que « le FCE ne peut rester sourd à l’expression populaire à laquelle il adhère complétement », tandis que son président Ali Haddad, fidèle soutien de Bouteflika, a réagi le 7 mars aux manifestations en déclarant « croire fermement au principe de la revendication pacifique et légitime au service de la nation ». Cette crise à l’intérieur même du pilier patronal du régime algérien exprime en réalité le caractère aigu des divergences entre les fractions du patronat algérien. Pour autant il ne faut pas prendre ces tentatives d’apaisement et de lissage des contradictions de classe de la part de grands patrons qui singent la solidarité avec les masses populaires, pour autre chose que ce qu’elle est. En se positionnant ainsi, cette fraction de la bourgeoisie souhaite d’une part se servir de la mobilisation comme d’un levier pour court-circuiter l’équipe de Bouteflika ou en tout cas être en position de force pour négocier avec elle. D’autre part elle craint que la situation se retourne contre elle si le régime s’engageait dans un rapport d’opposition frontal avec la rue.

Quant à la bureaucratie de l’UGTA, la seule centrale syndicale algérienne, dont la direction caporalisée par le pouvoir est la béquille ouvrière du régime algérien, elle est complétement débordée par la base. La fronde de sections syndicales combattives comme celle de Rouiba qui réclament la démission du secrétaire général Sidi Saïd en raison du soutien officiel qu’il apporte à Bouteflika, de même que la réussite de la grève débutée dimanche dernier dans tout le pays et y compris dans des secteurs importants de l’énergie sans que la centrale syndicale n’y ait appelé, sont autant d’éléments qui mettent la bureaucratie de l’organisation syndicale en crise. Tellement en crise que la direction n’a eu d’autre choix que de publier un communiqué quelques heures avant l’annonce de Bouteflika du 11 mars – et après celui du FCE – où elle assure avoir « acté le cri du cœur des manifestations et en particulier de notre formidable jeunesse, exprimant, légitimement, une grande ambition pour l’Algérie ». Dans le même communiqué le secrétaire général de l’UGTA justifie son soutien à Bouteflika arguant qu’il est « le fruit des multiples acquis économiques et sociaux engrangés par le monde du travail dans le cours du processus de la reconstruction nationale dans la paix », tronquant ainsi la réalité en attribuant les conquêtes sociales à Bouteflika et non aux luttes des travailleurs. Il faut donc rappeler que, contrairement aux mensonges de Sidi Saïd, le gouvernement de Bouteflika n’a cessé de remettre en cause les acquis des travailleurs et des couches populaires. Que ce soit la loi Khelil de 2001 qui voulait privatiser le secteur des hydrocarbures, ou plus récemment des lois de finance qui coupent dans les budgets des services publics, font augmenter les prix et pas les salaires, la mise en échec de ces réformes libérales ne sont dues qu’à la lutte de la classe ouvrière algérienne. Mais il n’est pas étonnant que la direction actuelle de l’UGTA soutienne Bouteflika étant donné qu’elle a ouvertement appuyé les politiques libérales et d’austérité mené par son gouvernement. A l’image de la réforme des retraites qu’elle a elle-même proposé au gouvernement et qui visaient à supprimer le droit de partir à la retraite sans condition d’âge, avant que les travailleurs en viennent à bout par la grève. Il est donc évident que ce réveil tardif de la direction de l’UGTA , n’exprime rien d’autre que la peur de la bureaucratie d’être complètement décrédibilisée et de ne plus pouvoir jouer son rôle de contention du mouvement ouvrier.

Par ailleurs, autre symbole de la déliquescence du régime, la déclaration de soutien à la mobilisation exprimée par l’Organisation Nationale des Moudjahidines (ONM) qui regroupe les anciens combattants de la guerre d’indépendance et dénonce dans un communiqué « la collision entre les parties influentes au sein du pouvoir et des hommes d’affaires véreux qui ont bénéficié de manière illicite de l’argent public ». A l’image de l’appel à la jeunesse de Djamila Bouhira, figure de la guerre d’indépendance qui a rejoint les manifestants et appelait récemment la jeunesse à « ne pas se laisser voler la victoire », à mener à bien les tâche de l’indépendance nationale, et taxant le régime actuel de produit d’un « coup de force des opportunistes, des usurpateurs et des maquisards de la 25e heure qui ont pris le pays en otage depuis 1962 ». Tout un symbole qui montre l’isolement du pouvoir algérien dont la falsification du récit national jouait un rôle pour légitimer la domination des politicens successifs issus de l’appareil militaire.

L’effritement de l’appareil répressif : temporiser pour mieux se recomposer ?

Enfin parmi les éléments qui expriment la décomposition du régime, il faut souligner que des contradictions semblent émerger au sein de certains secteurs de l’appareil répressif, à l’image des policiers anti-émeutes qui ont rejoints les manifestants dans plusieurs villes du pays. Ces fractures à l’intérieur même de l’appareil de répression de l’Etat sont constitutives de la faiblesse actuelle du régime qui ne peut jouer la carte de la répression sans se mettre à dos les couches les moins favorisées de l’appareil policier et militaire, et surtout sans risquer un embrasement général. C’est ce que mettent en lumière les dernières prises de position d’Ahmed Gaïd Salah, chef de l’état-major de l’Armée Nationale Populaire et vice-ministre de la Défense, qui déclarait le 11 mars que « se rejoignent […] entre le peuple et son armée […] tous les fondements d’une vision unique du futur de l’Algérie », écartant ainsi l’hypothèse d’une intervention de l’armée contre les manifestants pour le moment. Cependant il ne faudrait pas se faire d’illusions sur la nature de ces institutions. S’il est vrai qu’un rapport de force suffisamment important dans une situation de crise du régime peut provoquer le ralliement des secteurs les moins privilégiés de l’appareil répressif, comme les conscrits dans l’armée, une fois le statut quo dépassé soit par l’essoufflement soit par la radicalisation du mouvement, il est évident que le régime n’hésitera pas à utiliser des forces spéciales pour réprimer. Ce que montre surtout la position du vice-ministre de la Défense et le faible niveau de répression depuis le début du mouvement, c’est que le régime est dans une position difficile. Celui-ci ne peut avoir recours pour le moment à la répression au risque de dévoiler la vraie nature de classe de l’Etat algérien, ce qui ferait tomber les illusions populistes qui font croire à la possibilité de concilier les intérêts du grand patronat ultra-libéral avec ceux des travailleurs et des couches populaires, et rendrait la situation intenable pour les classes dominantes dans leur ensemble.

La tactique du régime est donc actuellement de temporiser afin de chercher une issue à la crise en négociant avec la fraction libérale. C’est le rôle du nouveau gouvernement dirigé par Noureddine Bedoui et Ramtane Lamamra. Mais il n’est pas du tout exclu qu’il échoue pour deux raisons. Premièrement la nomination d’un premier ministre qui était ministre de l’intérieur dans le gouvernement précédent et est lié de fait avec l’appareil policier ne colle pas avec la volonté de rupture exprimée par les masses. Ainsi lors de la conférence de presse donnée par Noureddine Bedoui pour présenter son gouvernement, les journalistes n’ont cessé de l’interpeller sur la question de la liberté de la presse, ce à quoi il a répondu « nous sommes tous les enfants de l’Algérie », langue de bois pour éviter de répondre sur le fond, le confortant dans une position... inconfortable.

Mais surtout le plus gros obstacle que vont rencontrer les classes dominantes pour restaurer l’ordre, c’est d’arriver à faire émerger des figures avec qui négocier parmi l’opposition libérale, tant le rejet des masses populaires algériennes de Bouteflika va de pair avec le rejet de ses politiques libérales qui poussent les jeunes au chômage, à la précarité, ou à l’exil. Autant Ali Benflis que Ali Ghediri ont été désavoués par les manifestants, qui les ont copieusement hués lors des marches précédentes en raison de leur complaisance avec le pouvoir.

Le rôle de l’opposition démocrate libérale

D’autres personnalités issues des milieux « droits-de-l’hommistes » et sociaux-libéraux qui ont fait peau neuve en quittant le FFS, telles que Karim Tabbou et Mustapha Bouchachi, bénéficient aujourd’hui d’une certaine sympathie de par leur positions « dégagistes », qui posent comme préalable à un processus de transition le départ des responsables politiques actuels. Mais l’absence d’ancrage et d’implantation est leur principale limite. Autrement, leur discours populiste en fait des alliés de choix pour la fraction ultra-libérale des classes dominantes algériennes. En effet, celle-ci cherche à s’appuyer sur le mouvement populaire pour pousser l’actuel président vers la sortie et accélérer le rythme des réformes anti-sociales à sa convenance, sinon à être en position de force pour négocier avec lui. Notamment en ce qui concerne la privatisation des secteurs de l’économie encore étatisés et l’ouverture des importations pour certains secteurs monopolisés par des oligarques – à l’image du milliardaire Issad Rabrab pour l’huile et le sucre – qui ont vu d’un mauvais œil la tentative de Bouteflika de résoudre le problème de l’inflation sur les produits importés à partir de 2011, mais qui est en fait une conséquence de la crise de 2008, par des plans d’industrialisation nationaux qui créaient de fait une concurrence à ces monopoles.

En jouant le rôle d’opposition radicale contre le chef du régime, le discours des Tabbou et Bouchachi joue le rôle de sas de décompression pour les classes dominantes. Car si celui-ci met en accusation les représentants actuels du « système », il se refuse à poser les questions gênantes et tente de concilier l’inconciliable. Il répand l’illusion que « les algériens » seraient aujourd’hui tous intéressés par le même objectif : l’anti-cinquième mandat. Alors qu’il y a un fossé entre les intérêts d’un Issad Rabrab, qui évite de dire que c’est grâce à la bienveillance de la bureaucratie de l’Etat qu’il a pu s’enrichir des années durant sur le dos des travailleurs, et un ouvrier de CEVITAL ou un chômeur de Bejaïa qui est contraint de se vendre sur le marché du travail à n’importe quelles conditions pour survivre.

Parmi les différentes forces sociales qui composent le peuple algérien aujourd’hui, deux sont donc fondamentalement opposées. D’une part celles qui voient le départ de Bouteflika comme un moyen de rebattre les cartes du pouvoir et redistribuer les places au sein de l’appareil d’Etat dans la perspective de s’en servir pour faire fructifier leur capital à travers l’exploitation des travailleurs et des richesses du pays, et la collaboration avec les puissances impérialistes. Tandis que de l’autre côté, la classe ouvrière qui n’est certes pas à la direction du « hirak » pour le moment, mais qui commencent à prendre les devants notamment depuis le début de la grève en montrant le rôle central qu’elle joue pour faire tourner l’économie et la société. C’est d’ailleurs la grève qui a poussé Bouteflika dans ses retranchements lorsque celui-ci a annoncé qu’il ne se représenterait pas pour un cinquième mandat au bout d’à peine une journée de grève. Entre les deux classes se trouvent encore diverses couches sociales qui tendent à se ranger dans un camp ou dans l’autre, en fonction de leurs intérêts et de ce que chacun aura à proposer pour satisfaire leurs aspirations. Si la première, la bourgeoisie, détient les médias et peut compter sur un personnel politique varié pour donner un visage à ses orientations, elle marche sur des œufs pour toutes les raisons énumérées ici et il est risqué pour elle de continuer à jeter de l’huile sur le feu. Mais pour autant le camp des travailleurs, malgré ses démonstrations de force pour bloquer l’économie, peine à formuler son projet politique pour s’engouffrer dans la brèche incarnée par le régime chancelant.

De quoi ont peur les classes dominantes ?

La répression contre le mouvement ouvrier en dit long sur la peur que celui-ci peut provoquer chez les classes dominantes. A Rouiba, dès le premier jour de la grève le 10 mars dernier, la gendarmerie a ainsi chargé violemment une manifestation de travailleurs qui se dirigeaient vers le centre-ville, les forces de répression faisant usage de gaz lacrymogène. Un épisode éludé par les médias des classes dominantes qui vantent à longueur de journée le caractère pacifique des manifestations du vendredi. En se mettant en grève par milliers, les ouvriers de la zone industrielle de Rouiba-Reghaïa, dont ceux de la Société Nationale des Véhicules Industriels, ont ravivé le souvenir de la grande grève de la dernière semaine de septembre 1988 qui avait déclenché la révolte d’octobre et fait trembler la bourgeoisie. C’est pour cela que ni Tabbou ni Bouchachi n’appelle à la grève aujourd’hui. Ceux-là appellent même à ne pas faire grève car cela « diviserait les algériens ». Mais les algériens sont divisés ! Sinon au nom de quoi le patron de CEVITAL menacerait-il les ouvriers de sanctions s’ils n’arrêtent pas leur grève ? Et de quel droit ce même patron viendrait-il se pavaner en France, acheter des usines, et serait même reçu par Macron pendant que d’autres meurent en tentant de traverser la Méditerranée ou se retrouvent condamner à travailler chaque jour pour un salaire de misère qui leur permet à peine de survivre ?

Voilà la dictature dont ces démocrates ne parlent pas, et qui fait d’eux des démocrates doublement inconséquents. Une première fois en éclipsant la question sociale et les conditions matérielles pour que se réalise une véritable démocratie où la politique ne serait pas l’apanage d’une minorité privilégiée. C’est-à-dire en refusant que soit revendiqués la baisse et le partage du temps de travail entre toutes et tous, l’expropriation des grandes fortunes qui possèdent des médias pour faire leur propagande, ou la gratuité de l’école et de l’université afin que chacun ait accès aux clés pour comprendre le monde qui nous entoure. Ainsi voudraient-ils nous faire croire que le problème en Algérie n’est pas le capitalisme mais le manque de droits démocratiques. Alors que le problème est précisément qu’en Algérie le capitalisme a besoin de réduire les droits démocratiques, d’interdire les syndicats, de censurer les journalistes ! Mais ils sont encore une deuxième fois inconséquents lorsque pour obtenir des avancées démocratiques, ils préfèrent s’en remettre aux « élites » qui ont le pouvoir depuis 1962 et qui n’ont su gouverner le pays que pour leur enrichissement personnel, plutôt que de s’appuyer sur la mobilisation des travailleurs et des masses populaires, sur la grève et l’auto-organisation. Un Bouchachi parmi d’autres nous dit « il est trop tôt pour se structurer »... Ainsi voudraient-ils profiter de la désorganisation pour s’imposer grâce à leur soutien parmi les classes dominantes qui leurs déroulent le tapis rouge dans leurs rédactions de journaux et plateaux de télévision.

Les travailleurs et les masses populaires ne doivent pas se laisser avoir par ces discours radicaux sur la forme, et inconséquents dans le fond. L’indépendance n’a permis que le remplacement de l’Etat colonial français par l’Etat bourgeois algérien soumis aux impérialistes, qui bénéficient toujours des hydrocarbures moins chers que la majorité des algériens eux-mêmes. Et au-delà des beaux discours sur la « juste répartition des richesses », qui peut croire aujourd’hui que Macron et Trump laisseront le peuple algérien se réapproprier ses richesses nationales sans broncher ? Et qu’est-ce que l’impérialisme sinon le stade suprême de décomposition du capitalisme étendu au niveau mondial ? Dans ce cas la lutte contre Macron et Trump doit être anticapitaliste, que ce soit contre ceux qui se font leurs relais, ou contre ceux qui veulent s’enrichir comme eux sur l’exploitation et l’oppression des peuples.

De la construction d’une organisation révolutionnaire !

Mais il est vrai que si la classe ouvrière peut faire des démonstrations de force, elle n’est pour autant pas aujourd’hui en position de poser immédiatement la question du pouvoir. Car le prolétariat algérien manque d’une organisation révolutionnaire pour la faire. En effet, n’en déplaise à certains le processus révolutionnaire n’est pas une prière critique tournée vers la conscience spontanée des masses. Si la combativité des travailleurs de la zone industrielle de Rouiba rappelle la révolte d’octobre 1988, il s’agit aussi de tirer les bilans de cette expérience. Alors que le pouvoir utilise le spectre des islamistes ou des indépendantistes du MAK pour appeler au calme, la clé est dans la compréhension de ces phénomènes. Si ceux-là ont émergé après des processus de luttes de classes aigus, comme agent de la contre-révolution, ce n’est pas un hasard. C’est la conséquence de l’incapacité de la classe ouvrière à donner une direction révolutionnaire au mouvement de 1988 comme à celui de 2001, non seulement pour avoir son expression politique propre, mais aussi pour être en mesure de répondre aux aspirations des masses populaires. Que ce soit le chômeur de longue date de la banlieue d’Alger, l’étudiant désabusé par l’avenir qui lui était promis, le petit-paysan kabyle résolu à voir ses enfants émigrer à l’étranger, il ne s’agit pas d’opposer toutes ces couches déshéritées de la société algérienne à la classe ouvrière. Au contraire, celle-ci de par sa centralité dans la production et sa capacité à transformer l’économie pour l’orienter vers les besoins de la majorité, a comme tâche historique de leur proposer des perspectives afin d’une part de ne pas rester isolée et de tisser des alliances qui seront un levier pour la prise du pouvoir, et d’autre part pour ne pas que ces couches intermédiaires se jettent dans les bras de la réaction par désespoir et faute d’alternative.

C’est de cette manière que l’on peut envisager le mouvement actuel comme un moyen pour réaliser un saut dans la construction d’une organisation révolutionnaire prolétarienne. Et ainsi, puisque la question de la « transition démocratique » est à l’ordre du jour dans l’opposition, il ne s’agit pas de s’entêter dans une lecture dogmatique incapable de dialoguer à partir de la réalité. Il s’agit au contraire d’accepter la bataille contre les illusionnistes de la transition par en haut afin de décrocher les secteurs les plus combatifs dans la situation. Si Bouchachi propose aujourd’hui une « présidence collégiale » nommée dans les salons pour diriger la transition et « un débat national qui définira les modalités pratiques d’une révision constitutionnelle », il est nécessaire de dénoncer cette mascarade et de populariser la mise en place d’une assemblée constituante révolutionnaire sur la base de la chute du régime actuel et de ses institutions, avec des représentants élus dans les comités de quartier et d’usine, et révocables par leur base pour mettre hors-jeu les opportunistes et les corrompus. Cette constituante, sur la base de la chute du régime actuelle, pourrait être dans ce cas une réponse aux aspirations sociales et démocratiques des masses opprimés, et poser les bases nécessaires à la réalisation des tâches d’indépendance nationale.

 
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